Les oiseaux du destin, de Rumiko Takahashi

On continue avec les recueils d’histoires courtes de Rumiko Takahashi, avec ce quatrième volume reprenant des récits publiés à l’origine entre 2006 et 2011.

On commence avec La cuisine positive. Shin’ichi Hara vit avec sa femme Haruyo et son fil, ainsi que son père, veuf depuis quelques temps. Tout commence le jour où Haruyo, considérant que sa cuisine tourne en rond, décide de prendre des cours et de s’investir un peu plus dans l’art culinaire. C’est le début d’une spirale qui va conduire Shin’ichi à se sentir délaisser puis à se demander s’il ne va pas carrément se faire virer par sa femme. L’autrice s’amuse bien des angoisses de son protagoniste et nous dessine une Haruyo avec régulièrement des étoiles incroyables dans les yeux. Elle pousse gentiment le bouchon jusqu’à une scène improbable vers la fin. Un récit qui parle des ambitions qui sommeillent parfois endormies sous une vie domestique un peu morne, mais aussi de la nécessité de dire « merci » pour des choses simples.

Dans Ce n’est plus de son âge, on s’intéresse à Kôtarô et Kaori, ou plutôt au père du premier, Kôsuke, qui à soixante-sept ans et veuf depuis deux ans se met à fréquenter Wakana, une jeune femme plus jeune que son fils. Le couple soupçonne rapidement une chasseuse d’héritage, surtout que Kôsuke n’hésite pas à couvrir de cadeau la jeune femme. Et puis il semblerait qu’un type austère enquête sur Wakana. Bref, tout ça semble bien suspect. En plus de s’amuser autour des idées que se mettent Kôtarô et Kaori en tête, l’autrice parle aussi de la relation de Kôsuke avec feu son épouse. Une relation qui semblait assez distendue et froide. Tout ça mène évidemment à une résolution avec quelques surprises et un petit peu d’émotion.

On arrive à Les oiseaux du destin, que seul Torii, patron d’un petit café, peut voir. Et de son expérience personnel, la présence de ces volatiles autour d’une personne est synonyme d’un malheur à venir. Il est donc bien inquiet en voyant certaines de ses client-e-s habituel-le-s attirer les sinistres piafs. Le destin est bien joueur et emprunte parfois des chemins sinueux, qui rendent un peu compliqué la perception positive ou négative d’un événement, ce dont Torii fait un peu l’expérience. La galerie des habitués un peu loufoques m’a rappelé les pensionnaires de Maison Ikkoku et j’aime beaucoup la façon dont Takahashi arrive à donner l’air à la fois sinistre et débile à ces piafs de malheur.

Dans La liste du bonheur, on suit Mayuko, une jeune femme qui fait partie du conseil de son quartier. Et ce dernier est soumis à une certaine tension puisque des incendies sont allumés devant certaines des résidences du quartier. Mayuko se retrouve donc embarquée dans une série de patrouille nocturne avec le reste du conseil pour essayer de coincer le mystérieux pyromane. Une occasion de voir les tensions qui animent certains foyers et de commencer à établir quelques soupçons. Un petit jeu de piste sympathique.

Monsieur Hazawa vient d’être muté loin de sa femme. Il prend ses marques et une résidente de son immeuble lui dit de se méfier de La famille d’à côté. Ce qui est un peu compliqué puisqu’il s’agit de celle de son supérieur et de sa femme, Mariko, nettement plus jeune que lui. Hazawa se retrouve régulièrement entrainé par son chef à écumer les bars après le boulot, tout en faisant la connaissance de Mariko, à la réputation sulfureuse. Courrier anonyme, photo volée, soupçon font partie des ingrédients de cette histoire où Hazawa semble s’enfoncer petit à petit. L’autrice s’amuse évidemment en semant les accusations et en préparant une résolution à tiroir de son affaire, tout en malmenant un peu son protagoniste dont les interlocuteurs semblent douter.

On termine avec La scène de crime. Akihiko vit avec sa femme Yoshiko dans la maison dans laquelle il a grandit, la partageant avec sa mère. Une situation qui semble plutôt heureuse. Jusqu’au moment où déboule Harumi, la sœur d’Akihiko, qui a besoin d’un hébergement temporaire suite à un accident. S’engage alors une cohabitation qui se tend rapidement. Et tout commence par la cuisine, Harumi semblant trouver que celle de Yoshiko est curieuse. C’est ensuite l’escalade autour d’un Akihiko qui voit l’entente entre sa femme et sa mère se dégrader et qui ne sait pas comment réagir. Outre la mise en scène d’une difficulté à communiquer et à faire des concessions, on voit aussi avec Harumi la relation à un foyer passé dont elle a sensation d’être dépossédé. Le ton de ces histoires étant globalement positif, on ne finira pas l’intrigue dans la violence mais on sent bien que le récit aurait très bien pu prendre cette direction si l’autrice en avait décidé ainsi.

Au contraire des trois premiers volumes qui étaient des rééditions, j’ai découvert les histoires de quatrième recueil. Et j’y ai pris tout autant de plaisir que dans les précédents. J’aime la façon dont Takahashi raconte ses récits, avec souvent des personnages assez ordinaires que je trouve bien rendu. J’apprécie aussi son style graphique, reconnaissable, avec des personnages qui donnent parfois l’impression de mal se ressembler et que pourtant on arrive sans problème à distinguer lorsqu’ils sont regroupés sur la couverture du volume. D’ailleurs, j’aime beaucoup cette idée de faire des illustrations de couverture pour ces recueils en faisant une petit galerie des protagonistes. Il me reste un cinquième volume en stock et ensuite je croiserai les doigts pour que l’éditeur français se bouge un peu et nous propose une traduction du sixième qui est paru en japonais.

Les oiseaux du destin (Takahashi Rumiko Gekijo Vol. 4)
de Rumiko Takahashi
traduit par Kevin Stocker
éditions Delcourt
196 pages

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