Le Messie de Dune, de Frank Herbert

La sortie des films Dune de Denis Villeneuve était l’occasion de relire le roman de Frank Herbert. Le réalisateur proposant prochainement un troisième volet qui devrait adapter Le Messie de Dune, voilà le moment venu pour moi de me replonger dans ce deuxième épisode de la série.

Douze années se sont écoulées depuis que Paul Atréides a renversé l’empereur et pris le contrôle de Dune et du reste de l’empire. Les fremens se sont répandus à travers les mondes, imposant sa loi et faisant plier ses opposants. Mais une conspiration se monte pour se débarrasser de cet empereur qui gêne pas mal de monde.

C’est toujours un plaisir de retrouver cet univers, en particulier cette planète où tout est toujours un peu étrange. Le vocabulaire, l’ambiance générale, les personnages, etc. Dune est vraiment un univers marquant et on ne le reconnait vraiment facilement quand y retourne.

Si j’ai relu plusieurs fois le premier roman depuis ma première lecture, quelque part dans les années 1990, je n’avais encore jamais relu les suivants. Mes souvenirs sont donc vieux d’environ trente ans et pas très précis. J’ai cependant assez bien retrouvé quelques trucs dont j’avais gardé la mémoire. Une partie du livre a donc été une redécouverte.

Dans l’intervalle, j’ai aussi appris que le projet initial d’Herbert était clairement de faire ce livre dans la foulée du précédent, parce son propos le complète. Et à la relecture, je vois effectivement très bien toute la méfiance qu’on nous sert sur les hommes providentiels : Paul a déchainé destruction et dévastation à la suite de sa prise de pouvoir et du déferlement du jihad fremen sur les autres mondes.

La dimension religieuse est aussi bien présente, Paul étant devenu une sorte de figure divine dont l’influence a finit par le dépasser complètement. Le personnage en est d’ailleurs pleinement conscient. Bref, tout cet aspect fonctionne encore bien.

Du côté de l’écriture, j’ai retrouvé quelques trucs qui m’avaient un poil agacé dans les derniers volumes de la série, notamment la façon de gérer les changements de points de vue dans une même scène, que je trouve parfois un peu maladroit par moment et aussi quelques scènes avec des personnages qui analyse la moindre réaction de leurs interlocuteurs. Certes, on vit dans un monde avec des préscients, des gens entraînés pendant des décennies à lire les réactions des autres, etc. mais personnellement, je trouve ça vite lourdingue. Heureusement, c’est encore assez limité dans ce volume. J’ai le souvenir que c’était permanent dans Les hérétiques de Dune et La maison des mères.

Parlons maintenant d’un sujet qui me travaille depuis des années concernant l’univers de Dune : cela ne serait-il pas de la fantasy maquillée en SF ? Je suis très loin d’être le premier à évoquer cette idée. Elle me trotte dans la tête depuis un bon moment. Et à la relecture de ce roman, j’ai mis le doigt sur un truc en particulier, que j’avais déjà effleuré lors de ma dernière relecture du premier roman : penser à cet œuvre comme de la fantasy plutôt que de la SF me rend la suspension de mon incrédulité plus aisée. Car plus le temps passe et plus une quantité grandissante d’éléments évoqués dans cet univers me paraissent relever de la magie ou d’une autre explication fantastique plutôt que de la science.

C’est d’ailleurs intéressant comme problème, parce que ces derniers temps je lis pas mal de vieille SF en m’enfilant les uns après les autres les romans de Philip K. Dick. On y trouve pas mal de choses qui ont vieillit, une vision d’un futur passé où pas grand chose ne tiendrait la route aujourd’hui. Mais au milieu des délires sur les pouvoirs paranormaux, il reste un petit quelque chose qui fait que j’accepte de suspendre mon incrédulité dans son abord scientifique, parce qu’il y a quand même une base derrière ça qui me reste acceptable. Ce qui n’est plus le cas pour Dune où les pouvoirs du Bene Gesserit, les délires sur la préscience ou la manipulation mentale me semble clairement relever de la magie. Par exemple, l’usage de la Voix, censé permettre d’imposer sa volonté à autrui, me parait plus relever du Mot de Pouvoir tout droit sorti d’un supplément Donjons & Dragons que d’une quelconque base scientifique.

Bref, pour moi l’univers de Dune se range clairement dans la même catégorie que celui de Star Wars : un univers qui reprend l’habillage de la SF mais qui en réalité relève plus de la fantasy (et sur certains points, le second est peut-être plus proche de la science-fiction que le premier). Ceci n’a rien de grave ou gênant, c’est juste un constat personnel. Terry Pratchett aurait dit que la science-fiction est de la fantasy avec des boulons et je crois que ça s’applique particulièrement dans le cas présent.

Cette relecture s’est donc plutôt bien passé. Tout comme pour le premier roman, je vois plus certains défauts de l’œuvre mais ça reste un plaisir de retrouver l’univers, les personnages et de voir l’auteur prendre le contre-pied de l’ouvrage précédent. Tout ça dans un volume nettement plus restreint, on est surtout dans de l’intrigue de palais et l’auteur évite de trop en faire. C’est toujours agréable.

Le Messie de Dune
de Frank Herbert
traduit par Michel Demuth
illustration de Aurélien Police
éditions Pocket
380 pages (poche)

disponible en numérique chez 7switch

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