Après la série The Hellblazer dont j’avais parlé ici et qui s’était conclue à la fin de l’été 2018, DC Comics a laissé son magicien tranquille une bonne année avant de lui offrir à nouveau une série début 2020, en douze numéros. Soit deux recueils dans la langue de Shakespeare et un seul dans celle de Molière. Relisant tout ça, voyons donc un peu ce qu’il se passe dans le premier volume en anglais.
Cette relance du personnage se fait dans le cadre du Sandman Universe, une ligne inaugurée fin 2018 par l’éditeur et qui relançait des séries comme Books of Magic ou The Dreaming. Un an plus tard, John Constantine rejoignait ce petit monde.
Ce retour se fait d’abord par l’intermédiaire d’un one-shot, intitulé The Sandman Universe Presents: Hellblazer 1. On y retrouve Constantine pas franchement en bonne posture puisqu’il assiste à la bataille de la fin des temps déclenchée par Timothy Hunter, tel qu’il est potentiellement montré dans la mini-série The Books of Magic. On croisera d’ailleurs brièvement sa version plus jeune, issue de cette série, accompagné de Mister E. Bref, c’est plus ou moins la fin du monde, ça pète dans tous les coins et un Constantine en mauvaise posture finit par passer un accord qui le projette dans un nouveau monde. Il ne lui reste plus qu’à découvrir ce dernier.
On nous bricole donc un de ces petits déplacements entre univers dont l’éditeur a l’habitude et c’est un peu le bazar. Le numéro faisant trente-huit planches, comme un Annual, ça laisse de la place pour bien touiller dans tous les sens et laisser un peu le temps à John de s’acclimater dans son nouvel environnement. Y a des choses vraiment sympas, que ce soit la petite discussion avec un psy où l’on nous fait l’économie de vrais dialogues ou bien une bonne engueulade avec un Chas nouveau cru qui remet notre protagoniste à sa place. Du côté graphique, c’est Marcio Takara qui bosse sur ce numéro, c’est beau, on reconnait bien les personnages et on a quelques belles planches dans le lot.
On passe ensuite au numéro 14 de la nouvelle série Books of Magic, centrée sur Tim Hunter mais incluse dans ce recueil puisque Constantine y joue les guest-stars. La piqure de rappel de l’épisode précédent sur le destin de Tim Hunter semble avoir convaincu John de le mettre à l’épreuve. Bien sûr, tout ça n’est pas franc du collier, avec un piège, un Tim qui ne se laisse pas marcher sur les pompes, un John avec quelques remords et un duo de seconds rôles un peu dégueu. Du côté du dessin, on a un petit décalage entre la réalité et le monde de l’épreuve et ça passe bien.
On s’attaque ensuite à la série proprement dire. D’abord avec un arc en trois épisodes, A Green and Pleasant Land. Une cochonnerie sans nom s’amuse à tuer des gens à Londres et Constantine va se trouver embarqué contre son gré dans l’affaire, alors qu’il est en train de s’acclimater à ce nouveau Londres. On fait la connaissance de divers nouveaux personnages : une videuse bien sympathique avec un vocabulaire très imagé, un jeune muet embarqué dans un gang, le chef de ce dernier qui pratique une magie bien dégueulasse et même un clodo complètement cinglé. Sans parler d’une entité pas vraiment naturelle et pas toujours de bonne humeur. On nous parle de racisme, avec tout l’aspect crasse et détestable qui va avec. Quelques petites choses du passé de Constantine se manifestent aussi. On a aussi beaucoup de références à William Blake, avec bien sûr les incontournables Tyger et Jerusalem (auquel cet arc emprunte le titre), mais aussi son London, qui donne son titre au recueil. Et moi qui aime bien certain des poèmes qui servent ici de références, ça me comble.
En plus, visuellement Aaron Campbell bosse très bien et les couleurs de Jordie Bellaire font dans le sombre tout en gardant une certaine lisibilité. Ça fait vraiment plaisir à voir.
Le second arc, Scrubbing Up, est en deux épisodes. Cette fois, c’est John qui est agressé par une cochonnerie surnaturelle et qui dans la foulée fait la connaissance d’un autre magicien : Tommy Willowtree. Ce dernier semble enchanté et heureux de faire sa connaissance. La relation entre les deux va être assez savoureuse, Constantine ayant toutes les peines du monde à supporter un assistant souriant, bienveillant, faisant attention à son emprunte écologique, consommant des machins bio, etc. Bref un peu son antithèse sur pas mal d’aspects. Mais si l’on s’amuse par moment, ça n’est pas le cas tout le temps et la vie, l’univers et le reste rappellent de temps en temps à Constantine que tout se paie un jour. J’avoue que j’ai tout de même ricané quand il a été question du Magelord of all England.
Du côté dessin, c’est Matías Bergara qui s’y colle, avec un style plus « propre » qui va très bien avec le personnage de Willowtree. Bellaire est au diapason du côté des couleurs, avec des passages plus lumineux que dans l’arc précédent.
Enfin, on termine ce volume avec Quiet, un épisode centré sur Noah, le jeune muet introduit dans ce volume. On s’y promène dans les couloirs et les chambres de l’hôpital où est installée sa mère. Et il semble que le surnaturel y soit aussi présent. C’est moche et dégueu par moment mais c’est aussi très touchant. Graphiquement, Campbell reprend évidemment la main et ça va parfaitement avec ce que l’intrigue nous propose.
J’ai pris énormément de plaisir à cette relecture. Je sens que Spurrier est vraiment à l’aise avec le personnage et son cynisme. Et on voit qu’il règle quelques comptes avec le Royaume-Uni des années 2020. Son John Constantine me convient très bien, avec une bonne dose de cynisme, une capacité à se sortir de situations compliquées avec une certaine forme de brio, mais aussi à se faire remettre à sa place. Les autres personnages proposés m’ont beaucoup plus aussi. Les références à William Blake m’ont donné l’impression de briller un peu, ce qui est un petit plus agréable. Graphiquement, c’est beau et ça va vraiment bien avec l’ambiance du récit. Le changement sur l’arc Scrubbing Up passe très bien.
Du côté des couvertures, on a quelques variantes, qui vont du un peu bof par Declan Shalvey au pas mal par Charlie Adlard. Sur les couv principales, on a Kai Carpenter qui fait quelque chose de sympa avec celle de Books of Magic, Bilquis Evely fait la très belle couvrante du one-shot du début et qui sert aussi de couverture au recueil et enfin, John Paul Leon s’est occupé de la couverture principale des six numéros de la série et c’est beau.
Bref, cette relecture s’est très bien passée. J’ai vraiment pris plaisir à retrouver cette version du personnage et de son environnement. Je continue bien sûr avec le second volume.

John Constantine – Hellblazer – Marks of Woe
écrit par Simon Spurrier & Kat Howard
dessiné par Aaron Campbell, Matías Bergara, Marcio Takara, Tom Fowler
encré par Craig Taillefer
colorisé par Jordie Bellaire, Cris Peter & Jordan Boyd
lettré par Aditya Bidikar & Todd Klein
éditions DC Comics
214 pages