John Constantine – Hellblazer – The Best Version of You, de Simon Spurrier, Aaron Campbell & Matías Bergara

Le premier volume de la série John Constantine – Hellblazer s’était très bien passé lors de ma relecture, notamment les références à William Blake. Voyons ce que la relecture du second nous donne d’intéressant.

On commence avec Britannia Rule the Waves, une histoire en deux parties dont le titre s’inspire d’un chant patriotique britannique archi-célèbre et dont la seule mélodie suffit à évoquer l’idée de Royaume-Uni, même chez nous. Bref, pas franchement de grandeur de la nation dans ce récit mais une histoire bien plus locale et terre à terre. John retrace les étapes de son double, en se demandant ce qu’il a bien pu semer comme problème derrière lui. Et on peut dire qu’on n’est pas déçu du voyage avec un marin qui semble ramasser un peu trop facilement des poissons de qualité dans ses filets.

Je ne sais plus si le thème de la sirène est déjà apparu dans un comics consacré à John Constantine, mais cette version fonctionne bien. C’est dégueu à souhait et Campbell dessine ça très bien. John est relativement seul dans cette histoire et on peut voir qu’il a une capacité au pardon assez limitée.

On passe ensuite à The Favourite. Une histoire où John raconte à un interlocuteur non identifié une histoire de chevaux. Un récit où il est aussi question de famille royale, de reproduction équine et d’une créature mythique. Après la sirène, on s’occupe donc de la licorne. Et en terme de mocheté, ça n’a pas grand chose à envier à ce qu’en fait Charles Stross. C’est encore une fois joyeusement dégueulasse par moment. C’est Matías Bergara qui s’occupe des dessins et si le style est vraiment différent de celui de Campbell, disons qu’il parait plus lisse ou propre, ça n’empêche pas d’avoir deux-trois moments où c’est moche comme il faut.

J’ai aussi apprécié la forme du récit et sa conclusion, qui rappelle que John Constantine n’est pas quelqu’un que l’on peut impressionner facilement ni menacer impunément. Surtout s’il est accompagné de Nat, toujours prête à donner un coup de main, ou un coup de poing, c’est selon.

Dans The Wake-Up Call, John est réveillé par un appel téléphonique. Son double se rappelle à son bon souvenir et lui rafraichit la mémoire sur l’accord qu’ils ont passé et les conséquences pour les amis de John si ce dernier tarde trop à s’exécuter.

On explore cette fois une forme de cauchemar différent de celui des créatures fantastiques, mais pas moins inquiétant pour autant. Le style de Bergara colle toujours bien avec cet écart entre des choses très jolies et presque mignonne et d’autres nettement plus violentes ou inquiétantes. Cet épisode est un rappel, tant au personnage qu’au lecteurice, qu’à la fin il faut toujours payer et si ce n’est pas John qui règle l’addition, un ou plusieurs de ses amis pourraient passer à la caisse à sa place. Certaines des motivations du double sont aussi en train d’émerger. Bref, John est dans la mouise et la suite ne s’annonce pas glorieuse.

La conclusion du volume est en deux épisodes, This Sceptred Isle. S’il y a bien quelqu’un qui a suffisamment de squelettes dans son placard pour remplir un cimetière, c’est bien John. L’un de ses vieux dossier se manifeste et les ennuis arrivent à la vitesse grand V. Une dose de politique, un esprit maléfique, le double de Constantine toujours en embuscade, un ou deux autres squelettes qui s’invitent à la fête… Le programme des réjouissances est bien fourni et John ne va pas beaucoup rigoler. Et l’heure est venue de payer. Je m’attendais bien à ce que ça ne soit pas tout rose et que les personnages en bave et j’ai été largement servi de ce côté.

Graphiquement, Campbell reprend la main et ça y va. D’une part avec encore quelques trucs qui frisent la vision d’horreur, mais aussi avec quelques séquences avec du corps astral et autres joyeusetés magiques du même tonneau. Ça passe très bien, c’est vraiment joli à voir.

J’aime bien la version de John Constantine que l’on voit dans l’univers DC, celle que l’on peut croiser dans Spirit World par exemple. Mais celle d’origine, de la série Hellblazer, reste ma préférée. Surtout quand il est dans les ennuis jusqu’au coude et qu’on nous rappelle bien que rien n’est gratuit. Je trouve que Simon Spurrier a fait un très bon boulot de ce côté et je pense que ça fait partie des éléments qui me font préférer cette mini-série face aux deux précédentes (Constantine – The Hellblazer puis Hellblazer). L’auteur a des choses à dire sur la politique et sur son pays – notamment le Brexit, deux thèmes qui reviennent régulièrement dans pas mal d’arc de la série initiale. Les personnages qu’il crée s’intègrent bien dans cet univers. Et il sait très bien taper là où ça fait mal par moment.

Du côté graphique, Campbell et Bergara illustrent tout ça très bien, dans des styles différents mais qui fonctionnent tous les deux. Tout ça étant mis en couleur avec grand talent par Jordie Bellaire, qui se marie parfaitement avec le style des deux illustrateurs.

Notons aussi que pour cette deuxième moitié de la série, les couvertures sont assurés par John Paul Leon, qui fait un très beau travail, notamment celle du dernier numéro qui est reprise en couverture de ce recueil. Très belle illustration de ce que vit le personnage.

Cette relecture aura été un grand plaisir. J’aime vraiment replonger dans le côté moche et parfois désespéré des situations dans lesquels se fourre systématiquement John Constantine, volontairement ou non. Le dessin va très bien avec le scénario et les personnages. Pour moi, c’est du très, très bon. Maintenant, je vais pouvoir me lancer dans la série qui y fait suite et que je n’avais pas encor lu : John Constantine – Hellblazer – Dead in America.

John Constantine – Hellblazer – The Best Version of You
écrit par Simon Spurrier
dessiné par Aaron Campbell & Matías Bergara
colorisé par Jordie Bellaire
lettré par Aditya Bidikar
éditions DC Comics
164 pages

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