J’avoue que j’ai franchement perdu le compte sur le nombre de romans de Philip K. Dick que j’ai lu. J’en arrive donc à Le dieu venu du Centaure, ouvrage dont je trouve le titre original, The Three Sigmata of Palmer Eldritch (Les trois stigmates de Palmer Eldritch) beaucoup plus intriguant.
Nous voici dans un futur où l’humanité a commencé à coloniser d’autres planètes mais où ça vend tellement peu de rêve que l’on désigne les colons. Ces derniers peuvent combattre la morosité sur Mars en s’adonnant à une drogue et un lot d’accessoires leur permettant de « vivre » la vie d’un couple terrien.
La situation de départ est rapidement modifiée par l’arrivée de Palmer Eldritch, premier humain à revenir d’une expédition vers Proxima du Centaure. Et ce dernier ne revient pas les mains vides : il disposerait d’une nouvelle drogue capable de reléguer aux oubliettes celle qui monopolise le marché.
On retrouve pas mal de choses récurrentes chez l’auteur : une colonisation martienne, des pouvoirs psys, des expériences où la réalité semble s’altérer, des personnages soupçonnant autrui de comploter, etc. Bref, on est en terrain connu.
La colonisation spatiale, que l’on voit essentiellement par le biais de Mars, a vraiment l’air misérable. L’utilisation d’une sorte de reality show interactif sous drogue est intéressante. On voit bien que les colons en viennent à vivre essentiellement pour avoir leur dose de ce dérivatif à leur morne existence.
J’ai aussi trouvé intéressant l’utilisation de l’arrivée d’un concurrent sur un marché monopolistique. Avec quelques enjeux politiques que l’auteur esquisse un peu derrière. Tout cela n’est pas archi-détaillé pendant des dizaines de pages, puisque l’on reste sur un roman de SF assez ancien et dans la moyenne assez courte de l’époque, mais on a toutes les billes nécessaires pour réfléchir un peu à la question.
La réalité de l’environnement dans lequel nous évoluons est un sujet qui revient régulièrement dans l’œuvre de Dick et ce roman en fait clairement partie. Certaines plongées sous drogue font douter les personnages du retour au réel. A partir du moment où l’on se retrouve dans un univers fictif (que ce soit sous l’effet de drogue, de cyber-technologie ou tout autre artifice narratif), comment être sûr que l’on en sort véritablement ? On se retrouve vite coincé sur l’idée du rêve dans le rêve. Et je trouve que l’auteur fait très bien ressentir les angoisses des personnages à ce sujet.
Après un Dr. Bloodmoney qui ne m’avait pas vraiment emballé, voici un roman de Dick que j’ai lu avec nettement plus de plaisir. Les thèmes traités vont bien ensemble et l’auteur a vraiment réussi à me faire ressentir ce vertige et cette angoisse de l’emprisonnement dans un environnement virtuel. Notons que j’ai lu ce texte dans son ancienne traduction, de Guy Abadia. Il a depuis été retraduit par Sébastien Guillot. J’ignore totalement si cette nouvelle traduction amène quelque chose de notable en plus, mais l’ancienne ne m’a pas paru gênante.

Le dieu venu du Centaure (The Three Stimata of Palmer Eldritch)
de Philip K. Dick
traduit par Sébastien Guillot
éditions J’ai Lu
280 pages (poche)
disponible en numérique chez 7switch