J’en suis au je-ne-sais-combien-tième roman de Philip K. Dick que je lis. J’avance assez régulièrement dans son corpus littéraire et il me reste encore pas mal de chemin à parcourir. Me voici donc rendu à Dr. Bloodmoney, un livre dont le titre ne m’évoque pas grand chose. Je ne savais donc pas trop quoi en attendre.
Les bombes ont fini par tomber, semant destruction et changeant l’ordre mondial. Dans un coin de Californie, la vie s’est réorganisée. Mais l’un des personnages est persuadé qu’il peut redéclencher l’apocalypse si l’on finit par l’identifier. Or un type louche vient de le regarder depuis l’autre côté de la rue.
Dans ce bouquin, on a notre dose de personnages avec une vision du monde complètement déformée, dont ils sont chacun manifestement le centre et où ceux qui les entourent sont soit destinés à les servir, soit des menaces en puissance. Ce n’est rien de dire que je n’ai pas eu la moindre sympathie pour certains d’entre eux. A commencer par Bluthgeld, le Bloodmoney du titre (Bloodmoney étant la traduction en anglais de l’allemand Bluthgeld), avec sa parano permanente, persuadé de pouvoir faire tomber à nouveau les bombes et même convaincu d’être forcé de le faire s’il sent la moindre menace sur sa personne. Mais aussi avec Hoppy, le phocomèle doué de pouvoir psy, dont le handicap pourrait éventuellement inspiré un peu de sympathie mais qui se comporte vraiment comme un sale con, avec méchanceté. Heureusement, d’autres personnages sont un peu plus sympathiques, même si dans l’ensemble j’ai trouvé qu’ils prenaient presque tous des décisions que ne pouvaient faire qu’empirer les choses.
Le futur proposé ne fait globalement pas rêver, ce qui vu le point de départ ne peut guère surprendre. Ceci dit, l’auteur explore des choses intéressantes dans sa réorganisation du monde, avec ces petites communautés, où l’on retrouve dans certains cas cette récurrence de société où le contrôle par autrui est en embuscade. L’idée du satellite habité par Dangerfield m’a plu, avec cette forme de trait d’union intermittent entre les communautés. Bon, comme pour toute cette vieille SF, il faut bien régler sa suspension d’incrédulité et ne pas commencer à se demander comment Dangerfield pourrait réellement disposer d’autant d’enregistrements dans sa capsule, comment il trouve le temps de récolter et diffuser ses infos, etc. En général, j’accepte bien dans la vieille SF de ne pas creuser toutes ces questions de vraisemblance et c’est le cas encore une fois pour ce roman. Le traitement des idées que propose l’auteur est beaucoup plus intéressant que l’observation au microscope de la cohérence de son univers.
Dans l’ensemble, cette lecture s’est bien passée. Les idées explorées par Dick m’ont intéressé. Par contre, ça a presque coincé par moment avec les personnages, notamment ceux doutés de pouvoirs psy qui dans l’ensemble se comportaient comme de sacrés connard. Ça ne m’aide jamais à les apprécier. Mais ça ne m’a pas gêné au point d’abandonner la lecture, ce qui est tout de même pas mal.

Dr. Bloodmoney (Dr. Bloodmoney or How We Got Along After The Bomb)
de Philip K. Dick
traduit par Bruno Martin
éditions J’ai Lu
320 pages (poche)
disponible en numérique chez 7switch