Étant né à la fin des années 1970 et ayant donc grandi pendant les années 1980 et 1990, j’ai bien évidemment vu du Spielberg pendant mon enfance et ça a contribué à façonner ma vision du cinéma. Et même si je n’ai pas vu une partie de ses films les plus récents (pour tout un tas de raisons), j’ai toujours un attachement au réalisateur. Quand ce dernier nous propose donc un nouveau long-métrage parlant d’extra-terrestres, thème au centre de plusieurs de ses films les plus célèbres, ça m’a fortement titillé. Ayant réussi à trouver l’opportunité de voir le film en salle, je n’ai pas hésité.
Les extra-terrestres existent, ils nous ont déjà rendu visite et l’on cache la vérité au public. Mais certains sont bien décidés à ce que cela ne dure pas. Voici un résumé très imparfait du début du film. Si cela correspond à peu près au premier fil narratif, celui de Daniel, la partie de l’histoire qui s’intéresse à Margaret prend une autre direction.
Le film démarre de façon presque brutale, puisque l’on se prend littéralement un pied dans la tronche. Enfin du moins, la caméra semble en prendre un, plusieurs fois. L’intrigue début donc in media res, avec de la tension et un peu d’action. Je n’ai pas trouvé cela gênant, parce que Spielberg démarre sur une situation vue un nombre incalculable de fois dans les thrillers en tout genre. On s’économise donc vingt minutes de film qu’on n’utilise pas pour préparer cette situation. Et c’est tant mieux. D’autant plus que le film va tout de même durer près de deux heures et demi.
Le réalisateur fait aussi quelques économies en partant du principe que les spectateurices connaissent déjà un minimum la mythologie des ovnis, les légendes sur des organisations secrètes qui en cacheraient l’existence, etc. Quantité de récits, de films, séries, romans, etc. ont suffisamment joué avec ces idées pour qu’elles soient connues d’à peu près tout le monde et qu’on n’ai pas besoin de faire une longue exposition à ce sujet. X-Files, notamment, est passé par là et même Spielberg y a contribué un peu, notamment avec Rencontres du troisième type. Tout comme dans le Superman de James Gunn, j’apprécie qu’on fasse un minimum confiance au public sur sa connaissance des bases du récit qu’on va lui proposer.
Dans l’ensemble, j’ai bien apprécie le récit que nous propose Spielberg. Au vu des deux premières bandes-annonces du film, je ne savais pas exactement quelle direction il comptait prendre et je suis bien content de ne pas en avoir su plus par avance. J’avais clairement la sensation qu’il était question de foi et de divin et ça n’a pas menti de ce côté. C’est même un film très religieux pour un Spielberg, on y croise pas mal de symbole et d’éléments issus du christianisme (et perso je suis un peu fier d’avoir compris qu’il n’y a pas de glossolalie dans ce film). Étant depuis un bon moment un poil agacé par quelques guignols qui pensent qu’on peut tuer la foi à coup de science, j’ai fortement apprécié le choix que fait le réalisateur sur la compatibilité entre la foi religieuse et la possibilité d’une vie intelligente extra-terrestre. Il y a un petit peu de Giordano Bruno dans tout ça.
Le film a un aspect assez manichéen, avec une opposition entre deux figures, celle de Noah et celle de Hugo, qui semblent finalement les deux faces d’une même pièce. Le second fait un peu figure de réjoui de la crèche face au penchant grincheux du premier, mais je trouve que ça fonctionne plutôt bien dans le film. Ces deux personnages sont quasiment des personnifications plutôt que de véritables protagonistes. Notons aussi dans le cas de Hugo, qui passe un certain temps à naviguer dans un décor en construction, qu’on a là un avatar de Spielberg lui-même, préparant sa scène, son script, son décor, ses interprètes, etc. Y a probablement aussi une sorte de mise en abime, du fait que le réalisateur revisite un thème qu’il a déjà traité dans plusieurs de ses films les plus connus. Comme une forme de bilan ou de mise à jour sur le sujet.
En tout cas, je suis clairement du côté verre à moitié rempli pour ce qui est du message que Spielberg veut faire passer avec son film. Ça me parle, ça me parait important, d’autant plus dans le contexte actuel, et j’ai envie d’y croire, alors que je n’ai pas franchement une grande espérance dans un avenir brillant. C’est là, dans mon cas personnel, l’une des forces de ce film et notamment de sa fin. Il y a un aspect irréaliste à tout ça mais pourtant j’ai envie d’y croire. C’est comme la fin de M. Smith au Sénat ou La vie est belle de Frank Capra : on ne devrait pas pouvoir y croire car c’est irréaliste mais on est tellement pris par le film et les personnages qu’on ne peut qu’y souscrire et vibrer.
Parlons justement des interprètes. Je n’ai pas trouvé de fausses notes dans la distribution. J’ai apprécié de voir Colin Firth produire un personnage un poil antipathique. Josh O’Connor et Colman Domingo sont très bien dans leurs personnages et Eve Hewson fait une Jane très crédible. Et au milieu de tout ça, il y a une Emily Blunt qui porte parfaitement le personnage de Margaret, crédible dans ses émotions et dans son empathie. Je trouve d’ailleurs que ça fonctionne d’autant mieux que les personnages qu’elle croise dans certaines séquences réagissent très bien aux propos qu’elle leur livre, chacun à leur tour. C’est toujours appréciable quand les petits rôles sont aussi tenus par des gens qui se donnent à fond. Y a pas à dire, Spielberg sait diriger des acteurices.
Sur le reste de la forme, c’est évidemment bien fait et je dirai presque sans surprise : on parle de l’un des réalisateurs les plus talentueux de ces cinquante dernières années, entouré d’une brochette de collaborateurs habituels, qui sait parfaitement diriger une caméra, qui sait guider sa distribution tout en lui faisant confiance, pour qui l’action et les effets spéciaux n’ont aucun secret. Bref, c’est plutôt nickel. John Williams, le fidèle de toujours, est bien entendu là et montre qu’à quatre-vingt-dix ans passés il est toujours capable de donner le meilleur de lui-même. Je pense que Janusz Kaminski n’a pas du chômer non plus du côté de la photographie, puisqu’il y a pas mal d’effets sur la lumière et l’éclairage et que tout ça est bien fait.
On peut éventuellement râler sur quelques effets spéciaux qui ne sont pas parfaits… mais vu les séquences concernées, qui ont presque une dimension onirique ou irréelle, je me demande dans quelle mesure tout ça ne serait pas un tantinet volontaire. Mais que ce soit le cas ou pas, je pense que la qualité de ces plans n’a pas vraiment d’importance pour ce film. Ce n’est pas le propos du réalisateur qui, comme tant d’autres œuvres traitant des extra-terrestres, montrent que lorsqu’on parle d’E.T. dans un récit on parle en fait de l’humain.
Enfin, je pense que le film s’arrête au bon moment. Pas trop tôt, parce qu’il est toujours bon de nous laisser matière à spéculer nous-mêmes, qu’on n’a pas besoin d’avoir la réponse à toutes les questions. Pas trop tard non plus, parce que l’enchaînement final, dans lesquels des gens quasiment anonymes et pourtant chevilles ouvrières capitales de la diffusion de l’information font leurs choix, est capital pour mener l’intrigue à sa fin et va dans le sens de l’idée que veut proposer le réalisateur.
Ce Disclosure Day n’auront donc pas du tout été une déception pour moi. Mes attentes ont été comblées, Spielberg maîtrise toujours très bien la réalisation, le reste de l’équipe connait son métier, la distribution porte bien les personnages. Et le message proposé n’est pas superflu en ce moment. Tout ça fait du bien, le film a semé plein de trucs dans ma tête qui continuent de tourner et c’est important.
Disclosure Day
réalisé par Steven Spielberg
avec Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth, Eve Hewson, Colman Domingo, Wyatt Russell, Henry Lloyd-Hughes & Elizabeth Marvel.
2h25