Le Roi Arthur, un mythe contemporain, de William Blanc

J’ai déjà parlé ici de deux ouvrages co-écrits par William Blanc, à propos de Charles Martel et des historiens de garde. L’historien s’est un peu fait une spécialité de parler de l’utilisation de l’histoire médiévale et de sa déformation par la culture et la politique. Aujourd’hui, je m’intéresse donc à un livre qu’il a consacré au plus légendaire des rois britanniques : Arthur.

L’auteur débute par la question qui revient régulièrement dès que l’on s’intéresse au personnage dans une perspective historique : Arthur a-t-il réellement exister ? Les éléments dont on dispose ne vont pas vraiment dans ce sens, mais Blanc montre comment on part des plus anciennes traces dont on dispose aujourd’hui sur le personnage pour arriver à celui mis en scène par de nombreux auteurs, dont Chrétien de Troyes. Et il y a un sacré chemin à faire puisqu’Arthur n’est au début qu’un chef militaire auquel sont attribués quelques exploits contre les Saxons, dans une source postérieure de plusieurs siècles aux événements qu’elle relate – et qui n’est pas raccord avec d’autres sources plus anciennes, c’est dire.

Au fil des siècles, on va voir les très nombreuse évolutions de la légende, qui sont notamment le reflet d’enjeux géopolitiques à l’époque de leur écriture et qui changent évidemment en fonction de qui écrit l’histoire (qui sert l’auteur, quelle est son origine sociale, etc.) Tout ça montre que le mythe arthurien est tout sauf figé et les nombreuses interprétations que la fiction contemporaine en livre ne sont que la dernière couche d’un lot de changements difficiles à énumérer.

Arthur est une figure britannique et nombre d’œuvres qui le concernent viennent de l’autre côté de la Manche. Cependant, c’est un personnage qui a aussi eu un impact important de l’autre côté de l’Atlantique. Blanc évoque une œuvre en particulier : Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur, de Mark Twain. L’auteur est nettement plus connu chez nous pour Tom Sawyer et Huckelberry Finn pourtant ce roman a eu une influence remarquable aux États-Unis. Blanc liste notamment la quantité d’adaptation qu’a connu l’ouvrage et les différences entre ces dernières en fonction de l’époque où elles ont eu lieu. Si je connais ce roman depuis bien longtemps, l’ayant lu lorsque j’étais adolescent, je ne m’attendais pas à le trouver dans cet ouvrage et encore moins à lui voir consacrer un tel volume de texte. J’aurai appris bien des choses.

Du côté de la France, on constatera que le mythe arthurien n’y aura pas grand influence pendant la majeure partie de l’histoire. Pendant des siècles, ce sont plutôt les épopées carolingienne et en particulier la Chanson de Roland qui vont occuper l’imaginaire. Et ce n’est que pendant la seconde moitié du 20e siècle, par le biais de la mondialisation de la culture états-unienne, que le mythe va vraiment s’implanter dans le pays. Personnellement, ça m’a fait bien sourire de voir par où sont passées les légendes dont certains bretons se gargarisent.

L’ouvrage fourmille d’œuvres qui ont été influencé par le mythe arthurien, en plus de toutes celles qui ont participé à sa transmission et sa construction. Si dans quelques cas je suis un peu dubitatif sur le rapport avec le mythe arthurien, dans la plupart des occurrences je dois reconnaître que l’idée ne m’avait pas traversé l’esprit mais qu’elle est pertinente. A travers toutes ces œuvres on voit aussi quelles sont les préoccupations de l’époque et du lieu où elles sont produites. Les éléments du mythe arthurien qui sont récupérés différent en fonction de ces critères, ainsi que la lecture qui en est faite. Blanc montre aussi toute la diversité des mouvements et organisations qui ont tenté d’utiliser divers éléments du mythe, avec des fortunes très diverses.

Publié une première fois en 2016, l’ouvrage a une postface de 2020 dans laquelle l’auteur s’intéresse en particulier à la dimension apocalyptique du mythe, notamment dans ses anciennes versions.

Voilà une lecture qui aura été riche et enrichissante. Je connaissais quelques trucs et j’ai même une ou deux références en terme d’influence qui ne sont pas citées dans l’ouvrage (il y a tout un arc du comics Hellblazer où John Constantine accompagne un descendant du roi Arthur), mais j’ai énormément appris. J’ai été vraiment épaté de découvrir l’importance de l’ouvrage de Mark Twain. Et comme d’habitude avec les ouvrages de William Blanc, on voit l’importance de se demander qui utilise l’histoire (réelle ou mythique) et pour en faire quoi.

Le Roi Arthur, un mythe contemporain
de William Blanc
éditions Libertalia
600 pages, dont notes (poche)

disponible en numérique chez 7switch

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