La longue guerre, de Terry Pratchett & Stephen Baxter

Il n’y a pas très longtemps, j’ai parlé ici de La longue Terre, premier volume d’une série de cinq écrite à quatre mains par Terry Pratchett et Stephen Baxter. Et si au début il me paraissait curieux de voir ces deux auteurs travailler ensuite, cela finit par me paraitre tout à fait logique. Voyons maintenant comme évolue les choses, parce que réussir un livre n’est pas la même chose que réussir une série.

On retrouve donc non seulement cet univers multiple et possiblement infini mais aussi la plupart des protagonistes rencontrés dans le premier volume. L’exploration et la colonisation de ces innombrables Terre commence à poser divers problèmes. Notamment celui de la relation entre les États-Unis de la Terre centrale (appelée Datum Earth en VO) et les nombreuses colonies fondés par certains de ses citoyens sur des territoires alternatifs. Mais aussi la relation entre les humains et les trolls. Joshua Valiente voudrait se tenir à distance de toute cela, mais Lobsang compte bien le faire intervenir.

Les auteurs nous font vraiment profiter de nombreuses variations sur l’évolution de la Terre et c’est vraiment plaisant à voir. D’autant plus qu’on les voit expliquer par moment que des variations importantes peuvent être causer par des changements très minimes. Une bonne illustration du battement d’aile du papillon. Tout cela conduit à l’existence de certaines Terre inhospitalières. Et pourtant, même là on peut voir qu’il y a parfois des oasis de vie et de diversité, pour peu qu’on arrive à les trouver. On est bien dans un ouvrage où Baxter a mis sa patte.

Dans ce volume, on voit clairement une inspiration prise dans l’histoire des États-Unis et dans le cheminement qui a mené les treize colonies d’origine à déclarer leur indépendance. Le parallèle avec cette période historique est d’ailleurs clairement souligné par certains personnages, ce qui est plutôt rassurant sur leur connaissance du passé. Mais au-delà du classique « pas de taxation sans représentation » et de la Boston Tea Party, on a aussi toute la dimension sur l’extension de la colonisation et le rapport aux natifs du milieu concernés. Si cela évoque bien sûr tout l’aspect Far-West et relations avec les tribus indiennes, cet aspect existe déjà en amont de la création de cet état et fait même partie des éléments qui conduisent justement les colonies à entrer en conflit avec Londres (on pourra consulter un ouvrage sur l’indépendance des États-Unis, comme celui-ci). Mais ceci n’est clairement pas la seule inspiration historique convoquée par les auteurs pour parler des relations entre humains et trolls. La situation des aborigènes d’Australie en fait aussi partie.

En plus des personnages déjà connus, les auteurs nous proposent quelques nouveaux venus. J’ai eu l’impression que l’on suivait un peu plus de fils narratifs et surtout que c’était plus équilibré à ce niveau, là où dans le premier volume ça se concentrait tout de même pas mal sur le tendance Joshua-Lobsang. Je trouve que ceci nous permet d’un peu mieux explorer cet univers.

J’ai aussi apprécié qu’on s’intéresse plus aux différentes espèces sentientes qui peuplent ces diverses Terre. On sent vient la patte Baxter sur les différents chemins que l’évolution a pu prendre et les hypothèses que formulent certains personnages à ce sujet, mais le côté « elfes pourris » est clairement influencé par Pratchett. Et j’apprécie de voir que tout ceci n’est pas aussi vide qu’il pouvait sembler au premier abord.

Bref, voilà un deuxième volume qui m’aurait bien plu. Les auteurs enrichissent petit à petit leur univers, ils explorent des thématiques intéressantes et cohérentes avec le contexte développé. Et tout ça se termine avec un événement qui appelle clairement une suite et lance probablement une nouvelle étape de cette longue Terre. Je suis bien curieux de voir comment tout cela évolue dans le volume suivant.

La longue guerre (The Long War)
de Terry Pratchett & Stephen Baxter
traduit par Mikael Cabon
illustration de Leraf / Marc Simonetti
éditions L’Atalante / Pocket
480 pages (grand format) / 576 pages (poche)

disponible en numérique chez 7switch

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