Les incontournables (récents) en SFFF

Je ne participe que très rarement aux divers défis que se lance régulièrement la blogosphère, notamment par flemmardise aiguë. Mais pour une fois, j’ai trouvé un peu d’énergie pour participer à la proposition de Vert de chez Nevertwhere, consistant à proposer des incontournables de la SFFF publiés à partir de 2000. Ceci permettant de proposer autre chose que du Fondation, Dune ou Seigneur des anneaux.

J’ai donc plongé dans mes archives de lecture pour faire le tour de ce que j’ai pu lire depuis 2000. Puis j’ai ensuite vérifié les dates de publication des ouvrages retenus, afin d’éliminer ceux ne répondant pas au critère. J’ai enfin écrémé un petit peu la liste afin de ne conserver que mes « incontournables ». J’entends par là des ouvrages que j’ai beaucoup apprécié, que je suis susceptible de relire un jour, voire que j’ai déjà relu, et que je conseille vivement à tous lecteurices d’imaginaire.

Le top, sans ordre particulier (à part le premier)

L’affaire Jane Eyre, et ses suites, de Jasper Fforde. C’est peut-être le seul livre dont je peux dire qu’il a changé ma vision de ce que l’on peut faire par le biais de l’écriture. Et la première de ses suites réussit l’exploit, assez rare à mon goût, d’être encore quelques crans au-dessus. Je suis proprement émerveillé par la montagne de petites trouvailles géniales que Fforde met en scène dans ses romans.

The Malazan Book of the Fallen (Le livre des martyrs en français) de Steven Erikson. J’aime bien la fantasy, notamment les grandes fresques, façon Arcane des épées ou Roue du Temps. Et pour moi, la meilleure des séries de ce genre est celle créée par Erikson et Esslemont. Je triche ici un petit peu avec le critère, puisque le premier volume, Les jardins de la Lune, a été publié en 1999. Mais compte tenu du fait que les neuf volumes suivants l’on bien été à partir de 2000, sans parler des autre textes d’Erikson dans le même univers plus ceux d’Esslemont, j’ai décidé de l’inclure dans l’article.

The Baroque Cycle de Neal Stephenson. L’auteur est l’un de mes favoris parmi ceux d’outre-Atlantique et son Samourai Virtuel avait été une belle claque quand j’ai commencé à élargir mon horizon science-fictif au-delà des Asimov, Clarke et autres Sheckley. Avec The Baroque Cycle, l’auteur a probablement atteint le summum de sa démeusure : un tryptique de trois énormes pavés racontant un demi-siècle d’histoire scientifique, politique, économique, etc. des années 1660 aux années 1710. C’est bourré de détails, d’idées, de scènes improbables. C’est instructif, divertissant, étonnant. Et c’est toujours inédit en français et ça a de fortes chances de le rester (sauf si un éditeur gagne au loto pour financer ça).

Le goût de l’immortalité de Catherine Dufour. Pour moi, peut-être le meilleur ouvrage francophone que j’ai lu parmi ceux publié ces vingt dernières années. Le futur décrit dans ce roman a tout pour faire peur et ce qui est peut-être le plus effrayant est qu’il me parait crédible. La magnifique plume de Catherine fait que l’ouvrage n’est pas juste fort bon mais tout simplement excellent.

Je suis un grand adepte du britannique Stephen Baxter et si certains ouvrages comme Les vaisseaux du temps ou Accrétion ne peuvent pas se qualifier pour cause de date trop ancienne, même l’excellent Temps est trop ancien (1999), ça n’est pas le cas de sa trilogie Les enfants de la destinée qui se passe dans son univers des Xeelees. A travers trois romans assez différents et pourtant reliés, l’auteur propose une plongée dans la Grande-Bretagne de la fin de l’empire romain (Coalescence), un space-opera de conflit à l’échelle de la galaxie (Exultant) et un dialogue entre deux protagonistes séparés par un demi-million d’années (Transcendance).

Relire ses archives de lecture peut être une bonne chose, car cela permet de se remémorer quelques ouvrages que les défaillances de la mémoire pourraient avoir légèrement occultés. Ainsi en est-il de Harmonie de Project Itoh. Un ouvrage qui plonge dans un futur assez étrange où une sorte de dictature de la bonne santé s’est installée. Un avenir qui pourrait sembler idéal, notamment en ces temps de pandémie, mais où la narratrice ne trouve pas sa place.

Existence de David Brin. J’aime beaucoup l’auteur et je fus très heureux de le voir sortir un nouveau roman en 2012, dix ans après son précédent roman. Et l’attente aura, pour moi, été bien récompensée. Brin propose un récit multiple dans un avenir distant de quelques décennies, un texte bourré d’une quantité incroyables d’idées et qui arrive à changer plusieurs fois de direction.

Quand je me suis lancé dans Le bureau des atrocités de Charles Stross, je ne pensais pas que je lisais le premier volume de ce qui allait devenir une série se déployant sur plus d’une dizaine de volumes (en comptant les textes plus courts et les romans encore à venir). Et je ne crois pas que l’auteur pensait qu’il venait de démarrer la série de La Laverie. Cette adaptation des horreurs lovecraftiennes à la SF geek me plait beaucoup et la façon dont cet univers évolue m’enthousiasme. Ce qui m’enthousiasme moins, c’est le fait que la réalité tend ces dernières années à courir après l’horreur de cette série.

Ce qui est bien avec Alastair Reynolds, c’est que son premier roman est publié en 2000, ce qui me permet de choisir sans problème au sein de sa production de textes longs. S’il n’est pas exempt de défaut, L’espace de la révélation reste une expérience marquante pour moi, avec la découverte de cet univers et les ambiances particulières à bord des vaisseaux qui font la traversée entre les étoiles. Et ce roman est une porte d’entrée dans un univers plein de choses intéressantes. Pour les francophones, il y aussi une autre bonne porte d’entrée avec La Terre bleue de nos souvenirs, premier volume d’une trilogie de science-fiction qui part dans l’espace tout en gardant un lien avec notre monde. Enfin, j’exploite bien l’auteur en proposant aux anglophones son House of Suns, qui fait voyager à travers la Voie Lactée et donne une très belle illustration du genre de vertige que Reynolds peut provoquer.

A l’opposée des prairies bleues du ciel, Points chauds de Laurent Genefort est un roman qui reste sur Terre, tout en mettant en scène de nombreuses espèces d’extra-terrestres. Derrière son foisonnement de créatures étranges, ce roman parle de l’humanité de façon intéressante. Et c’est nettement moins volumineux que les pavés de l’auteur gallois.

Je triche un peu pour Les couleurs de l’acier de K. J. Parker. Le roman date en réalité de 1998 mais il s’agit du premier volume d’une trilogie qui s’étend jusqu’à l’an 2000. Et surtout, la plupart des textes suivants de l’auteur semblent se passer plus ou moins dans le même univers. Ce livre a été pour moi la découverte d’un type particulier de fantasy : la fantasy d’ingénieur. Précis, bourrés de détails techniques, les textes de Parker n’oublient pas non plus de s’intéresser à des personnages souvent confrontés à des problèmes d’identités.

Terminons avec Dans la toile du temps de Adrian Tchaikovsky. Un roman qui raconte l’évolution d’une espèce vers l’intelligence et la civilisation. Un livre qui pour moi rivalise avec les meilleurs romans de Stephen Baxter ou Alastair Reynolds. Cela mérite bien une place dans cette liste.

Ils n’y sont pas mais ils méritent une mention

L’espace d’un an & Libration de Becky Chambers. Deux romans dans un même univers de space opera où la découverte d’autrui se fait pacifiquement. Je compte bien lire d’autres textes de l’autrice.

Michael J. Sullivan. Avec sa série Les révélations de Riyria l’auteur propose une fantasy dynamique qui se fait la digne héritière des classiques de la sword & sorcery.

Carbone modifié et ses suites, de Richard Morgan. Le croisement du polar nerveux avec un futur cyberpunk.

– La série Peter Grant de Ben Aaronovitch. Avec Les rivières de Londres et ses suites, le britannique propose une série de fantasy urbaine qui se développe de façon très plaisante pour moi.

Anamnèse de Lady Star de L. L. Kloetzer. L’un des romans les plus étranges que j’ai pu lire.

Troie de David & Stella Gemmell. Une trilogie réinterprétant le mythe troyen et le chant du cygne d’un auteur phare de la fantasy britannique.

Le voleur quantique d’Hannu Rajaniemi. Un roman de hard-science qui fait hommage à l’une de mes figures littéraires préférées : Arsène Lupin. L’auteur a le potentiel pour devenir un grand de son domaine et il faut que je lise les deux suites à ce roman.

7 réflexions sur « Les incontournables (récents) en SFFF »

  1. Belle liste !
    Je n’ai pas lu la plupart des titres de SF, n’étant pas du tout hard SF (et j’ai abandonné le Samourai virtuel, il a mal vieillit je trouve, sans que ça remette en cause le fait que ça ai pu être une claque il y a quelques années).
    Il faudrait vraiment que je continue à lire du Parker, j’en ai plein encore dans ma PAL mais ils se font toujours devancer par d’autres titres 😛

    1. J’ai relu le Samourai virtuel il y a quelques années et de mon point de vue ça n’avait pas trop mal vieilli. Surtout comparé à Neuromancien qui respire vraiment le bouquin écrit à une époque où les ordis ont des écrans monochrome vert. 🙂
      Sur Parker, j’ai fait pas mal de rattrapage c’est deux dernières années, je n’ai plus qu’un roman en stock. Si tu as aimé ceux que tu as lu jusque là, je t’incite très vivement à poursuivre. On retrouve des invariants dans son écriture, mais les inspirations et le type d’histoire qu’il raconte change un peu d’un bouquin à l’autre.

  2. Y’a du Catherine Dufour, je plussoie ! Et dans ton annexe le L & L Kloetzer qui est dans ma liste parce que oui, juste unique cette Anamnèse de Lady Star.
    Sinon, belle liste, avec plein de trucs dont je n’ai jamais entendu parler ! Et qui donnent envie. C’est affreux ces gens qui donnent envie de lire des livres, quels criminels.

  3. Belle liste !
    En l’intégrant à mon tableau je m’étonne que personne n’ait cité Laurent Genefort avant toi. Et tu me rappelles que j’ai les deux suites de La Terre bleue de nos souvenirs dans ma PàL, faut que je leur fasse un sort !

  4. Existence de Brun je plussoie, je l’avais oublié celui-là mais il mérite d’être dans une telle liste.

    Tout comme Alastair Reynolds, j’ai failli le mettre mais ce sera pour une prochaine liste.

    1. Avoir un listing de lecture bien fourni et qui court au-delà des vingt dernières années m’a probablement permis de ne pas louper certains des titres que j’ai proposé. Si j’avais dû travailler uniquement de mémoire, je ne sais même pas si j’aurai atteint les dix. 🙂

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