Obelisk, de Stephen Baxter

Je parle abondamment sur ce blog de Stephen Baxter et si j’ai surtout évoqué ses nombreux romans, je n’ai pour l’instant chroniqué qu’un seul de ses recueils de nouvelles, Resplendent qui fait partie de sa série des Enfants de la destinée. Mais l’auteur a déjà six autres recueils de nouvelles à son actif, sans parler d’un ou deux recueils d’essais. J’ai donc décidé de me lancer dans un autre de ses recueils : Obelisk.

A la différence de Resplendent, Obelisk est un recueil dont la majorité des textes ne sont pas reliés à des romans de l’auteur. Mais certains le sont quand même. Baxter a organisé ce recueil en plusieurs parties. La première regroupe justement des textes situés dans le même univers que son diptyque Proxima / Ultima.

On commence avec On Chryse Plain, un texte qui se passe sur Mars et où l’on voit deux jeunes martiens faire la connaissance d’une terrienne au beau milieu de Chryse Planitia, l’une des grandes plaines de la planète rouge. Derrière une intrigue un poil bateau, c’est l’occasion de voir le décalage qui se forme entre les colons sur Mars et le reste de l’humanité. Baxter parsème son texte de quelques détails intéressants, des systèmes de survie au fait que les nations et événements passés peuvent vite sombrer dans l’oubli. Un texte sympathique mais un peu anecdotique.

On reste dans le même univers avec A Journey to Amasia, qui semble cette fois se passer sur Terre. On suit deux personnages à la recherche du contact avec une intelligence artificielle cachée sous terre. Dans ce texte, on voit un petit clin d’œil à Voyage au centre de la Terre, rappelant l’intérêt de l’auteur pour les précurseurs de l’imaginaire. Mais Baxter met aussi en scène l’une de ses idées fréquentes sur la virtualisation des personnes. On retrouve aussi une autre de ses habitudes : les humains sont toujours capables de nous décevoir par leurs bassesses. On peut aussi voir en filigrane sa grande obsession : l’évolution. Un texte plus intéressant que le précédent.

Retour sur Mars avec le troisième texte, qui donne son nom au recueil, Obelisk. J’ai déjà parlé de ce texte dans ma chronique de l’anthologie Edge of Infinity et je l’ai relu avec plaisir. J’apprécie toujours les projets d’ingénierie ambitieux que peut mettre en scène Baxter. Cette nouvelle est un assez bon exemple de sa capacité à proposer un récit qui s’étale sur quelques dizaines d’années et à mettre en scène des personnages guidés par une obsession.

Le dernier texte de cette partie, Escape from Eden, est beaucoup plus anecdotique. Il met en scène quelques-uns des personnages de Proxima, avant le début du roman. Il faut plus fonction de scène coupée au montage en guise de bonus pour dvd qu’autre chose.

La deuxième partie du recueil s’intitule Other Yesterdays et s’intéresse à des mondes alternatifs. Elle commence avec The Jubilee Plot, qui se passe le jour du jubilé d’or de la reine Victoria, en 1887, avec l’inauguration d’un pont sur la Manche. La nature uchronique du récit est assez évidente. Baxter a choisi dans le cas présent un point de divergence intéressant et on a à travers le texte de nombreux détails qui donnent vie à ce passé uchronique. La confrontation entre Ulrich et Giles est intéressante aussi. On sent bien que le premier agace le second par ses nombreuses remarques sur la situation en Grande-Bretagne, et pourtant j’ai un peu envie de lui donner raison. Un texte plutôt bon avec une fin intéressante.

On a un peu avancé dans le temps dans le texte suivant, Fate and the Fire-Lance. Nous sommes cette fois au début de l’été 1914 et l’héritier d’une puissance impériale européenne vient d’être assassiné. Mais pas celui que l’on croit. Le texte va prendre une forme de whodunit, en s’intéressant ici plus au mode opératoire qu’au mobile. La taille du texte fait que l’enquête n’est pas très longue, mais suffit à donner un peu de vie à cette uchronie. Certains aspects de l’uchronie sont un poil improbables, mais je me laisse entrainer facilement, notamment pour le plaisir des références dont certaines feront plaisir à un féru d’histoire, tout en ne gênant pas le lecteur qui ne les verra pas. Je retrouve aussi une multitude de détails permettant de donner corps à cette uchronie, une chose que l’on voit aussi dans les textes plus historiques de Baxter, comme Coalescence ou sa Time’s Tapestry. On trouve d’ailleurs quelques petits liens avec cette dernière au niveau des événements évoqués. Bref, une nouvelle que j’ai bien apprécié.

On avance encore un petit peu avec l’uchronie suivante : The Unblinking Eye. Cette fois, on plonge dans un monde où l’Europe n’a pas développé les empires coloniaux et reçoit la visite d’un navire venu d’outre-Atlantique. Il y a toujours beaucoup de détails historiques et on repère de nombreux points de divergences possibles. Pourtant, Baxter parvient à surprendre un peu à ce niveau-là, avec sa touche habituelle de merveilleux scientifique. J’ai aussi apprécié dans ce texte les divers noms propres britanniques en français (Tamise, etc.) cohérents avec les choix fait par l’auteur. On notera aussi la façon dont les visiteurs considèrent les européens comme sous-évolués. Un renversement de perspective bienvenu. Bref, une nouvelle que j’ai eu plaisir à lire.

L’intrigue de Darwin Anathema se passe au début d’un 21e siècle dans lequel l’Église Catholique organise, à Londres, le procès en hérésie d’un Charles Darwin décédé plus d’un siècle auparavant. Le début de texte fourmille d’un peu moins de détails, mais le lieu principal de l’action n’y pas étranger. Par contre, on trouve un parallèle intéressant avec certains éléments de notre histoire. Le texte ne se place pas dans le top des productions baxtériennes, mais je trouve qu’il est tout à fait honorable.

On part ensuite vers l’avenir proche avec un futur alternatif dans un texte qui démarre sur Mars en 2026 avant de revenir à en arrière. Le narrateur de Mars Abides raconte les différentes phases de la colonisation de la planète rouge. On remarque assez rapidement par quelques détails qu’il y a effectivement quelque chose de différent dans cet univers et pas une simple divergence historique classique. Baxter offre là un autre texte uchronique qui a ses racines dans du merveilleux scientifique comme il le maîtrise. J’ai aussi bien apprécié l’utilisation d’un événement réel que l’auteur intègre dans son intrigue. Bref, une uchronie intéressante.

Cette partie se conclue sur Eagle Song. Cette fois, le texte couvre quelques milliers d’années, sur la base d’une étoile clignotante. On y retrouve certaines époques et idées que l’auteur a déjà utilisé dans certains œuvres récentes, comme la Time’s Tapestry ou sa Northland Trilogy. Et on voit de quelle façon un événement en apparence anecdotique, vu de la Terre, va faire dévier l’histoire. Le texte m’a pas mal intrigué et j’ai trouvé la fin assez réussie.

La troisième partie de ce recueil s’intitule Other Todays et regroupent deux textes qui pourraient se passer maintenant, sans nécessité de divergence historique. Comme son titre l’indique, The Pevatron Rats parle de rongeurs, mais des rongeurs un peu particuliers puisque les choses sont vus avec un angle baxtérien. Et sans surprise on retrouve dans ce texte l’un des thèmes récurrents de l’auteur.

L’autre texte de cette partie est une nouvelle que j’ai déjà lu auparavant. J’ai déjà dit beaucoup de bien de The Invasion of Venus dans ma chronique de Engineering Infinity et je valide toujours cet avis à la n+1 lecture de la nouvelle. Il s’agit là d’un très bon texte de l’auteur, qui offre une porte d’entrée à son œuvre en étant très accessible tout en étant plein  des bonnes choses que l’auteur est capable de produire.

La dernière partie du recueil s’intitule logiquement Other Tomorrows et va nous plonger dans différents futurs. En commençant par Turing’s Apples qui commence en parlant d’une particularité sur la Lune et qui va ensuite nous expliquer le lien avec le programme SETI. Dans ce texte, on retrouve une figure qu’utilise assez régulièrement l’auteur, celle du personnage qui ne vit que pour son obsession, au point d’en être imbuvable pour autrui. Le narrateur permet de contrebalancer un peu cet effet. Dans l’ensemble, le texte est pas mal.

On passe ensuite à Artefacts. On y suit un autre personnage obnubilé par une idée, mais cette fois plus sympathique et vu par le prisme de sa fille. La recherche du pourquoi de la mortalité de toutes choses va pousser ce personnage dans une quête qui va aller très loin en terme de science. On est là dans du très grand Baxter, avec un champ de vision quasiment inégalé dans toute la SF. Cette nouvelle se place clairement dans la même catégorie que Accrétion ou Temps en terme de vertige procuré par certains éléments que développe l’auteur. Le texte contient assez d’idées pour faire quelques romans et lorsqu’à la fin on comprend enfin de quoi il est question au tout début, on reprend une bonne claque supplémentaire. Tout ça agrémenté de petits détails sur les décennies futures où l’on voit bien se dessiner tous les défis à venir de l’humanité. Si un jour on fait une sélection du meilleur de Baxter, ce texte me parait en bonne position dans la liste. Et il pourrait sans problème être au sommaire de toute anthologie rétrospective sur la hard SF.

Vacuum Lad change d’ambiance avec un texte plus tourné vers l’idée du super-héros. Comme souvent, Baxter cherche un semblant d’explication technique et scientifique qui soit plus élaboré que « mordu par une araignée radioactive ». La nouvelle semble plutôt anecdotique à côté de certaines des précédentes, mais je trouve qu’au-delà d’une intrigue assez classique on a droit à quelques images sur la colonisation de l’espace que j’ai apprécié.

On passe ensuite à Rock Day, un texte en apparence un peu banal avec un garçon qui doit sortir promener son chien. Mais rapidement, on réalise qu’il y a un problème dans son environnement. L’élément déclencheur de ce futur me paraît un peu difficile à croire, mais je le pardonne assez volontiers vu ce qu’en fait Baxter. L’idée finale est empreinte d’une ironie vraiment plaisante et j’ai vraiment été touché par le personnage central, ce qui est assez notable chez un auteur plutôt connu pour avoir du mal à donner du relief à ses protagonistes.

La dernière nouvelle de ce recueil est en forme de correspondance. Mais évidemment, une correspondance un peu particulière. StarCall voit l’échange une fois tous les dix ans d’un message entre un humain qui au début n’a que cinq ans et l’IA d’une sonde spatiale à destination d’une autre étoile. On se retrouve avec une série d’instantanés sur la vie d’un homme, pris à dix ans d’écart. Baxter sait bien gérer les sauts dans le temps de cette façon et c’est évidemment le cas dans ce texte. Le parallèle entre l’humain qui change parfois radicalement entre deux échanges et s’interroge sur son évolution et l’IA qui semble immuable sur certains points est intéressant. L’idée de la copie locale gardée sur Terre m’a rappelé La reine des anges de Greg Bear qui utilise un concept équivalent. J’ai aussi eu le plaisir de soupçonner un petit quelque chose au vu de certains détails dans les messages de l’IA.

Obelisk propose donc une reprise d’une partie des nouvelles publiées par l’auteur entre 2008 et 2013 ainsi que deux inédits. Si un ou deux textes sont franchement oubliables, l’ensemble est d’un bon niveau. J’ai eu plaisir à relire certains des textes que j’avais déjà croisé dans diverses anthologies. Et certaines des nouvelles valent vraiment le détour. C’est donc un bon recueil assez caractéristique de son auteur.

Obelisk
de Stephen Baxter
éditions Gollancz
309 pages (format moyen)

Retour au sommaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *