Tout à une fin et ma relecture du Génie des alpages par le biais des intégrales n’y échappe pas. Un cinquième volume reprenant les tomes 13 et 14, Cheptel maudit et … courent dans la montagne. Et qui a pour bel argument de vente de contenir aussi le storyboard de A pic, quinzième opus de la série que son auteur n’aura pas fini avant de disparaître.
Nous retrouvons donc le meilleur des troupeaux ovins qui soit, dans son milieu naturel et en compagnie de ses accessoires habituels : Athanase le berger, le chien sans nom, la bergère d’à côté, le renard, etc. Les brebis sont toujours en grande forme et savent faire tourner en bourrique leur berge, lequel ne se prive pas de se venger à l’occasion. Les touristes en prennent encore un petit peu pour leur grade, le décor est parfois maltraité comme s’il était en carton pâte ou en tissu. Quelques créatures fantastiques font bien sûr leur apparition, parfois de façon discrète, parfois au premier rôle du gag. Bref, on est en terrain connu et l’auteur ne nous déçoit pas de ce côté.
L’humour est encore farci d’absurdité de toutes sortes. La forme varie toujours autant et l’on va du muet au particulièrement verbeux. Si la majorité des gags sont sur du classique deux pages, on a aussi du une page, voire de l’illustration unique, mais ça peut aussi s’étaler jusqu’à huit pages. On a tantôt des cases bien régulières et rangées sagement, tantôt des cases étirées dans un sens ou dans l’autre, de toutes tailles, voire sans cases du tout. Bref, F’murrr ne se tient pas à un modèle précis et va là où son inspiration le guide.
Cette dernière intégrale contient donc aussi un volume inédit. L’auteur a déposé chez son éditeur un storyboard qu’il n’a pas eu le temps de finaliser avant son décès. Le storyboard étant dans un état de lisibilité assez avancé, voilà qui donnait un bon argument de vente pour l’éditeur. La démarche est certainement mercantile, mais en grand fan de cette série je ne peux pas bouder mon plaisir d’avoir quelques dizaines de planches de plus des aventures de cet étrange troupeau. Si certaines pages sont encore à l’état d’ébauche un peu brute, certaines ont même les dialogues retranscrits à part pour plus de lisibilité, d’autres sont nettement plus abouties. Il y a aussi un côté touchant de voir cette création dans un état intermédiaire, un moment où la substantifique moelle est déjà là mais où son auteur est encore en train de chercher comment l’ajuster parfaitement.
Au contraire des précédentes intégrales, celle-ci n’a pas un unique préfacier mais un assemblage d’une dizaine de témoignages ou hommages de gens qui ont croisé l’auteur, de la secrétaire à l’éditeur en passant par des collègues auteurs. Une compilation qui donne un aperçu de l’homme derrière l’auteur et de l’influence de son œuvre.
L’ouvrage se termine par une ultime compilation de croquis en tout genre, extraits des innombrables carnets de l’auteur. Ça fait toujours plaisir.
C’est donc la fin d’une grande relecture de l’intégralité de cette série qui aura bien marqué mon parcours de lecteur de BD par son absurdité et ses extravagances. Je continue de penser qu’il vaut mieux s’attaquer à cette série par le début, pour prendre le temps de se familiariser avec les personnages et les ressorts de cet univers. Sinon, comment apprécier les apparitions récurrentes du renard, par exemple. Bref, j’aime toujours autant cette série et cette relecture sera loin d’être la dernière.

Le génie des alpages – Intégrale 5
de F’murrr
éditions Dargaud
187 pages