John Constantine – Hellblazer – Dead in America, de Simon Spurrier, Aaron Campbell & Lisandro Estherren

La très sympathique série John Constantine – Hellblazer s’est arrêtée au bout de douze numéros, l’éditeur ayant décidé de s’arrêter là. Mais les créateurs avaient encore des choses à raconter sur leur personnage et après un peu lobbying et trois ans d’attente, une nouvelle série arriva, faisant directement suite à la précédente.

Nous retrouvons notre très cher John Constantine, accompagné de Nat et de Noah, quelques temps après la fin de la série précédente, à bord d’un bus à impériale, en train de parcourir les États-Unis. Rien que de très normal en somme.

On peut dire que dès le début de cette histoire, Constantine est dans la mouise : il est toujours plus ou moins mort-vivant, lui et ses deux comparses sont recherchés au Royaume-Uni et ils ne savent pas vraiment où aller. Les deux derniers comptant sur le premier pour résoudre ces divers soucis. Et comme d’habitude, le destin, les puissances et tout le reste sont infoutus de laisser John tranquille cinq minutes. C’est donc Dream lui-même qui vient lui demander – enfin exiger, soyons honnête – un modeste service – encore un truc improbable. Et c’est reparti pour un tour.

Les créateurs se sont fait plaisir avec la distribution. Outre nos trois protagonistes, on retrouvera l’increvable – dans une certaine mesure – Clarice Sackville mais aussi quelques grandes figures connues de la partie magie/occultisme de l’univers DC : Dream évidemment, mais aussi Swamp Thing – ce qui est normal puisque Constantine est né dans les pages de la série consacrée à l’homme-végétal – et Etrigan en représentant des Enfers toujours là pour faire des rimes, quitte à écorcher le nom de John. J’ai beaucoup apprécié ce qu’on nous propose sur le passé de Clarice. On va aussi découvrir de nouveaux protagonistes propres au continent américain et en particulier aux États-Unis.

Car le fait qu’on change de pays et de continent n’a rien d’anodin dans cette affaire. Les États-Unis sont un endroit avec une histoire bien différente de celle du Royaume-Uni (et du reste de l’Europe de façon générale) et ça peut tout à fait se décliner dans sa version occulte/religieux. Les auteurs exploitent vraiment bien cet aspect, explorant un peu la psyché étatsunienne. Et tout comme dans la précédente série, on sent aussi qu’ils en profitent pour régler leurs comptes avec quelques trucs. L’Amérique que croit être les États-Unis est bien visible dans son versant conservateur et hypocrite. Et si l’on s’occupe un peu du redneck, on tape aussi joyeusement sur Hollywood et l’industrie du divertissement.

Certains épisodes sont assez moches à voir, comme celui de cette petite ville qui se contrefiche bien de la disparition d’une fille victime de viol et dont les agresseurs ont bénéficié du soutien de la population et de la mansuétude du jury. Mais les auteurs nous donne aussi par moment de petites touches d’espoir et franchement, ça fait du bien.

Visuellement, tout ça est vraiment chouette à voir. Quelques petites séquences sont réalisées par Kelsey Ramsay, John Pearson & John McCrea, comme des petites vignettes de ce monde. Un numéro entier est dessiné par Lisandro Estherren, qui se débrouille bien. Enfin, tout le reste est de la main d’Aaron Campbell qui y va à fond. On a des moments chouettement dégueulasses à voir, des passages oniriques, du voyage aux Enfers, etc. toujours dépeint avec talent. Et très bien aidé aussi par la mise en couleur de Jordie Bellaire, fidèle au poste.

Si la série est bien disponible en français, je l’ai lu en anglais et j’y ai pris un plaisir particulier. Parce que les personnages ont des façons de s’exprimer, notamment en terme d’accent, qui se retranscrivent vraiment bien dans leur langue d’origine. Et aussi parce que je me suis beaucoup amusé avec les rimes d’Etrigan, les bouts de poèmes et autres références littéraires comme T.S . Eliot.

J’ai donc pris beaucoup de plaisir à la conclusion (temporaire ?) des aventures de Constantine par Spurrier et Campbell. C’est très beau à voir et fort plaisant à lire. Les personnages ne sont pas épargnés, les tensions sont fortes dans le groupe, John a toujours un coup tordu en réserve et les créateurs sont allés puiser des éléments assez loin dans l’histoire du personnage. C’est pour moi une vraie réussite.

John Constantine – Hellblazer – Dead in America (Simon Spurrier présente Hellblazer tome 2 – Dead in America)
écrit par Simon Spurrier & Aaron Campbell
dessiné par Aaron Campbell, Lisandro Estherren, Kelsey Ramsay, John Pearson & John MCCrea
colorisé par Jordie Bellaire, Patricio Delpeche, Francesco Segala, John Pearson & Mike Spicer
lettré par Aditya Bidikar & Steve Wands
éditions DC Comics (anglais) Urban Comics (français)
369 pages

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