De temps en temps, ma femme m’offre un livre. Et parfois, il m’arrive même de finir par le lire. C’est ce qu’il s’est passé cet été avec ce roman dont le titre m’intriguait tout autant que celui de la série qu’il ouvre.
Fin du 22e siècle, l’humanité explore l’espace et lance des expéditions lointaines pour essayer de trouver de l’anti-matière. On suit les équipages de deux de ces vaisseaux, pour lesquels les choses ne vont pas se passer comme d’habitude.
Les premières phrases du roman m’ont perturbé et intrigué, notamment par la distance au système solaire évoquée par l’auteur. Pendant quelques paragraphes, je me suis demandé si ce dernier avait bien conscience de l’échelle qu’il employait. Et il s’avère que c’est bien le cas, l’auteur expliquant assez rapidement les tenants et aboutissants de ce futur.
Dans l’ensemble, je dirai que ce roman est relativement simple. On ne suit pas quinze fils narratifs. Le nombre de personnages est assez limité. L’intrigue a son lot de péripéties et de rebondissements mais ne s’étire pas trop. Bref, ça fait trois cents pages et ça se voit.
Mais c’est aussi loin d’être si simple que ça. D’abord parce que le futur que décrit l’auteur est un peu plus complexe que cette recherche d’antimatière. On nous décrit un peu le chemin menant à ce futur post-effondrement climatique, ce dernier étant clairement évoqué avec ses conséquences. L’intrigue reste focalisée sur l’institut qui encadre cette recherche et ses membres, mais on voit qu’il y a des enjeux qui gravitent autour. Et que certaines choses sont peut-être un poil plus complexes qu’on ne le voit au début. La présentation des choses n’use pas trop des dialogues artificiels, on a même un personnage répondant à un autre « c’est bon, ça on sait déjà », et la narration s’adresse régulièrement directement aux lecteurices pour expliquer les choses plutôt que de tout nous raconter par le biais des personnages. Personnellement, je préfère ça.
Les personnages ne sont donc pas très nombreux et assez faciles à différencier. L’un des personnages secondaires est un peu caricatural, mais vu ce que l’on peut apercevoir par moment dans le monde réel, certaines de ses actions ne sont pas si improbables que cela. Les autres sont agréables à suivre et je m’y suis assez rapidement attaché. Un seul des principaux protagonistes a vraiment un développement familial dans l’ouvrage et ça n’est pas plus mal, ça évite de trop alourdir le bouquin en multipliant les personnages et les scènes, surtout que ça aurait probablement amené pas mal de redondance.
L’intrigue est centrée sur une affaire qui provoque pas mal de tension. Cependant, le récit ne bascule pas non plus dans la course minutée contre la montre et c’est tant mieux. La sensation de danger et d’urgence est suffisamment bien retranscrite pour que l’on ne sombre pas sur cet écueil. On a droit à notre petit lot de surprises, à quelques mystères et ça se termine sur un sacré cliffhanger. Il s’agit du premier volume d’une trilogie et il faut bien nous garder sous tension pour la suite. Cependant, un certain nombre de situations sont résolus, il y a des progressions dans plusieurs fils narratifs. Je n’ai donc pas eu l’impression d’être sur un premier volume qui se contente d’exposer la situation pendant cinq cents pages sans rien résoudre (oui, Havrefer je pense notamment à toi).
La tragédie de l’orque est un livre que j’ai lu rapidement. L’écriture a une certaine efficacité, l’histoire alterne assez régulièrement entre les différents personnages et situations, rythmant assez plutôt bien le récit. On pourrait vouloir que tout soit plus développé : que l’histoire des personnages soit détaillée jusqu’à leur moindre relation passée, que l’univers soit exploré en profondeur, que les situations prennent plus de temps à se résoudre, bref plus de tout. Mais je n’ai pas eu de sensation de manque. Il y a ce qu’il faut pour entraîner dans le récit, en explorant tout de même pas mal de choses : la sur-exploitation des ressources, la recherche chimérique d’une martingale, la dépendance aux IA, la complexité d’une relation parent-enfant quand le parent est rarement présent, les rivalités entre agences, etc. Et puis j’ai bien ressenti quelques instants de vertige et de mystère que j’aime croisé dans certains ouvrages de SF. Bref, j’ai trouvé qu’il y a beaucoup de choses en fin de compte dans ce livre pas très épais. Certains éléments seront certainement développés dans les deux volumes suivants. Et je compte bien ne pas trop trainer avant de m’attaquer au deuxième épisode.
Note : le sticker sur la couverture version poche (visible ci-dessous) est imprimé directement sur l’illustration. Pratique que je déplore autant que celle de l’impression des bandeaux sur les couvrantes.

La tragédie de l’orque (La trilogie baryonique 1)
de Pierre Raufast
illustration de Pascal Casolari
éditions Pocket
323 pages (poche)