Supergirl – Woman of Tomorrow, de Tom King & Bilquis Evely

J’ai déjà dit ici plus d’une fois mon amour pour les mini-séries écrites par Tom King. Mais il y en a dont je n’ai pas encore parlé, les ayant lu avant que je ne commence à chroniquer du comics ici. L’arrivée prochaine dans les salles obscures du film Supergirl est une bonne occasion pour relire la mini-série dont il est adapté.

Ruthye Marye Knoll recherche Krem of the Yellow Hills, l’assassin de son père, pour lui faire payer. Sa route croise celle d’une Kara Zor-El qui ne semble pas ua meilleur de sa forme mais qui finit par accepter de l’aider.

Ainsi commence une sorte de road-trip galactique où l’histoire va nous promener à travers divers mondes et où l’on ne verra jamais la Terre. C’est que Krem semble avoir la bougeotte, surtout après qu’il ait rejoint une bande de personnages guère plus recommandables, qui sème la désolation derrière elle. L’intrigue est loin d’être une promenade au pays des bisounours et il y est notamment question de massacre, voire de génocide. On explore aussi quelques recoins de la lâcheté, pas humaine puisque les espèces présentées ne sont pas humaines, mais on n’en est probablement pas loin.

L’histoire est racontée par Ruthye mais on voit bien par moment que la réalité a un certain décalage avec ses propos. Et si la majeure partie du récit se passe dans le présent, on plonge aussi dans le passé de Supergirl. Chose importante pour bien comprendre la différence entre Kara Zor-El et son cousin Kal-El, alias Clark Kent, alias Superman. Car si ce dernier a quitté Krypton bébé et n’en a donc aucun souvenir, Kara a vécu la destruction de sa planète et de son peuple. Une fin qui ne fut pas rapide mais au contraire une lente agonie, propre à laisser des traumas chez une ado. Ruthye nous dépeint une Supergirl héroïque bien sûr, mais avec des limites personnelles un peu différentes de celle de son cousin.

Si le comics parle de choses graves et sérieuses, on nous réserve tout de même des moments plus légers ou amusants, comme par exemple le problème du voisin encombrant dans le siège d’à côté dans les transports en commun. Ça n’est pas parce qu’on voyage à travers la galaxie qu’on ne rencontre pas aussi ce genre de soucis. Ou bien une séance de lavage de main, parce que l’hygiène c’est important. Bref, le récit a bien des variations dans sa tonalité et c’est fort agréable.

A l’égal de son cousin, Supergirl est un personnage dont les pouvoirs sont quasi-divins. Les créateurices de comics ont depuis bien longtemps intégrés quelques trouvailles permettant à ce genre de protagoniste de ne pas être totalement invulnérables. Et on exploite plusieurs dans ce récit. A commencer par les soleils rouges, qui atténuent les pouvoirs des kryptoniens et permettent ainsi à Kara de s’enivrer, pour « fêter » l’anniversaire de la disparition de son monde. Parce que parfois, il y a des souvenirs vraiment difficiles à porter.

Outre Supergirl, qui est évidemment au centre du récit et qui est passionnante à suivre, Ruthye constitue aussi un personnage intéressant. Motivée par une soif de justice et de vengeance, le récit montre peu à peu qu’elle aussi est capable d’héroïsme. On voit aussi son attachement à sa famille et son lieu d’origine, tout en voyant par moment qu’elle déteignait probablement un peu dans son milieu. De son côté, Krem est surtout méchant, très méchant, très, très méchant. Et pas forcément stupide. On a là un antagoniste qui ne semble pas vraiment perturbé par les remords et dont on espère bien qu’il finira puni d’une façon ou d’une autre à la fin de l’histoire.

Du côté graphique, que dire si ce n’est que sublime ? Bilquis Evely livre un travail absolument magnifique. Sur la forme, on ne retrouve presque pas de gaufrier en trois par trois cher au scénariste, mais certaines de ses autres habitudes y sont clairement. Et Evely s’adapte parfaitement à tout ça. Chaque planche est un régal pour les yeux. Jusqu’à certaines splash-pages (simples ou doubles) de toute beauté. J’en gardais un excellent souvenir et à la relecture c’est toujours autant de bonheur pour les mirettes. Les personnages, les créatures, les décors, l’action, tout est splendide. Dans cette superbe réalisation, Evely est accompagnée de Matheus Lopes qui colorise tout ça avec talent. C’est vraiment coloré et varié, ça fait plaisir.

L’un des avantages de ce genre de mini-séries, ici en huit épisodes, c’est que généralement les artistes qui assurent le travail intérieur font aussi les couvertures. C’est donc là aussi du bonheur à regarder. La série a aussi eu droit à quelques couv variantes, une pour chaque numéro, à chaque fois par un artiste différent. Et c’est vraiment varié, ce qui est cool, et il y a des choses que je trouve très belle dans le lot. Le volume contient aussi quelques croquis de personnages fait par Evely.

Voici donc une relecture qui sera très bien passée. Je l’ai dégusté en ne relisant pas plus d’un épisode à la fois, ce qui se faisait bien vu la densité du récit et cela m’a permis de bien profiter du formidable travail graphique de Evely et Lopes. Je suis toujours fan des narrations de Tom King et sa façon d’arriver à produire quelques trucs iconiques sur les personnages dont il s’occupe. Il me reste maintenant à voir comment rendra l’adaptation ciné de ce récit. Et un jour à relire à nouveau cette très belle histoire.

Supergirl – Woman of Tomorrow
écrit par Tom King
dessiné par Bilquis Evely
colorisé par Matheus Lopes
lettré par Clayton Cowles
éditions DC Comics (anglais) Urban Comics (français)
224 pages

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