J’aime assez bien les ouvrages qui essaient de casser quelques mythes historiques. Jean Lopez s’étant pas mal occupé de ce genre de sujet, il n’est pas surprenant de le voir s’associer à Michel Goya pour nous proposer un livre consacré aux mythes de la première guerre mondiale.
L’ouvrage est divisé en 23 articles, chacun s’attaquant à un mythe, plus ou moins répandu, concernant la première guerre mondiale. On commence avec une petite description du mythe avant que l’auteurice de l’article essaie de démêler le vrai du faux, en terminant avec une petite bibliographie si jamais on veut creuser le sujet en particulier.
C’est assez varié. On y parle bien évidemment du déclenchement du conflit, l’attentat de Sarajevo, ainsi que de sa résolution, le traité de Versailles. On parle naturellement de certaines opérations militaires, comme la bataille de la Marne, la guerre sous-marine ou encore le front de l’Est, sujets qui tentent facilement les concepteurs d’uchronie. Il est aussi question du matériel (chars, gaz…), de l’image projetée par certaine forme de combat (la guerre aérienne c’est propre) ou encore de savoir si certains types de troupes (coloniales, bretonnes ou autres) ont été envoyés au casse-pied de préférence à d’autres. Enfin, on discute aussi de la place des femmes, de celle des artistes et des violences faites aux civils.
Sur de nombreux sujets, il ne s’agit pas simplement de répondre vrai ou faux mais aussi de nuancer le propos. Ainsi sur l’idée que les soldats sont partis au front la fleur au fusil, on voit que le sujet est complexe et que la réponse pourrait varié en fonction de ce que l’on regarde précisément, que ce soit dans l’espace (campagne et ville sont des milieux différents) et dans le temps (la réaction au moment de la déclaration de la guerre n’est pas la même qu’au moment de la mobilisation). Bref, si certains mythes sont faux, d’autres sont en partie vrais tout en produisant parfois un réaction un contre-mythe qui n’est pas plus réel.
Même quand on connait certains sujets, il est toujours intéressant d’y revenir. Je suis toujours épaté de voir comment s’est produit l’attentat de Sarajevo, dont on ne peut pas franchement dire qu’il se soit déroulé suivant le plan prévu. Concernant la bataille de la Marne, on voit l’importance de la recherche du moment idéal pour frapper, le fameux kairos.
Le cas de la Suisse a été extrêmement intéressant. Si le pays était neutre pendant le conflit, il a par contre continuer à entretenir des relations commerciales importantes avec ses voisins. Car la Suisse a besoin de produits alimentaires et de charbon pour faire tourner son industrie. Elle achète donc du riz aux britanniques et du charbon aux allemands. Mais elle échange en fait ce dernier contre une partie du riz acheté aux britanniques. Ce qui devrait fâcher ces derniers puisqu’ils imposent un blocus sur l’Allemagne, y compris sur la nourriture. Mais le charbon allemand permettant aux usines suisses de produire des biens vendus aux alliés pour leur effort de guerre, les britanniques tolèrent en partie la pratique. De son côté, l’Allemagne accepte que son charbon servent à fabriquer du matériel pour ses adversaires puisqu’en échange elle obtient des denrées alimentaires dont elle a grand besoin. Bref, cet exemple en particulier montre bien toute la complexité que peut revêtir une situation historique donnée.
Comme souvent avec ce type d’ouvrages, les sujets ne sont que survolés. Il n’est pas possible de traiter en détail en dix pages des sujets aussi riches que celui de l’émancipation des femmes pendant le conflit. Cependant, ces articles font de bonnes introductions sur ces sujets et permettent déjà de remettre pas mal de choses à leur place, ce qui est toujours une bonne chose.
J’ai donc pris plaisir à plonger dans cet ouvrage. Je connaissais déjà la fausseté de certains mythes ou la complexité d’autres sujets mais j’en ai littéralement découvert d’autres dont j’ignorais tout. Le format fait qu’on a des articles qui se lisent assez rapidement, leurs auteurices n’ayant pas la place de se perde dans des détails un peu trop précis. Ce qui n’empêche pas d’y mettre plein de choses, à commencer par Michel Goya lorsqu’il évoque l’un de ses sujets de prédilections : l’innovation pendant ce conflit. Je ne peux donc que le conseiller à celleux qui voudraient dépoussiérer leurs connaissances sur ce conflit et en profiter pour corriger certaines images et découvrir une multitude de choses.

Les mythes de la première guerre mondiale
anthologie dirigée par Michel Goya & Jean Lopez
éditions Perrin / Ministère des armées et des anciens combattans
407 pages (format moyen)
disponible en numérique chez 7switch