Supergirl, de Craig Gillespie

En grand fan de DC Comics, je suis bien sûr intéressé par leurs adaptations cinématographiques. Si j’avais vu les premiers films du précédent univers étendu cinématographique, j’avais un peu fini par laisser tomber au bout d’un moment (et pas seulement pour une raison qualitative). Le nouvel univers proposé a été l’occasion de m’y remettre, ce que j’ai fait l’année dernière avec le film Superman de James Gunn. Je me suis donc intéressé au film suivant, consacré à la cousine de Clark Kent. D’autant plus qu’il adapte au grand écran un comics que j’ai beaucoup aimé, Supergirl – Woman of Tomorrow.

Ruthye Marye Knoll voit sa famille tuée par Krem des Collines Jaunes, chef de la bande des Brigands. La jeune fille est bien décidée à se venger et pour cela elle recherche quelqu’un prêt à traquer l’assassin, en échange d’une épée forgée par son père. C’est alors qu’elle croise la route d’une certaine Kara Zor-El en train de se saouler dans un bar miteux.

Le point de départ est donc à peu près le même que dans le comics : une Ruthye qui veut se venger et une Kara en train de fêter son anniversaire en buvant tant qu’elle peut pour essayer d’oublier ses traumas. La suite connait tout de même pas mal de changement par rapport à son matériau d’origine, y compris dans sa fin. Si je comprends parfaitement l’allègement de l’intrigue, surtout pour arriver à faire un film qui dure moins de deux heures plutôt que trois heures et demi, d’autres sont plus critiquables, notamment par rapport au message que cela peut envoyer sur le personnage principal.

Le film est bourré de pas mal de défauts. J’ai l’impression que le scénario a été réécrit un bon nombre de fois, en s’éloignant de l’histoire d’origine un peu plus à chaque fois – ce qui n’est pas forcément un problème – et en perdant un peu de sa substance à chaque itération – ça, c’est déjà plus gênant.

On a pas mal de scènes d’action mais ça n’est pas toujours filmé de façon très lisible. Je ne peux pas trop jeter la pierre au film, parce que de mon point de vue Hollywood fait n’importe quoi en terme d’action depuis au moins un quart de siècle et si on a parfois un John Wick ou autre qui rappelle qu’il est en fait tout à fait possible de faire des choses très lisibles tout en étant fort dynamiques et plaisantes à voir, le médium souffre quand même d’une sacrée tare à ce niveau. Bref, ce n’est pas Supergirl qui relèvera le niveau.

On nous a ajouté le personnage de Lobo. Personnellement, c’est un protagoniste que j’aime bien voir et je dois avouer que Jason Momoa a l’air de bien aller dans ce rôle et il semble s’être bien amusé. Cependant, je ne suis pas convaincu que cela était nécessaire au film. Le comics s’en passait très bien et on aurait pu tout à fait ne pas l’intégrer. On aurait peut-être pu en profiter pour développer un peu mieux le personnage de Ruthye, par exemple.

Je suis aussi un peu partagé sur la musique. On n’échappe pas à la joyeuse compil’ de titres semés un peu partout le long du film. Et je suis toujours très mitigé sur ce genre de choix. J’y vois toujours un peu une certaine flemmardise. Certes, il y a des films où cela à un sens, comme dans Forrest Gump où l’exploration de l’histoire musicale américaine s’ajoute à celle de sa société et sa politique, c’est une évidence. Mais dans cet exemple, ceci n’empêche pas de profiter aussi d’une belle partition d’Alan Silvestri. Bref, il y a quelques exemples où ça marche vraiment bien (oui, Top Gun aussi, j’en ai poncé la compil étant gosse, je ne peux pas en dire du mal, c’est gravé en moi). Mais le reste du temps, j’ai plus l’impression que ça sert surtout à remplir à pas cher et sans trop d’effort l’illustration sonore d’une séquence d’images. Un peu comme si on avait d’abord choisi la musique et ensuite collé les images dessus. Alors qu’en général, on fait l’inverse. Il y a bien une partition originale sur ce film, signée Claudia Sarne qui a remplacé le remplaçant du compositeur initialement choisi – ce qui dit déjà quelque chose du bazar de la production de ce film, mais je trouve qu’elle peine à exister.

Bon, il n’y a pas que du négatif dans ce film. Tout d’abord, il y a quelques belles images, des petites séquences qui rendent vraiment bien, comme celle où Kara joue à la balle avec Krypto… dans l’espace. C’est bref, c’est classique, mais je trouve que ça fonctionne bien et c’est beau. Krem est un méchant, très méchant, irrattrapable, détestable, etc. et sur cet aspect il est assez en phase avec son original du comics, bien qu’il ait un physique vraiment différent. Ruthye a un petit côté tête à claque avec son obsession et parfois son interprète a un peu de mal à l’incarner, mais elle reflète quand même pas trop mal son alter-ego de papier. Quand à Milly Alcock, je l’avais déjà apprécié pendant le peu de temps où on l’apercevait dans Superman et dans l’ensemble j’aime bien la voir à l’écran, notamment quand elle est avec son chien. On sent bien l’attachement qu’elle a pour lui et l’importance qu’il revêt.

Je trouve aussi que le film a fait pas mal d’effort sur les extra-terrestres, nombreux et vraiment variés, non seulement par leur physique mais aussi par leur comportement, leur mode d’expression, etc. On a quelques dialogues dans des langues inconnues qui sont sous-titrés et même un ou deux échanges dont on ne comprend qu’un seul des deux protagonistes et ça suffit largement à se faire une idée de ce que dit l’autre. C’est classique mais ça marche et perso ça me suffit. Il y a aussi du travail sur les accessoires, les décors, costumes, etc. Ça n’est pas le summum dans le domaine mais je trouve qu’on est largement au-dessus du minimum syndical.

On visite un peu moins de mondes que dans le comics, élagage scénaristique oblige, mais je trouve qu’on les caractérise assez simplement et ça suffit pour comprendre ce qu’on en fait dans l’intrigue, notamment par le biais des différentes couleurs de soleil.

Au final, Supergirl est un film qui semble avoir connu quelques problèmes dans sa production et qui pêche par divers aspects. On n’est clairement pas sur un grand film. Cependant, j’ai passé un agréable moment en le regardant, pas trop long puisqu’il arrive à être sous la barre des deux heures, générique compris, ce qui semble presque une anomalie de nos jours sur une grosse production hollywoodienne. J’ai aimé voir Milly Alcock en Kara Zor-El, accompagnée de son chien numérique un peu foufou et mignon. J’ai apprécié de détester Krem. Bref, ça m’a tout de même fait plaisir à voir et parfois je n’en demande pas plus.

Supergirl
réalisé par Craig Gillespie
avec Milly Alcock, Eve Ridley, Matthias Schoenaerts, Jason Momoa, David Krumholtz, Emily Beecham & David Corenswet
1h48

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