Sister Svangerd and the Devil you Know, de K. J. Parker

La dernière série en date de K. J. Parker, sa trilogie de la Loyal Opposition, sortant à un rythme assez rapide – trois volumes en un an – je n’ai eu trop longtemps à attendre pour pouvoir lire la suite de Sister Svangerd and the Not Quite Dead.

On retrouve donc Frère Desiderius et Sœur Svangerd alors que leur supérieure leur impose une nouvelle mission : il faut mettre la main sur un livre particulier. En leur faisant bien sentir qu’iels n’ont pas le choix et qu’iels ont intérêt à bien réussir cette mission.

Comme d’habitude, je trouve avec joie la plume de K. J. Parker et c’est un plaisir dès les premières pages. L’humour qui est toujours en embuscade, le soucis du détail professionnel, les descriptions de processus administratifs. Bref, je suis en terrain connu et apprécié.

Cette nouvelle mission ne se passe évidemment pas comme prévu. Et si dans le premier volume ça partait déjà bien en cacahuète, là ça vrille complètement en cours de route et on sort complètement du cadre prévu. A tel point qu’on peut presque se demander à un moment si l’on est encore dans la réalité ou si le narrateur rêve, même si l’on se doute un peu de l’explication. En tout cas, Desiderius n’est pas épargné par les événements et doit faire face à des situations compliquées qui s’enchaînent. C’est délicieux.

Depuis le début, on sait que le narrateur est un incrédule. Le Soleil Invincible, la Loyale Opposition, tout ce vaste bazar c’est de la connerie pour gens qui s’illusionne. Mais cette incrédulité était déjà soumise à rude épreuve dans le premier volume. Cette fois, on monte clairement d’un cran et notre pauvre protagoniste a bien du mal à maintenir son regard sur le monde. On sent bien qu’il s’y accroche au moins autant par refus d’admettre son erreur que par pure foi en la non-existence de tout ça. Sur ce point, je suis très curieux de voir sur quel terrain l’auteur entrainera son personnage dans le troisième volume.

J’ai trouvé intéressant de s’intéresser un peu à la question de la possession : est-ce qu’il y a des règles, qu’elle est la limite, peut-on expulser un esprit d’un corps possédé, quelles conséquences pour le corps et l’âme de la victime, etc. L’auteur s’amuse clairement avec tout ça et ça fait plaisir à regarder.

Je m’amuse aussitôt de tout un tas de petites choses. Notamment la façon dont le destin se fiche clairement des personnages et de leurs plans à tiroir. Vous montez un master plan en quinze étapes, subtil, bien équilibré, prêt à rouler comme sur des roulettes ? Le destin se chargera de tout faire dérailler avant l’étape deux, avec un bon coup de pied dans le fondement et ensuite il s’amusera en vous regardant dévaler la pente. C’est clairement ce que l’on fait ici et personnellement j’aime beaucoup ça.

J’aime aussi la relation un peu étrange qui unit Desiderius et Svangerd, avec leurs oppositions mais aussi leurs terrains d’entente et leurs non-dits. C’est sympathique à voir et là aussi je suis curieux de voir où finira toute cette histoire.

J’ai donc pris encore beaucoup de plaisir à la lecture de ce nouveau K. J. Parker, un auteur qui ne me déçoit pas et dont j’aime tant l’humour que le soucis du détail et son rendu des organisations, des détails administratifs, etc. Dans ce volume, j’ai particulièrement aimé la petite piqure de l’un des supérieurs de Desiderius. Ce dernier utilise ses talents de faussaires pour se faire de fausses autorisations pour tout et n’importe quoi. Résultat, lorsqu’il s’attend à ce que son supérieur lui donne le document adéquat pour réquisitionner un peu de matériel pour sa nouvelle mission, ce dernier lui fait clairement comprendre qu’il n’a qu’à se débrouiller pour pondre tout seule une autorisation adéquate, après tout il a l’habitude. Voilà, c’est notamment ça que j’aime chez K. J. Parker et je ne doute pas d’en lire encore dans le prochain opus.

Sister Svangerd and the Devil You Know
de K. J. Parker
éditions Orbit
350 pages (format moyen)

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