Person of Interest – Saison 1

Le début des années 2010 est une période où J. J. Abrams, tout juste sorti de son grand succès Lost, produisait une nouvelle série télé par an, avec des fortunes assez diverses. La cuvée 2011 s’intitulait Person of Interest et son point de départ me donna envie de m’y intéresser. Ce fut le début de cinq saisons, ce qui est déjà pas mal pour moi. L’arrivée de la série sur Netflix est une bonne occasion pour que je la regarde à nouveau.

« Vous êtes surveillé. Le gouvernement a un système secret, une machine qui vous espionne jour et nuit. Je le sais, parce que c’est moi qui l’ai construite. J’ai conçu la Machine pour qu’elle détecte les actions de terrorisme mais elle voit tout : des crimes violents impliquant des gens ordinaires. Des gens comme vous. » (extrait du monologue d’ouverture des épisodes de la saison 1, traduction personnelle)

Il faut évidemment faire des trombinoscopes avec des ficelles.

Person of Interest est donc une série qui s’intéresse à la surveillance et à ses possibles dérives, par le biais d’une intrigue centrée sur la résolution de petits et grands mystères. La Machine fournit régulièrement à son créateur, Harold Finch, le numéro de sécu de quelqu’un qui devrait prochainement être impliqué dans une action violente. Avec son associé Reese, ancien agent de la CIA, ils essaient d’identifier l’individu, de comprendre s’iel sera la future victime ou le futur coupable et tentent d’intervenir à temps. Et on répète le même principe à chaque nouvel épisode.

Savoir qui sont les gens impliquent bien sûr de les suivre dans la rue, façon stalker.

Le principe d’ignorer par avance si la personne concernée est la potentielle victime ou coupable amène sa dose de suspense et les scénaristes ne se privent évidemment pas de proposer des personnages qui semblent clairement appartenir à une catégorie pour en réalité se révéler être dans l’autre. C’est de bonne guerre et je trouve que ça fonctionne assez bien. Et surtout, iels n’hésitent pas à se lancer très rapidement dans des options variées et originales : le numéro peut désigner une personne présumée morte, un nouveau-né, deux personnes avec un même numéro. Ou encore on peut avoir plusieurs numéros en une seule fois. On va avoir droit au faux numéro de sécu d’un flic sous couverture, à un ancien agent secret étranger, ou une femme sous fausse identité fuyant son ex-conjoint. Bref, j’ai eu plaisir à revoir les scénaristes essayer de faire preuve d’inventivité et même proposer quelques trucs touchants.

La distribution principale de cette saison ne se limite pas au tandem Finch/Reese. On fait aussi très vite la connaissance de l’inspectrice Carter qui essaie de comprendre qui est ce mystérieux type en costard qui intervient à temps pour sauver des gens et qui tabassent régulièrement des affreux. Ainsi que Fusco, un flic un poil pourri qui se retrouve happé dans l’engrenage de ces intrigues. Le jeu de cache-cache avec la police est assez sympathique et évolue bien au fil de la vingtaine d’épisodes de la saison. Ceci permet de ne pas attendre trois saisons avant de profiter de quelques scènes assez satisfaisantes.

On joue aussi du téléobjectif pour espionner les gens chez eux, c’est très sain tout ça.

Si la première saison est assez sage en terme d’intrigue de fond – ce sera plus consistant par la suite – on bénéficie tout de même de plusieurs fils narratifs qui reviennent régulièrement. Tout d’abord une intrigue tournant autour d’un mystérieux Elias qui ambitionnerait de se faire une place dans le milieu du crime new-yorkais (oui, j’ai oublié de préciser que la série se passe à New-York). Je me souvenais en partie de cette histoire mais j’ai eu plaisir à redécouvrir que des éléments s’y rapportant apparaissent assez rapidement dans la saison. J’avais un souvenir assez net d’un épisode en particulier, où Elias prend vraiment de l’importance, et je trouve que ça fonctionne toujours aussi bien.

On a ensuite une intrigue s’intéressant au passé de Reese et notamment à la raison pour laquelle il ne fait plus partie de la CIA. C’est celle dont j’avais oublié le plus d’éléments. Ce fut plaisant d’y replonger, avec son lot de trucs un poil convenu mais satisfaisant à voir. Le personnage nous est clairement montré au début de la série comme étant un tantinet au fond du trou et on finit par comprendre qu’il y a effectivement de quoi ne pas se sentir dans sa meilleure vie.

On n’échappe à un petit filtre bleu pour certains scènes de flashback.

Enfin, mon intrigue de fond préférée de cette saison était celle consacrée au passé de Finch et à la création de la Machine. On en profite très souvent dans la série et j’ai vraiment aimé la revoir. On voit tout le secret dont s’entoure le personnage qui tente au maximum de préserver sa vie, au point que le gouvernement, qui a pourtant commandité la construction de la Machine, ignore jusqu’à l’existence de son créateur. On voit bien que Nathan sert de boussole morale à Finch et que ce fut un personnage capital dans son existence.

Visuellement, j’aime bien ce que propose la série, en utilisant régulièrement des vues de caméra de surveillance, depuis un véhicule de police en patrouille, etc. Avec en surimpression des petits éléments qui identifient les avions volant, un bout d’espace aérien interdit, etc. Bref, en donnant une perspective visuelle qui pourrait être celle de la Machine. On voit aussi par moment des réflexions de cette dernière, notamment dans des écoutes téléphoniques. La série a aussi son petit mécanisme pour intégrer les flashback, avec la vision d’une remontée dans le temps, comme si on rembobinait un film ou que l’on cherchait une bande archivée. Outre le plaisir visuel de tout ça, j’apprécie qu’on ait un petit aperçu du point de vue de la Machine, cela lui donne une identité et en fait un personnage à part entière, même s’il est pour l’instant assez absent.

Se faire passer pour un technicien de maintenance, toujours une bonne technique pour s’infilter.

Du côté de la distribution, c’est un bonheur à revoir. En premier lieu du fait de Michael Emerson que je trouve parfait dans le rôle de Finch. J’aime sa diction, sa démarche, ses regards, on ressent bien qu’il entretient une obsession sur le secret de sa vie privée. Jim Caviezel fait très bien le boulot dans le rôle de Reese, avec son petit sourire satisfait et son regard de type qui va faire mal quand on l’a énervé. Taraji P. Henson est très bien en Joss Carter, la détective intègre qui aimerait bien éclaircir le mystère que constitue cet étrange justicier en costard que personne n’arrive jamais à coincer. Kevin Chapman interprète très bien Lionel Fusco, un flic pas très clean mais qui cherche à bien faire et qui tente d’esquiver les problèmes tout en balançant quelques bonnes punchline.

Du côté des seconds rôles, Brett Cullen est très bien en Nathan Ingram, l’homme qui servait de façade publique à Harold Finch. On sent bien l’amitié qui nouait les deux personnages et les inquiétudes morales de Nathan. Paige Turco incarne un personnage qui a son utilité dans la société dépeinte par la série et qui s’amuse un peu avec Reese. Annie Parisse joue bien l’ancienne collègue et mentor de Reese du temps où il travaillait à la CIA. Michael Kelly est parfaitement irritant en Mark Snow, agent de la CIA qui croit qu’il peut remettre la main sur Reese sans problème. J’ai aussi beaucoup aimé Elizabeth Marvel en Alicia Corwin notamment par sa différence d’interprétation entre le passé et le présent, on voit bien que son personnage a été marqué par la création de la Machine. Elle fait partie des personnages dont j’avais oublié l’existence mais que j’ai retrouvé avec grand plaisir. Par contre, je n’avais pas du tout oublié Enrico Colantoni qui m’avait bluffé la première fois, ni Amy Acker dont le temps de présence à l’écran dans cette première saison est très limité mais qui s’installe déjà très bien dans son personnage.

Chaque situation a ses outils adaptés. Le tout est de savoir s’en servir.

Je ne suis pas un adversaire par principe des doublages français, j’ai beaucoup aimé quantité de choses que j’ai vu doublées en français étant jeune et je sais qu’on peut encore entendre du bon boulot en la matière. Mais j’ai pris l’habitude, depuis un bon moment, de regarder la plupart des œuvres dans leur langue d’origine. Ce qui fut donc le cas pour Person of Interest. J’ai tout de même jeté un petit coup d’oreille vers la VF de la série, par curiosité. Et je suis un peu déçu à ce niveau, pas du fait des comédiens eux-même mais plutôt par le choix de voix qui a été fait pour certains personnages. Les voix choisies pour Carter et Fusco me semblent assez correctes mais j’ai un gros problème pour celles de Reese et Finch, en particulier celle de ce dernier dont je trouve qu’elle a un tessiture un peu trop proche de celle de Reese. C’est dommage, mais dans la mesure où j’avais vu la série en VO la première fois et que je l’ai revu aussi en VO, ça n’est pas quelque chose qui m’aura vraiment causé problème. Plus un constat qu’autre chose.

Quand le numéro est celui d’un bébé, on n’a pas trop de doute sur le fait que c’est une victime potentielle.

Certaines œuvres sont marquantes, ou le deviennent, par seulement par elles-mêmes mais aussi par le contexte dans lequel elles apparaissent. Ainsi, la saison 2 de Andor a une résonnance vraiment forte avec l’actualité du fait de sortir au début de la seconde présidence de Trump. Person of Interest m’a fait le même effet. La question de la surveillance et de la protection de la vie privée était déjà dans l’ère du temps lorsque la série a commencé à l’automne 2011, mais la série est vraiment rentrée en collision avec l’actualité à la fin de la deuxième saison lorsque qu’éclata l’affaire Snowden, avec son flot de révélations sur l’usage de la surveillance de masse par le gouvernement américain. On ne pouvait pas rêver plus bel hommage de la réalité à cette fiction.

Bref, j’ai beaucoup aimé replonger dans cette série, en retrouver les personnages, la diversité des affaires proposées, les petites astuces de mises en scènes, les intrigues de fond et l’ambiance qui s’installe petit à petit autour de la surveillance généralisée. Je vais donc pouvoir poursuivre ce revisionnage avec la deuxième saison.

Les scènes avec téléphone public sont appelées à se multiplier dans la suite de la série.

Person of Interest – Saison 1
série américaine tournée en anglais
23 épisodes de 40 minutes environ chacun

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