Les RTS ne sont pas le genre de jeu que je pratique le plus mais j’y ai quand passé un peu de temps au fil de ma vie de gamer, notamment Dune 2, Warcraft 2 ou Total Annihilation. Il m’est arrivé depuis d’en tester un de temps en temps. R.U.S.E. est l’un d’eux. Et vu qu’il est sorti il y a une bonne quinzaine d’années, on sent à quel point je suis à jour dans ce domaine.
R.U.S.E. a la particularité de se passer pendant la seconde guerre mondiale, ce qui n’est pas si fréquent parmi les RTS. On y incarne Joseph Sheridan, un officier américain propulsé à la tête de la première division blindée et qui doit la manœuvrer en Tunisie en 1943, pendant la bataille de Kasserine. L’intrigue entraîne ensuite notre personnage à travers la campagne d’Italie la même année, puis le débarquement en Normandie, l’opération Market-Garden, la bataille des Ardennes et l’invasion de l’Allemagne nazie. Ça va même déborder un peu après la fin du conflit en Europe. Tout ça est relié par un scénario que j’ai suivi d’un œil distrait, avec un ou deux rebondissements très prévisibles – même moi je l’ai vu venir, c’est dire. J’étais plus intéressé par la direction des batailles elles-mêmes.

Ce jeu propose une approche légèrement différente de la plupart des RTS. On doit naturellement récolter une ressource – ici des entrepôts logistiques que l’on pille – pour pouvoir construire des bâtiments, les faire évoluer et produire des unités. Au fur et à mesure que l’on avance dans le jeu, les matériels disponibles évolueront. Sans surprise, on a principalement de l’infanterie et de la cavalerie blindée mais on peut aussi dans certains scénarios disposer d’un peu de soutien aérien.
Chaque bataille s’ouvre par un briefing nous résumant la situation de départ et les objectifs à atteindre. Ces derniers pourront éventuellement évoluer en cours de route, l’ennemi n’attendant pas forcément sagement que l’on vienne à lui. A nous de nous débrouiller pour sécuriser des entrepôts et les ressources qu’ils abritent pour pouvoir développer nos forces.

Là où le jeu diffère sensiblement, c’est d’abord sur le brouillard de guerre. Celui-ci n’est pas complet. Ainsi, on peut savoir que des unités ennemies se déplacent dans telle ou telle direction, sans que l’on soit en contact direct avec eux. Mais on n’en connait la composition précise qu’une fois qu’une de nos unités est réellement capable de les voir. Il peut parfois arriver que l’on perd complètement la connaissance de ces déplacements, ou que l’ennemi perde la notre, par l’usage d’un effet dit de « silence radio ». Car le jeu propose certains effets, les ruses qui donnent leur nom au jeu, permettant de cacher nos mouvements, de révéler ceux de l’ennemi, de construire des leurres, d’accélérer les mouvements de nos troupes dans un secteur, etc. Ces effets sont importants à maîtriser parce qu’ils peuvent fournir des avantages parfois capitaux dans certains scénarios.
Un autre point de divergence tient à la carte. Car on ne fonctionne jamais totalement en vase clos. On est généralement en train de diriger un certain nombre d’unités au milieu d’un front plus large. Ainsi, il n’est pas rare de voir dans un coin ou un autre de la carte d’autres unités ennemies affronter des unités amies. Ce sont généralement des interactions scriptées et sur lesquelles on ne peut pas agir, mais je trouve intéressant que l’on voit que pendant qu’on dirige des blindés américains dans un coin de la Tunisie, des troupes françaises agissent ailleurs en même temps. Je trouve que ça participe à l’immersion dans l’univers du jeu et cela rappelle que la guerre est un sport d’équipe. Nos actions pourraient avoir une influence sur celles des autres et vice-versa. Cela n’est pas réellement le cas dans ce jeu, mais l’illusion de toute cela est quand même présente.

Graphiquement, le jeu est un peu limité, on sent qu’il fait son âge, mais l’interface est assez simple et fonctionne plutôt bien. Et on n’a pas besoin d’un niveau de détail hallucinant pour déplacer des bonhommes sur une carte. D’ailleurs, lorsque l’on fait du zoom arrière, nos propres unités peuvent passer sous forme de symboles, permettant un peu plus de lisibilité.
En tout, on doit pouvoir gérer environ vingt-cinq modèles d’unités différents dans la campagne. De la jeep de reconnaissance au char lourd Pershing, en passant par les bombardiers B-17 ou le canon anti-aérien Bofors, on retrouve plein de matériel historique. Et chaque type d’unité a ses forces et ses faiblesses. Il est donc important de savoir de quoi dispose l’adversaire pour savoir quoi lui opposer.

En plus de la campagne, il existe aussi un mode Opérations, permettant de jouer à des batailles isolées, certaines historiques et d’autres plus fictives (comme l’invasion du Royaume-Uni par l’Allemagne). Je n’ai pas vraiment pris le temps de m’y intéresser.
Le jeu dispose d’un mode multijoueur, où l’on peut utiliser des unités d’autres pays (Allemagne, France, Royaume-Uni, Union Soviétique, Italie et Japon). N’étant pas du tout amateur de multijoueur, je n’ai pas testé ce mode donc j’ignore ce qu’il donne. Je ne sais même pas si les serveurs permettant d’y jouer sont toujours opérationnels.
Voici donc un RTS un peu différent des autres, avec une approche assez orientée sur la reconnaissance (physique ou électronique) des forces ennemies et le masquage de ses propres forces. L’enchaînement des batailles de la campagne est assez sympathique, même si l’intrigue elle-même est très convenue et sans vraie surprise. Je ne me suis intéressé qu’au mode campagne, mais la grosse vingtaine de missions m’a occupé près d’une trentaine d’heures de jeu avec un certain plaisir.

R.U.S.E.
développé par Eugen Systems
édité par Ubisoft
disponible sur Windows, OS X, PS3, XBox 360