Il y a peu, j’ai parlé ici du premier album de la nouvelle équipe s’occupant de la série Les aventures de Spirou et Fantasio. Un volume que j’avais apprécié mais avec une fin appelant une suite, dont j’étais bien curieux de voir ce qu’elle donnerait. Je n’ai donc pas trop trainé avant de la lire.
On démarre en retrouvant Spirou dans une situation qui semble antérieure à celle de l’album précédent. Mais il apparait rapidement que quelques éléments ne sont pas cohérents.
La résolution de la fin de l’épisode précédent est assez rapidement expliquée et le principe était assez prévisible. Ce qui n’est pas forcément un problème, cela aurait pu mener à quelque chose d’intéressant. Le problème, c’est que l’intrigue va alors s’engager dans une espèce de fuite en avant. Et si c’est plutôt bien rythmé au début, avec des alternances entre les différents lieux et personnages, ça se met à pédaler sérieusement dans la choucroute une fois que tout a convergé. J’en ai fini par trouver qu’un passage trainait en longueur, avec une espèce de surenchère interminable.
Le volume précédent amenait des pistes de réflexion intéressantes, sur le renouvellement du personnage, avec une approche un peu méta que j’avais vraiment appréciée. Ici, tout cela parait maintenant perdu et n’ayant finalement mené à rien. J’ai vraiment la sensation d’un gros gâchis. D’autant plus que si l’on avait déjà une bonne dose de références au passé des personnages et à leur univers, j’ai l’impression que le curseur sur cet aspect a été forcé de quelques crans supplémentaires. On voit que les auteurices ont bien potassé tout ce qui a été fait avant, mais agglomérer l’ensemble ne suffit pas. Il aurait fallu apporter quelque chose en plus. Là, ça se transforme vraiment en catalogue de références.
En parlant de référence, il y avait un petit truc qui m’avait un peu titillé dans le précédent album : les références culturelles au monde réel. Là aussi j’ai l’impression que les auteurices ont poussé le curseur encore plus loin, et ça m’a vraiment dérangé cette fois. J’ai l’impression que jusqu’ici Spirou et Fantasio évoluaient dans un univers un peu séparé du notre dans la mesure où l’on n’avait assez peu, voire pas, de références à des œuvres (livre, musique, film) existant chez nous. Et là, on nous en sert en veux-tu en voilà. Sauf que je n’en voulais justement pas. Ce genre de détail a vraiment eu un effet négatif sur ma perception de l’album. Je ne vois pas Daft Punk, par exemple, exister dans cet univers.
Que dire de positif ? Graphiquement c’est toujours bien et je n’ai rien à reprocher de ce côté. J’apprécie aussi les quelques piques lancées sur une certaine vision passée du monde, avec l’exposition universelle de Bruxelles de 1958. Mais c’est malheureusement bien peu pour sauver cet album du naufrage.
Il y avait des pistes intéressantes dans l’album précédent, la possibilité d’aller vers quelque chose de nouveau. Et puis finalement non, on se replie sur un empilement de références, qui donnent l’impression de faire du fan service le moteur de l’intrigue mais sans le moindre recul sur le principe. J’ai un peu l’impression d’une douche froide similaire à celle de l’épisode 9 de Star Wars qui plonge dans les pires travers possibles, après un épisode 8 qui avait certes des défauts – et pas qu’un peu – mais qui tentait quelque chose de nouveau. Le même sentiment de voir une œuvre abandonnée toute velléité d’originalité et d’innovation.
Parce qu’au final ce diptyque n’aura apporté rien de neuf ou presque à cette série et son univers. Là où les précédents créateurs avaient chacun plus ou moins tenter de proposer quelque chose de nouveau, pas toujours avec bonheur mais au moins on essayait . Et vu ce que j’exprimais dans ma chronique précédente à propos de mon insatisfaction à l’égard des deux précédentes équipes ayant travaillé sur la série, je réalise que le dernier album que j’ai vraiment aimé de la série principale est Machine qui rêve, sorti en 1998. Il y a vingt-huit ans. Je me fais un peu l’effet d’un vieux schnock, mais force m’est de constater que c’était mieux avant. Heureusement qu’il y a d’autres productions satisfaisantes sur ces personnages en dehors de la série principale, notamment celles d’Émile Bravo.

Les aventures de Spirou et Fantasio – tome 56 – La mort de Spirou
écrit par Benjamin Abitan & Sophie Guerrive
dessiné par Olivier Schwartz
éditions Dupuis
59 pages