Je commence à perdre un peu le compte des romans de Philip K. Dick que j’ai lu et c’est plutôt pas mal, ça veut dire que j’avance bien. Nous voici donc rendu à l’un de ces bouquins dont le titre m’a toujours intrigué.
L’ouvrage commence sur la réunion des représentants de différents clans humains sur une exoplanète. On constate très vite que chacun a une personnalité assez particulière.
Si le récit démarre sur la lune alphane évoquée dans le titre, on revient ensuite assez rapidement sur Terre, avec des personnages qui pourraient être plus ordinaire mais qui font très rapidement mentir cette impression. L’auteur nous embarque alors dans une intrigue avec un type qui se retrouve trimballé entre des intérêts contradictoires qui veulent tous lui imposer des évolutions dans sa situation. Tout cela finira bien sûr par rejoindre le lieu et les personnages présentés au début. Au contraire de certains de ses premiers romans, qui donnaient un peu l’impression de voir l’histoire imaginée au fur et à mesure de son écriture, on voit ici que Dick organise mieux son intrigue.
L’idée à l’origine des clans de cette lune est originale et intéressante. Le principe d’une société humaine coupée du reste pendant une certaine période de temps et évoluant dans une direction propre peut se retrouver ailleurs, mais c’est le choix de population qu’a fait l’auteur qui rend tout ça particulier. Dick est un écrivain qui aime bien parler des troubles mentaux et ici il se fait bien plaisir. Notamment du côté de la paranoïa, d’autant plus que cette dernière ne se limite pas au clan concerné, puisqu’on en observe aussi sur Terre, en veux-tu, en voilà.
Je continue à retrouver ce côté suranné de la vieille SF avec des voyages d’un système stellaire à l’autre qui semblent être aussi rapides et simples que d’aller de l’autre côté d’une petite ville en vélo. J’apprécie aussi toujours d’avoir des récits avec une quantité de personnages un peu limitée, même s’ils sont parfois un peu brossés à gros traits. Mention spéciale ici pour Chuck Rittersdorf et sa femme dont le conflit conjugal semble assez improbable, notamment dans l’absurdité des demandes de l’une et l’apathie complète de l’autre. J’ai connu l’auteur un peu plus subtil dans certains de ses ouvrages précédents, mais ceci a l’avantage de bien montrer que la société terrienne n’est pas forcément plus saine que la société alphane qu’elle prétend corriger.
Bref, j’ai encore passé un bon moment avec la plume de l’auteur. Un des avantages de ces vieux romans de SF est leur taille assez limitée qui permet d’en lire un assez rapidement entre deux trucs plus encombrants. Et quand en prime ça offre quelques idées intéressantes avec un traitement à la hauteur, on n’a même pas l’impression d’avoir perdu son temps.

Les clans de la lune alphane ()
de Philip K. Dick
traduit par François Truchaud
illustration de Akumimpi
280 pages (poche)
disponible en numérique chez 7switch