Weaver, de Stephen Baxter

J’ai passé de fort bon moments de lecture avec les trois premiers volumes de la Time’s Tapestry de Stephen Baxter. Il est temps maintenant de s’occuper du quatrième et dernier volume et de voir ce que propose l’auteur pour expliquer les éléments singuliers dispersés à travers cette tétralogie.

On plonge dans l’Angleterre de 1940, au moment où ses armées sont acculées à Dunkerque et tentent de rembarquer avant d’être capturée par les allemands. Et cette fois, on verra bien la divergence historique se produire.

Dès le prologue, Baxter répond à l’une des questions principales des trois volumes précédents : d’où viennent les messages déguisés en prophétie. Ceci pourrait donner l’impression de rendre tout le reste de l’ouvrage sans intérêt. Heureusement, il n’en est rien.

D’abord, l’auteur propose une peinture intéressante de ce monde alternatif. Il évite l’idée d’une conquête complète de la Grande-Bretagne par les armées du Troisième Reich en utilisant une hypothèse intermédiaire. Ceci me parait d’une part pas délirant d’un point de vue historique, notamment pour des raisons logistiques (que l’auteur exploite assez bien). Cela offre aussi des possibilités intéressantes pour l’auteur. On voit ainsi bien l’exploitation que les deux côtés peuvent faire de divers événements par le biais des médias pour essayer d’influencer la diplomatie.

Ensuite, Baxter propose une galerie de personnages assez intéressante. Ce point n’est généralement pas son fort, mais dans cette série j’ai trouvé globalement qu’il s’en sortait assez bien. C’est une nouvelle fois le cas ici. J’ai notamment apprécié la diversité de comportement rencontrés chez les britanniques en zone occupée. On voit par exemple les compromissions que font certains, tout en sentant qu’eux-mêmes ne sont pas sûrs d’agir de façon rationnelle. C’est d’ailleurs cette absente de rationalité dans certains choix qui me paraît justement une marque d’humanité.

Enfin, l’auteur ne serait pas lui-même s’il n’offrait pas quelques éléments qui laissent penser que l’on peut aller plus loin. Ici, si le prologue répond d’emblée à la question de l’origine d’une partie des prophéties, il n’explique pas tout. Une hypothèse à ce propos est justement formulée en cours de récit. C’est une chose que j’aime beaucoup chez Baxter et que je retrouve aussi chez Alastair Reynolds : une capacité à non seulement montrer du merveilleux scientifique mais aussi à faire sentir qu’au-delà de l’horizon qu’ils nous ont proposé, il y a encore d’autres choses à découvrir.

Weaver conclu, pour moi, de façon assez satisfaisante cette tétralogie. Si l’amateur d’histoire (notamment militaire) que je suis pourrait tiquer un peu sur le déroulement uchronique proposé dans ce volume, c’est vendu suffisamment bien par Baxter pour que je suspende mon incrédulité (et l’auteur a d’autres propositions tout aussi intéressantes dans son recueil Obelisk).

Sur la série dans son ensemble, on peut se demander s’il était nécessaire d’en faire quatre romans. Peut-être pas. L’ensemble de l’intrigue aurait probablement pu être resserré en moins d’espace, voire comprimé en un seul gros roman. Au risque de rendre tout ça indigeste. Le choix fait par l’auteur me parait finalement assez pertinent. D’une part, cela lui a permis de livrer des romans pas très épais, ce qui donne toujours l’impression de ne pas patiner au milieu d’un pavé et ménage un peu les bras et les mains des lecteurices. D’autre part, il a pu couper clairement son intrigue en plusieurs époques et explorer chacune de façon un peu approfondie, en présentant bien à chaque fois les spécificités, les défis rencontrés par les personnages, etc. Sans trop délayer son propos, chaque volume restant assez dense en événements. Bref, je pense que Stephen Baxter a fait le bon choix sur cette série, qui offre quatre romans bien structurés, un ensemble qui en fait forme autant une série de science-fiction qu’une fresque historique.

Weaver
de Stephen Baxter
éditions Gollancz
321 pages (format moyen)

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