Dans le domaine de l’histoire militaire, je lis surtout des ouvrages consacrés à des événements – guerre, campagne, bataille… – ou des personnages particuliers. Et en fin de compte peu voire pas de livres traitant de question un peu plus large. Je ne sais plus trop comment j’ai fait l’acquisition du présent ouvrage mais j’ai décidé qu’il était temps de le sortir de la pile à lire.
Comme son titre l’indique, ce livre s’intéresse à la stratégie, et même à la grande stratégie. Si la première consiste, grosso-modo, à diriger des opérations militaires avec pour but de remporter un conflit militaire, la seconde se place en quelque sorte à une échelon supérieur, embrassant l’ensemble de l’activité de l’état et ses intérêts à long terme. Ceci implique bien sûr la possibilité d’options militaires mais pas seulement.
L’ouvrage est organisé en dix chapitres, qui parcourent l’histoire chronologiquement, grosso-modo du cinquième siècle avant notre ère jusqu’à la fin du vingtième siècle. La plupart des chapitres sont construits sur une comparaison et parfois une opposition entre deux figures, parfois contemporaines, parfois non, avec des profils variés. Ainsi, on verra Elisabeth Ière d’Angleterre face à Philippe II d’Espagne ou bien une comparaison entre Woodrow Wilson et Franklin Delano Roosevelt. Mais on nous propose aussi de nous parler de Saint-Augustin et Machiavel, ou encore de comparer Tolstoï avec Clausewitz.
Certains duos proposés sont donc assez inattendus mais l’auteur a toujours une idée derrière la tête et sait l’amener de façon cohérente et compréhensible. On constate aussi que l’enchaînement des chapitres est pensé : on a des transitions et certains éléments vu précédemment se rappellent à notre bon souvenir par la suite. Dans l’ensemble, l’écriture est agréable et l’auteur a une certaine érudition. Je pourrai éventuellement lui reprocher d’être un peu rapide sur certains points des conflits qu’il expose, mais cela ne remet pas en cause son propos général.
Voici donc un ouvrage pas trop long et plutôt riche. Un peu inattendu dans son déroulé, avec des comparaisons assez surprenantes dans certains cas mais qui ont bien un sens. Je ne suis pas sûr que la grande stratégie elle-même soit précisément définie au sein du livre, par contre il en propose divers exemples qui montrent bien toute la difficulté de l’exercice, qui n’a rien de trivial et où la frontière est parfois bien mince entre ce que l’on pourrait qualifier de réussite ou d’échec. Bref, c’est un livre qui m’a un peu surpris mais dont la lecture a été très instructive.

De la grande stratégie
de John Lewis Gaddis
traduit par John E. Jackson
éditions Perrin
377 pages, plus notes et index (poche)