Quand j’étais ado, j’adorais voir l’histoire par le biais des cartes. J’ai notamment poncé un atlas historique de poche réalisé par Werner Hilgemann, Hermann Kinder & Raymond Albeck et le Grand Atlas de la Seconde Guerre Mondiale, édité par Larousse, qui m’a initié à la symbologie Otan. Il y a donc toujours une part de moi qui est tentée lorsque je vois arriver un ouvrage sur un sujet historique qui m’intéresse et qui contient des cartes. Et quand l’ouvrage en question est fait par des gens comme Jean Lopez ou Nicolas Aubin, je ne peux que céder.
Deux des trois auteurs étant de grand défenseur de l’art opératif soviétique, l’idée qu’ils proposent est de regarder la seconde guerre mondiale sous l’angle des opérations, une sorte d’échelle intermédiaire entre la « simple » bataille (la tactique) et la conduite générale de la guerre (la stratégie), et de le faire à l’aide de cartes.
Les auteurs expliquent en introduction la grille qu’ils vont utiliser pour présenter chaque opération. On nous présente d’abord la ligne stratégique et le but de l’opération. Viennent ensuite sa forme et son séquençage. On fait ensuite le tour de l’articulation des forces qui y sont consacrées et de leur commandement. Enfin, on voit quelles contre-mesures sont prises par l’adversaire, l’exécution de l’opération elle-même et son bilan. Chaque point dispose de son petit pictogramme qui permet ainsi pour chaque opération de s’y retrouver aisément. La plupart des opérations ont droit à quatre à six pages mais certaines s’étalent sur huit voir dix pages. L’ensemble est proposé de façon plus ou moins chronologique, avec des regroupements géographiques, histoire de ne pas faire en permanence des allers-retours à l’autre bout du monde. Chronologiquement, les auteurs ont choisi de commencer en 1937, avec l’invasion japonaise de la Chine, ce qui me semble tout à fait pertinent, et ils prolongent la fenêtre sur fin 1945-début 1946 avec l’hypothétique invasion du Japon par les alliés. Si cette opération n’a jamais été mise en œuvre, elle a néanmoins été planifiée et on peut donc l’analyser, dans une certaine mesure.
Chaque opération dispose d’une ou plusieurs cartes, généralement assez claires. Et c’est bien utile, parce qu’à moins de connaître déjà en détail toutes les opérations proposées, il y en a forcément certaines dont la géographie est un peu floue avant de lire l’ouvrage. Le livre est d’un grand format, environ trente centimètres sur vingt-cinq, avec une couverture cartonnée, ce qui en fait un objet qui nécessite un peu de place pour être lu, comme la plupart des beaux-livres, mais qui le rend bien lisible. Il dispose aussi d’un signer et d’un marque page qui fait office de légende.
En tout, ce sont un peu plus de soixante-dix « opérations » qui sont proposées. Je mets des guillemets au mot, parce que la diversité en terme d’ampleur, tant dans le temps que l’espace, de ce qui est proposé rend à mon avis un peu abusif l’emploi de ce terme dans certains cas. Mais c’est du pinaillage. En tout cas, je trouve très intéressante la grille de lecture proposée, notamment sur la préparation des opérations avec les raisons stratégiques qui y poussent et l’objectif recherché… quand il est ne serait-ce qu’un minimum défini par la partie qui initie l’opération. Parce que l’on voit que par moment ça nage un peu dans le flou. Et dans l’ensemble, ça montre bien la diversité des opérations, certaines étant assez bien préparée avec un objectif clair et d’autres semblant montée de façon plus aléatoire, sans pensée claire derrière. On voit aussi la variété des résultats. Sur ce plan, je trouve qu’il est toujours intéressant de montrer les conséquences d’une opération, au-delà du résultat direct. Car de la même façon que pour une bataille, une opération qui semble réussi peut ne pas avoir d’effet réellement intéressant et une opération a priori raté peut avoir un effet stratégique utile.
Bref, j’ai beaucoup apprécié cet ouvrage que je trouve vraiment réussi. Les opérations proposées sont nombreuses et assez variées tant dans leur forme que leur ampleur ou leur réussite. La grille de lecture proposée me semble vraiment intéressante et l’objet en lui-même est agréable à lire.

Les opérations de la seconde guerre mondiale en 100 cartes
de Jean Lopez, Nicolas Aubin & Benoist Bihan
cartographie de Quentin Petit, Nicolas Poussin & Jean-François Ségard
éditions Perrin
351 pages