Jeanne d’Arc – Vérités et légendes, de Colette Beaune

Cet été, j’ai pas mal pioché dans la collection Vérités et légendes des éditions Perrin. Cette fois, on s’intéresse à l’une des figures les plus connues de la guerre de Cent Ans et l’objet de pas mal de légendes et d’approximations.

L’autrice commence par expliquer ce qui l’a motivé à écrire cet ouvrage. Tout part d’un documentaire pour lequel elle a accepté d’être interviewé, tout comme d’autres collègues spécialistes du personnage. Et le résultat final n’a pas du tout celui attendu, puisque les historien-ne-s ont en quelque sort servi de caution, par opposition, à un tenant de théories farfelues. Entre tribune pour dénoncer la démarche et interview à l’issue de la diffusion du documentaire, l’historienne prend conscience que dans l’esprit de certains il faudrait une histoire sérieuse pour les universitaires et une autre pour le vulgum pecus, laquelle mérite bien quelques arrangements avec la réalité. Ce qui ulcère la spécialiste, d’où cet ouvrage.

On a donc un livre qui ne suit pas tout à fait le même schéma que les précédents que j’ai lu dans cette collection. Au lieu d’avoir toute une série de questions et mythes parfois un peu décorrélés les uns des autres, l’autrice va s’appuyer sur les propos des propagateurs de fausseté, qu’elle désigne sous le qualificatif de mythographes, et de fil en aiguille elle va nous expliquer ce que la science historique sait du sujet sur ces différents points. Et donc nous démontrer que tout cela n’est qu’un tissu de faussetés et autres grossièretés.

L’ouvrage se découpe donc en treize chapitres, chacun se concentrant sur une question précise : Jeanne était-elle une pauvre bergère ? Avait-elle une ascendance royale ? A-t-elle survécu après une substitution juste avant le bucher de Rouen ? Les sujets sont bien sur intéressants et ils sont organisés sous une forme de progression. A chaque fois, l’autrice se base sur les écrits de différents mythographes pour préciser quels sont les idées relayées et ensuite elle s’emploie à les réfuter, avec de multiples sources.

L’une des choses que j’ai trouvé intéressantes concerne les voix qu’entends Jeanne d’Arc. Certaines thèses évoquent l’idée d’une forme de manipulation, où l’on aurait fait croire à Jeanne qu’elle entendait des voix divines, dans le but de l’amener jusqu’au roi, etc. Au-delà du fait que l’hypothèse est proprement rocambolesque, l’historienne rappelle un point que j’ai trouvé important : l’origine et la nature des voix de Jeanne d’Arc ne présente que peu d’intérêt et surtout n’est pas explicable. Certains tentent des diagnostic médicaux (schizophrénie ou autre) ce qui à plusieurs siècles d’écart ne peut pas donner grand chose de probant. Ce que pointe Colette Beaune, c’est que Jeanne croyait à l’existence de ces voix et ces contemporains aussi. Et c’est cette croyance qui a influencé leurs actions.

J’ai beaucoup apprécié cet ouvrage. Je connaissais déjà quelques trucs sur le personnage de Jeanne d’Arc et j’ai donc beaucoup appris sur le sujet. L’approche consistant à s’appuyer sur les affirmations des mythographes pour mieux les démolir m’a plu. On sent que l’autrice a un compte à régler à ce niveau et elle fait ça très bien. On voit bien qu’elle connait son sujet, ses sources, les travaux de ses collègues, etc. Bref, ça se lit bien et on ne peut qu’apprendre des choses sur ce personnage fascinant.

Jeanne d’Arc – Vérités et légendes
de Colette Beaune
éditions Perrin
280 pages (poche)

disponible en numérique chez 7switch

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