La Volonté du Dragon, de Lionel Davoust

De temps en temps, il faut savoir essayer de nouveaux auteurs. J’ai souvent une certaine appréhension à lire une nouvelle plume. Mais quand l’auteur a déjà publié plusieurs ouvrages et qu’il m’est chaudement recommandé par quelqu’un de confiance (et qu’en plus je l’ai déjà rencontré et qu’il est fort sympathique) je ne suis pas trop inquiet. C’est donc avec une certaine confiance que je me suis lancé dans La Volonté du Dragon, premier roman de Lionel Davoust.

Le Volonté du Dragon est le navire amiral de la flotte de l’empire d’Asreth, nation qui s’est fixée comme objectif la conquête du monde (pour son bien, naturellement). Sur sa route, le royaume Qhmarr, petit pays qui malgré un retard technologique apparemment et une infériorité numérique prononcée refuse se plier de bonne grâce à une conquête sans bataille. Le généralissime Vasteth est alors confronté à un curieux défi.

Ce roman n’est pas très long, son volume de texte dépasse légèrement le seuil entre novella et roman d’après les critères des prix anglophones. Ce qui est plutôt cohérent puisque l’intrigue ne couvre que quelques heures d’une rencontre et d’une partie d’un jeu bien particulier. La longueur du roman est donc en adéquation avec ce qu’il raconte.

La situation de départ semble assez simple et comme certains des personnages, le lecteur peut s’imaginer que tout sera réglé très rapidement. Évidemment il n’en est rien, sinon l’auteur n’aurait pas grand chose à raconter. Si je n’ai pas autant douté que le généralissime sur l’effet que peut avoir le défi auquel il se plie, j’ai tout de même partagé son sentiment par moment. Le fait que le mécanisme qui relirait éventuellement ce défi à la bataille en cours ne semble pas présent et que le lien ne tienne que sur la foi de l’interlocuteur du généralissime joue bien son rôle et permet à cet ambiguïté de se maintenir. Ceci s’accorde assez bien avec le contraste entre les deux nations. L’empire d’Asreth a une armée qui repose sur la technologie, même si celle-ci semble avoir une source un peu « magique » l’ensemble est exploité de façon rationnelle, donc technologique, par cette nation. Le royaume Qhmarr semble au contraire maîtriser une forme de magie plus « brute » et se reposer sur la foi.

Dans ce roman, Lionel Davoust traite entre autres de la guerre et le fait plutôt bien à mon goût. Non seulement sur les raisons qui la déclenchent mais aussi sur la façon dont on la mène. L’empire pratique l’expansion dans le but d’apporter la « lumière » à travers toutes les nations, mais se parer d’une motivation noble, même si sincère, ne rend pas la chose légitime pour autant. Sur ce plan, l’auteur propose d’ailleurs sur la fin une petite idée intéressante qui m’évoque un peu certaine tragédie grecque. Je suis curieux de voir s’il l’exploitera d’avantage dans les ouvrages suivants. On constate aussi que la guerre n’est pas une activité simple, surtout quand on perd un peu « l’habitude » de la pratiquer parce que les précédents pays se sont laissés annexer sans combattre. Davoust met très bien en évidence le problème de perte de compétences qui en résulte, comme dans tout autre secteur professionnel, et qui est une véritable préoccupation de certaines armées modernes qui n’ont connu que peu de situations de combat réel ces dernières décennies.

La Volonté du Dragon est donc un roman relativement court mais suffisamment d’éléments intéressants pour en rendre la lecture plaisante. Le style en fait ni trop, ni trop peu, et m’évoque parfois l’économie de certains grands anciens de l’imaginaire comme Jack Vance. La peinture d’un conflit est faite avec un ensemble d’éléments que je trouve rarement, en dehors d’un K. J. Parker. La réflexion proposée sur l’opposition entre un interventionnisme, fut-il bien intentionné, et la liberté d’un peuple à décider de son destin est intéressante et assez bien présentée. Tout ça accompagné d’un peu de suspense. Voilà qui fait un livre que j’ai lu avec plaisir et qui m’incite vivement à voir à continuer de lire du Davoust, notamment avec l’espoir de voir comment sa plume gagne en maturité.

La Volonté du Dragon
de Lionel Davoust
illustrations de Cyrielle Alaphilippe & Frédéric Navez
éditions Critic
165 pages (moyen format)

disponible en numérique chez 7switch

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Une réflexion sur « La Volonté du Dragon, de Lionel Davoust »

  1. Cet auteur est fort sympathique et j’aime suivre son travail sur son blog, ses idées et conseils sur Twitter, j’ai pris son 1er tome de la Messagère des dieux aux Imaginales mais pas encore pris le temps de le lire (oups) ^^

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