Cérès et Vesta, de Greg Egan

Après un premier essai très satisfaisant de la collection Une Heure-Lumière des éditions du Bélial avec L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu, je me suis enfin décidé à tenter un autre ouvrage de cette collection. Place donc à Cérès et Vesta de Greg Egan.

L’humanité a commencé à coloniser le système solaire, notamment la ceinture d’astéroïdes. Les différents planétoïdes n’ayant pas les mêmes ressources, un flux constant se forment entre eux, notamment entre Cérès et Vesta. Mais lorsqu’une partie de la population de Vesta est frappée d’ostracisme, cela va avoir un impact sur les échanges avec Cérès et provoquer quelques problèmes inattendus.

Dans cette novella, Greg Egan part de deux idées réalistes (pour moi) et intéressantes. D’une part, l’interdépendance des colonies spatiales. Les différentes ressources n’étant pas équitablement réparties dans le système solaire, il est fort possible que des échanges soient nécessaires. A une échelle moindre c’est déjà le cas au niveau mondial : des denrées agricoles aux hydrocarbures, les flux sont nombreux et permanents entre les grandes régions du monde. L’autre idée intéressante est celle de l’ostracisme d’une des famille fondatrice d’une colonie, au motif qu’elle possède une part plus importante du patrimoine. Au motif d’opérer un rééquilibrage, cette politique finit par aboutir à une mise à l’écart d’individus sur la simple base de leur héritage génétique. L’histoire est suffisamment remplie de révolutions à visée démocratique qui finissent par installer de nouvelles dictatures ou de réformes censés rééquilibrer justement les choses et qui en réalité remplace un déséquilibre par un autre. Bref, Egan utilise des ingrédients qui me paraissent de qualité.

Le mélange de ces idées et leur incorporation à la trame que développe l’auteur abouti à une situation où des personnages n’ont que de mauvais choix en face d’eux. Quand on est contraint de choisir entre deux mauvaises options, est-on responsable du mal produit au final ? On voit aussi le problème auquel font face les ostracisés : comment réagir ? Se rebeller ne peut qu’inciter à justifier la situation que l’on subit mais ne rien faire n’arrangea rien pour autant. Le parallèle historique se fait assez bien avec certaines époques passées. Mais l’ouvrage résonne aussi assez bien avec l’époque actuelle. Cérès et Vesta est une bonne illustration du fait que croire qu’un système politique ne peut pas protéger à lui seul ses citoyens si personne n’est décidé à en faire respecter les principes. On peut alors détricoter les droits de certaines catégories de population sans aucun soucis. Surtout si l’on enrobe tout ça avec l’idée de faire payer quelqu’un, de préférence un autre que soi, pour une « faute » commise par un ancêtre qui n’est plus là. Et certains personnages observent tout cela avec une forme d’impuissance, le sentiment qu’on n’a pas de moyen d’empêcher les événements de se produire. Bref, cette novella se passe dans un avenir plus lointain que L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu, mais ce texte semble tout autant en phase avec l’actualité.

Avec Cérès et Vesta, Greg Egan signe sa première apparition dans la collection Une Heure-Lumière des éditions du Bélial. C’est une belle novella qui illustre bien qu’en parlant du futur la science-fiction peut surtout parler de notre présent.

Cérès et VestaCérès et Vesta (The Four Thousand, The Eight Hundred)
de Greg Egan
traduit par Erwann Perchoc
illustration d’Aurélien Police
éditions Le Bélial
120 pages (format poche)

disponible en numérique chez 7switch

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4 réflexions au sujet de « Cérès et Vesta, de Greg Egan »

  1. Alexandre

    Bonjour Herbefol,

    j’ai décidé de me lancé dans le bouquin après ce week end de fête et j’ai beaucoup de mal à accrocher je ne sais pas si ce sont les mots ou le thème mais j’arrive pas à rentrer dans le bouquin,

    Je referais un commentaire à la fin 🙂

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    1. Herbefol Auteur de l’article

      L’avantage des novellas, quand on a un peu de mal à rentrer dedans, c’est qu’au moins ça ne dure pas six cents pages. 🙂

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      1. Alexandre

        Bonjour Herbefol,

        Je reviens vers toi pour te dire que finalement j’ai bien aimé le livre,

        J’attaque un autre livre le vieil homme et la guerre suite à la lecture de ton avis sur le blog,

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        1. Herbefol Auteur de l’article

          Content de voir que la novella t’a plu. Il vaut mieux avoir du mal au début et finir par apprécier l’ouvrage que le contraire. 😉
          J’espère que tu apprécieras aussi Le vieil homme et la guerre.

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