Émissaires des morts, d’Adam-Troy Castro

A part pour des livres que j’ai en réserve depuis bien longtemps ou quelques auteurs particuliers que j’ai découvert en français, je lis de plus en plus en anglais les auteurs anglophones. Mais il m’arrive encore de me laisser séduire par la traduction française, surtout si elle s’avère apporter quelques petits plus par rapport à la version d’origine, ce qui est le cas du Émissaires des morts, d’Adam-Troy Castro.Ainsi, le volume publié en français contient-il non seulement le roman du même nom, mais aussi une novelette et trois novellas mettant en scène le même personnage (des textes un peu plus compliqués à trouver en VO). Sans parler du fait que l’auteur lui-même a effectué quelques corrections dans ses textes à l’occasion de cette publication en français.

Cette série de texte suit le personnage d’Andrea Cort, sorte d’enquêtrice travaillant comme juriste pour le service diplomatique de la confédération regroupant l’ensemble des civilisations humaines, dans un univers peuplé d’autres espèces intelligentes. Elle est régulièrement envoyée en mission pour débrouiller des problèmes juridiques ayant un angle diplomatique.

Dans le premier texte, Avec du sang sur les mains, Andrea Cort est ainsi envoyée pour valider le bien fondée du transfert d’un criminel humain vers une civilisation extra-terrestre, afin qu’il serve de sujet d’études à cette dernière. Cette novella fonctionne avec deux effets de « révélation » et j’ai été assez amusé de constater que si j’ai eu de l’avance sur le personnage pour la première, j’étais en retard sur la seconde. L’idée et la mécanique employée ressemblent un peu à ce que l’on peut trouver dans des textes de l’age d’or de la SF mais ça fonctionne bien.

Le deuxième texte est un peu plus court, les anglophones catégorisent ça comme novelette (entre nouvelle et novella). Dans Une défense infaillible, Andrea Cort est amenée à devoir sortir une collègue du pétrin. Cette dernière a « bloqué » son cerveau pour ne pas prendre le risque de révéler certaines informations et Cort doit aider à permettre à son esprit de refaire surface. L’ambiance est assez sympathique, on est cette fois plus dans le centre de cette fameuse confédération et le texte a bien l’allure d’une nouvelle avec sa petite chute.

On revient sur le format novella avec Les lâches n’ont pas de secret. Cette fois, Andrea Cort va à nouveau se livrer à l’une de ses activités favorites : casser les pieds d’une ambassadrice. Accessoirement, elle doit résoudre un problème juridique concernant un humain détenu par une civilisation extra-terrestre. On retrouve quelques éléments de la première novella, notamment sur la découverte de nouvelles technologies. Cependant, l’auteur a aussi construit ce récit un peu différemment avec un sympathique rebond en cours de route.

Dans Démons invisibles, la dernière novella, Andrea Cort doit encore venir se prononcer sur le sort d’un humain dont les crimes concernent une autre espèce et cette fois le défi parait assez fort. Si on retrouve encore quelques éléments communs avec les textes précédents, Castro propose aussi d’autres idées. Et j’avoue que j’ai particulièrement apprécié ce récit, par son questionnement sur ce qu’est la sentience. Et puis l’auteur propose un petit plus concernant le passé de son personnage principal.

On arrive enfin sur le plat de résistance de ce volume : le roman Émissaires des morts. Et on retrouve toujours Andrea Cort, cette fois en récit à la première personne, qui doit enquêter sur la mort du membre d’une expédition scientifique dans un monde artificiel géré par des IA. Le casse-tête proposé est intéressant : il ne s’agit pas juste d’une enquête sur un crime dont il faut trouver le coupable, Cort doit aussi tenir compte de paramètres diplomatiques. En clair, elle n’a pas le droit de désigner n’importe qui mais doit fournir une solution permettant aux parties en présence de sauver la face sans s’écharper. Une sorte de quadrature du cercle.

Le cadre choisi par l’auteur pour ce récit est intéressant : un monde artificiel, géré par des IA et habité par une espèce sentiente créée de toutes pièces et au rythme de vie un peu particulier. On retrouve quelques thématiques déjà aperçues dans les textes précédents, notamment sur les visions très différentes que peuvent avoir de l’univers des espèces distinctes. Castro en joue assez bien et l’utilise pour donner de la consistance à son univers.

Le personnage central de cette série, Andrea Cort, a un profil un peu particulier. Profondément marquée par une expérience traumatique alors qu’elle était enfant, elle traîne une sale réputation tant chez les humains que parmi la plupart des autres espèces. J’ai aimé la façon dont l’auteur décrit parfois cette situation, comme le fait que Cort préfère rester seule lorsqu’elle mange ou boit. On constate aussi au fil des textes quelques petits changements chez le personnage. Rien d’énorme, juste des petites choses subtiles et je trouve ça appréciable.

En lisant les cinq textes à la suite, on n’échappe pas à quelques redites. Il peut donc être intéressant de laisser un peu de temps entre chaque texte. Ceci dit, je n’ai pas non plus trouvé ça particulièrement gênant. Notamment parce que la plume de Castro se lit bien. J’ai accroché au personnage d’Andrea Cort. J’ai apprécié l’univers proposé par l’auteur, avec une humanité pas tout à fait unie et qui doit se faire sa place parmi les espèces sentientes. Enfin, j’ai aimé l’approche à la fois juridique et diplomatique des récits. Ce sera donc avec plaisir que je me lancerai dans le volume suivant, La troisième griffe de dieu, lorsqu’il sortira.

Émissaires des morts (Emissaries from the dead)
d’Adam-Troy Castro
traduit par Benoît Domis
illustration de Manchu
éditions Albin Michel
709 pages (format moyen)

disponible en numérique chez 7switch

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