Anatomie de la bataille, de John Keegan

J’ai fait l’acquisition d’un gros pavé intitulé De la guerre et signé John Keegan, un historien militaire assez réputé du siècle dernier. Cet épais volume contient en fait trois textes de l’auteur. Ces trois ouvrages étant aussi trouvables indépendamment les uns des autres alors que le pavé n’est plus disponible (à part en numérique), j’ai décidé de les chroniquer chacun à leur tour. Je commence donc avec le premier, Anatomie de la bataille.

Dans cet ouvrage, Keegan essaie de parler des batailles non pas vu d’en haut, depuis les états-majors, mais d’en bas, au niveau du simple soldat. Et il va le faire à travers trois batailles : Azincourt, Waterloo et la bataille de la Somme.

Après s’être personnellement présenté, l’auteur fait un petit tour de l’histoire militaire et de la façon dont elle a évolué au fil du temps, notamment le mode de présentation des batailles.

On passe ensuite à la bataille d’Azincourt, célèbre défaite française de la guerre de Cent Ans. Après une rapide présentation du contexte puis du déroulement global de la bataille, Keegan s’intéresse aux différentes catégories de combattants, archers, cavaliers et fantassins, à qui ils sont et comment ils ont pu vivre la bataille, de ceux qui sont en première ligne à ceux qui sont bloqués derrière et ne voient rien des événements. Enfin, il s’intéresse brièvement à l’après concernant les blessés et les prisonniers et aux motivations qui pouvaient animer ces soldats.

Pour la bataille de Waterloo, l’auteur reprend avec une présentation de la campagne qui mène à cette confrontation puis à son déroulement même. La bataille est un peu plus complexe que la précédente, notamment du fait de la dimension du terrain et des effectifs engagés. Il pointe le fait, intéressant, qu’aucun acteur de la bataille, pas même Wellington et Napoléon, n’a de vision complète du terrain et de ce qu’il s’y passe. Il explique aussi l’effet des armes à feux, fusils et canon, qui à l’époque produisent encore une quantité de fumée considérable (et pas forcément bien rendue dans les représentations ciné/télé sur l’époque) qui rend parfois l’environnement du soldat totalement méconnaissable. Keegan s’intéresse aussi à l’état des combattants au début de la bataille : étaient-ils déjà sur place depuis un moment ou viennent-ils d’arriver après une longue marche ? Quand ont-ils mangé pour la dernière fois ? Ont-ils bénéficié d’un service religieux ? Ensuite, tout comme pour Azincourt, il analyse les différents types de combat rencontrés pendant la bataille, l’artillerie remplaçant l’archerie. La quantité de témoignages disponibles par les combattants de tous grades permet d’être beaucoup plus prolixe sur le sujet et d’avoir une petit idée de ce que ressent un soldat qui voit fondre sur lui une charge de cavalerie, ou qui voit un boulet de canon emporter une dizaine de ses camarades à quelques mètres de lui. Enfin, Keegan fait à nouveau le point sur le sort des blessés après la bataille.

Le troisième affrontement présenté est la bataille de la Somme, très connue des britanniques qui l’ont vécu comme un véritable traumatisme et assez occultée en France par le souvenir de Verdun qui a lieu la même année (alors que la bataille de la Somme a aussi concernée des troupes française) tout comme l’année suivante le Chemin des Dames occulte Passchendaele (dans les deux cas, les batailles impliquant l’armée britannique sont les plus meurtrières). Une fois encore, Keegan présente rapidement le contexte et le déroulement de la bataille, mais il détaille aussi les plans prévus par les britanniques pour cette offensive ainsi que les préparatifs qui la précède. Il s’intéresse aussi aux soldats qui composent alors l’armée britannique, ces derniers étant arrivés en plusieurs vagues avec des origines diverses, un esprit de corps variable et des motivations différentes. Enfin, il détaille le combat vu au niveau individuel, en fonction des armements employés et termine une nouvelle fois par le sort des blessés.

Pour finir, l’auteur réfléchit un peu à l’avenir de la bataille. Il le fait en regardant les évolutions passées et tente quelques pistes possibles pour l’avenir.

Cet ouvrage a été une très belle surprise pour moi. Si dans la fiction la vision de la bataille depuis le simple soldat existe depuis longtemps, que ce soit Victor Hugo dans Les Misérables ou Tolstoï dans Guerre et Paix, son étude par l’historien semble plus rare. L’écriture de Keegan permet de bien faire passer son propos, rendant la lecture agréable. Un bon ouvrage pour s’intéresser à l’humain au sein de la bataille.

Anatomie de la bataille (The Face of Battle)
de John Keegan
traduit par Jean Colonna
éditions Perrin
420 pages (format moyen)

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