Réjouissez-vous, de Steven Erikson

J’ai longuement parlé sur ce blog du Livre malazéen des glorieux défunts, décalogie de Steven Erikson. Si depuis la fin de cette série l’auteur a continué à explorer l’univers malazéen, il s’est aussi tourné vers la science-fiction. En plus d’une série de space-opera parodique, dont je parlerai peut-être un jour, Erikson a publié récemment un roman isolé intitulé Rejoice, A Knife to the Heart. Ce dernier a droit à une traduction française chez L’Atalante, sous le titre Réjouissez-vous. Voyons un peu de quoi il retourne.

Ça y est. Ils sont là. Nous ne sommes pas seuls. Le moment du premier contact avec une intelligence extra-terrestre est enfin venu. Sauf que. Sauf qu’on ne les voit pas et qu’ils ne nous adressent pas la parole. Ce qui est plutôt fâcheux. D’autant plus qu’ils semblent quand même décidés à nous inculquer quelques règles de savoir vivre.

Le lecteur qui s’attendrait à retrouver dans ce roman la même tonalité que dans l’univers malazéen risque d’être surpris. Ceux qui connaissent déjà sa série Willful Child, space opera parodique, le seront nettement moins. En effet, l’auteur écrit ici dans un style sensiblement plus léger que dans sa grande saga de fantasy. Erikson adopte cependant un ton moins délirant que dans son space opera qui a de franches allures de farce. Ici, on est dans quelque chose d’un peu plus équilibré et si l’humour a la part belle, Erikson fait quand même passer le lecteur par quelques uns des pires endroits du monde. On suivra notamment le point de vue d’un enfant soldat. On retrouve aussi l’auteur par le biais de certaines thématiques, comme la détestation du capitalisme débridé, que l’on aperçoit déjà dans Midnight Tides ou Reaper’s Gale.

Rejoice est un livre bourré de références. Erikson met en avant les auteurs de SF. Non seulement par le biais de diverses références et en mettant brièvement en scène un auteur réel, mais aussi par l’intermédiaire d’un des personnages principaux qui est une auteure du genre (mais fictive). On trouvera aussi pas mal de clins d’œil et de personnages clairement inspirés de personnalités réelles (Trump, Murdoch, les frères Koch…) La présence extra-terrestre mis en scène n’est pas non plus totalement épargnée. Bien qu’elle semble omnipotente et peut-être omnisciente, elle n’est cependant pas sans défaut ni contradiction, ce que ne manque pas de pointer l’auteur.

L’intrigue de l’ouvrage fait parfois preuve de flottement, mais pour moi ce ne fût pas gênant, car une bonne partie de son intérêt réside dans l’observation de l’impact sur l’humanité d’un phénomène de grande ampleur. C’est ce que j’avais apprécié dans des livres comme Lumière des jours enfuis, co-écrit par Arthur C. Clarke et Stephen Baxter, ou La Longue Terre, co-écrit par Terry Pratchett et… Stephen Baxter. Un événement comme le premier contact avec une intelligence extra-terrestre est tout à fait de nature à avoir un effet radical sur notre civilisation et Erikson parvient assez bien à le retranscrire.

Comme beaucoup d’autres ouvrages qui mettent en scène une autre espèce intelligente que l’espèce humaine (par exemple l’excellent Points chauds de Laurent Genefort), Rejoice parle surtout de l’humanité. Et ici, l’auteur montre que ce qu’il manque à l’humanité pour faire face aux défis environnementaux actuels (ainsi que quelques autres), ce ne sont pas les moyens mais juste la volonté d’agir.

Avec Rejoice, Steven Erikson réalise une nouvelle incursion (ce n’est pas sa première) dans le domaine de la SF. Si l’ouvrage est moins « sérieux » que sa grande série de fantasy, on est quand même sur un texte qui traite de choses plus graves que sa série de space opera parodique. La fin peut sembler manquer cruellement de réponse, voire passer pour une pirouette sans inspiration, mais je pense que l’objectif du livre n’est pas là. Erikson montre simplement que l’on peut changer les choses, au lecteur de trouver les réponses adaptées.

Réjouissez-vous (Rejoice – A Knife to the Heart)
de Steven Erikson
traduit par Patrick Couton
illustration de Raphaël Defossez
éditions L’Atalante
512 pages (grand format)

disponible en numérique sur 7switch

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