L’espace d’un an, de Becky Chambers

S’il y a des livres que je repère immédiatement et que je m’empresse de lire dès leur publication, il en est d’autres pour lesquels ma lecture se fera suite à un conseil, parfois répété. The Long Way to a Small, Angry Planet (L’espace d’un an en français), de Becky Chambers, est dans cette dernière catégorie et suite au conseil vivement réitéré de ma copine j’ai fini par me laisser convaincre de m’y lancer.

Rosemary embarque à bord du Voyageur, sorte de vaisseau tunnelier, dans le but manifeste de commencer une nouvelle vie loin de son passé. La jeune femme va faire la connaissance de ses nouveaux collègues et tisser des liens avec eux.

L’espace d’un an n’est pas un space opera bourré d’action avec des empires interstellaires qui s’affrontent dans d’épiques batailles spatiales pour le contrôle de la galaxie. On n’est pas chez Peter F. Hamilton ou David Weber. La violence n’est pas totalement absente du récit mais elle n’est qu’un aspect très mineur. L’espace dans lequel navigue le Voyageur est majoritairement celui d’une sorte de fédération galactique plus ou moins en paix, du moins en dedans.

Le futur spatial que propose Chambers est l’un de ceux dans lequel l’humanité n’est qu’une espèce parmi d’autres, pas plus exotique ou exceptionnelle que la moyenne. Le seul point la distinguant un peu du reste est d’être l’une des dernières espèces accueillie dans la fédération. Sur ce plan, on retrouve un peu le type d’univers des jeux Mass Effect ou du cycle de l’Élévation de David Brin. Et c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Le roman est résolument dans une optique positive qui frise parfois un peu le naïf, même si Chambers fait à l’occasion montre d’une certaine conscience de la complexité de la géopolitique.

Du côté technique, Chambers fait un peu appel à la quincaillerie de la SF mais sans trop entrer dans les détails, ce qui a un côté un peu reposant. On comprend par exemple qu’il existe différentes façons de voyager entre les étoiles mais on n’en saura jamais trop sur le pourquoi du comment. Ça a quelquefois un air de space opera à l’ancienne, du genre Edmond Hamilton ou Jack Vance. Ceux qui recherchent un équivalent au Accrétion de Stephen Baxter peuvent passer leur chemin.

L’intrigue principale n’est pas très intéressante : le vaisseau et son équipe fait un long voyage pour percer un nouveau tunnel. Mais ce n’est pas ce qui fait l’intérêt de l’ouvrage qui est plus une sorte de chronique de la vie de l’équipage. A travers différents épisodes, Chambers nous fait découvrir chacun des personnages, son espèce, sa culture, ses préoccupations, ses rêves, etc. Les relations entre les différents membres d’équipage est en fait le cœur de ce roman. D’une certaine façon, on est dans une sorte de Mass Effect dont on aurait retiré les scènes d’action et l’intrigue de sauvetage de la galaxie pour n’en garder que les passages intermédiaires où le personnage principal tisse du lien avec son équipage. Et ça n’était pas la partie la moins plaisante de cette série de jeux.

J’ai lu l’ouvrage en anglais et j’avoue être un peu déçu de ce qu’en fait son éditeur français. La couverture est nettement moins jolie, le titre est banal alors que le titre original titille ma curiosité et quelques personnages ont des noms qui ne sont pas arrangés par la traduction. Ainsi le personnage de Dr. Chef, nommé ainsi en anglais parce qu’il fait à la fois office de médecin de bord et de cuistot, devient Docteur Miam. On passe d’un nom qui a une certaine classe à celui d’un clone du Cookie Monster de Rue Sésame. Dommage (et malheureusement un peu récurrent chez l’éditeur).

The Long Way to a Small, Angry Planet est donc un sympathique space opera qui sort un peu du cadre habituel. Les amateurs exclusifs de hard science ou de space op militaire risquent fort d’être déçus. Ceux qui aiment les interactions “humaines” avec une dose de découverte d’espèces et de cultures originales devraient être beaucoup plus emballés. Becky Chambers a écrit un deuxième roman dans le même univers, où l’on retrouve certains personnages de cet opus. Il est donc très vraisemblable que je lise un jour A Closed and Common Orbit.

L’espace d’un an (The Long Way to a Small, Angry Planet)
de Becky Chambers
traduit par Marie Surgers
illustration de Clémence Haller
éditions L’Atalante
448 pages (grand format)

Dispo en numérique chez 7switch

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