Furies déchaînées, de Richard Morgan

Après avoir relu Carbone modifié et Anges déchus, voilà venu le tour de Furies déchaînées, troisième et dernier volume de la série Takeshi Kovacs de Richard Morgan. Est-ce que les bonnes impressions de cette relecture vont se maintenir jusqu’au bout ?

Takeshi Kovacs est de retour sur Harlan, son monde natal. Après des décennies d’absence, la planète a bien changé. Mais l’ex-Diplo n’a pas son pareil pour tracer son chemin, malgré les ennuis qu’il ne manque pas de créer. Lorsque l’on est un tel aimant à problème, la vie est rarement tranquille et Harlan ne fait pas exception : Kovacs ne va pas s’ennuyer longtemps.

Une nouvelle fois, c’est un plaisir de retrouver Takeshi Kovacs. On est toujours dans un récit à la première personne qui nous fait profiter tant des répliques que des réflexions intérieures du personnage et ça vaut régulièrement son pesant de cacahuètes. Kovacs est toujours ce type en colère qui attend un prétexte pour laisser éclater cette colère en séquence de violence brute. A ce sujet, cette relecture me confirme bien une impression que j’ai eu en lisant certains ouvrages du même genre (là je pense à L’église électrique de Jeff Somers et Veteran de Gavin Smith). L’univers dans lequel évolue Kovacs est empreint d’une certaine violence. Mais cette violence est sans commune mesure avec celle dont est capable le personnage principal. Kovacs est un psychopathe et malgré la sympathie que l’on peut éprouver pour lui par moment, on ne perd pas de vue que c’est un tueur. Les réactions des autres personnages à certains de ses agissements montrent d’ailleurs bien qu’il n’est pas du tout dans la norme. Et c’est ce que j’ai eu du mal à retrouver dans d’autres livres cyberpunk post-Carbone modifié : la violence exacerbée semble la norme alors que dans l’univers décrit par Morgan elle reste marginale et principalement l’effet d’un protagoniste en particulier, le personnage principal.

Après la Terre et Sanction IV, c’est au tour d’Harlan de servir de décor au récit. Harlan, le monde natal de Kovacs mais aussi celui de Quellcrist Falconer, dont on a pu entendre parler dans les précédents volumes. Et si la révolution quelliste n’a pas réussir à l’emporter, le mouvement existe toujours sur la planète, prêt à se réveiller si l’occasion se présente. Morgan décrit toujours aussi bien le décor de son intrigue, jusque dans ses moindres détails. La faune, la flore et évidemment toutes les joies de la société de Harlan, ou plutôt des sociétés qui y cohabitent. Sans oublier les inévitables reliques martiennes, ici des stations orbitales qui détruisent impitoyablement tout objet technologique qui prend un peu trop d’altitude. Ce qui a évidemment une incidence sur les modes de transports sur Harlan. On sent aussi que Kovacs redécouvre son monde natal, qu’il n’a pas revu depuis des décennies.

Comme dans les deux premiers volumes, l’intrigue va aller en se complexifiant, Kovacs ayant décidément ce talent de s’attirer les ennuis par douzaine. Ce retour aux sources sera l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les Corps Diplomatiques, le quellisme, la politique du Protectorat ou les origines de Kovacs. Et peut-être de comprendre un peu pourquoi ce dernier est toujours autant en colère. Une colère que l’on verra d’ailleurs se manifester un peu vis-à-vis des différents acteurs politiques de la planète, que l’ex-Diplo semble finalement détester tous à peu près de la même façon.

Avec Furies déchaînées, Richard Morgan offre un troisième et dernier épisode aux aventures de Takeshi Kovacs. Cette relecture m’a autant fait plaisir que celle de Carbone modifié et Anges déchus. Morgan aurait probablement pu essayer de continuer à écrire encore une bonne dizaine d’aventures à ce personnage et je trouve louable d’avoir su s’arrêter avant d’en faire trop. Sans pour autant abandonner le genre puisque son roman suivant fut Black Man. Un livre auquel Morgan semble en train de préparer une suite. J’attends ça avec intérêt.

Furies déchaînéesFuries déchainées (Woken Furies)
de Richard Morgan
traduit par Cédric Perdereau
illustration de Sarry Long / Christian McGrath
éditions Bragelonne / Milady
480 pages (grand format) 672 pages (poche)

disponible en numérique chez 7switch

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