La promesse du sang, de Brian McClellan

On aime bien dans l’imaginaire créer des étiquettes pour pouvoir ranger les livres en genre, sous-genre, etc. Un peu comme une sorte de taxonomie. Depuis quelques temps, je vois passer l’étiquette flintlock fantasy, autrement dit fantasy avec des fusils à silex (système d’arme à feu utilisé du début du XVIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe). Et l’une des œuvres estampillés de cette nouvelle appelation est La promesse du sang, premier roman de l’américain Brian McClellan, qui démarre, oh surprise ! une trilogie.

La monarchie qui dirigeait le royaume d’Adro depuis des siècles tombe, victime d’un coup d’état fomenté par de nombreuses factions sous la direction du maréchal Tamas. Mais la dernière phrase prononcé par l’un des sorciers royaux mourant intrigue le maréchal, qui confie à une ancienne connaissance le soin d’enquêter sur ce mystère. Pendant ce temps il va tenter d’organiser un régime, en cherchant un équilibre entre les différents courants qui se verraient bien imposer leur vue sur la direction du pays.

J’étais très curieux de voir ce que McClellan proposait comme univers. L’introduction de l’auteur pose clairement l’inspiration historique : la révolution français, et la référence serait visible même sans l’explication. Toute une partie du roman tourne d’ailleurs autour du problème que représente le remplacement d’un régime par un autre. Les conjurés ne sont évidemment pas unis par une vision unique de l’avenir, chacun essayant de mettre en avant les intérêts de son groupe. A côté de cela, on suit aussi les recherches sur le secret supposé qu’aurait gardé la cabale royale et les problèmes avec les états voisins qui ne voient pas forcément d’un bon œil cette révolution.

S’il y a quelques petits soucis dans l’écoulement du temps et que certains personnages ne brillent pas par leur originalité, l’ouvrage a quand même de bons atouts. L’univers que les cartes au début de l’ouvrage laissent supposer comme étant un peu basique se révèle finalement assez riche, notamment en terme de factions en présence. On voit bien le panier de crabes dans lequel nagent les personnages et la difficulté qu’ils ont à garder la tête hors de l’eau. Et si l’on suit essentiellement des personnages en haut de l’échelle du pouvoir, on perd rarement de vue les grands problèmes susceptibles d’affecter tous les petits, au premier rang desquels l’approvisionnement en denrées alimentaires. Et vu le nombre d’ouvrages de fantasy où l’on fait la guerre sans trop se préoccuper de ce que mangera le reste du royaume, c’est agréable à voir.

L’idée de s’intéresser à l’après-révolution plutôt qu’au chemin qui y conduit, ce que l’on trouve plus facilement dans les romans du genre, me paraît bien choisi. On constate ainsi que faire la révolution c’est finalement assez simple et que les choses compliquées commencent après, lorsqu’il s’agit de bâtir quelque chose de nouveau.

Les systèmes de magie créés par McClellan sont intéressants et celui des poudremages a une certaine originalité. Les distinctions entre les deux types sont d’ailleurs doublés d’une distinction sociale assez bien vue. En bon artisan, l’auteur nous dévoile, ainsi qu’à ses protagonistes, de nouveaux éléments au fur et à mesure de l’avancement du récit. Ainsi, certains qui croyaient bien comprendre le monde voient leurs certitudes ébranlées.

Avec La promesse du sang, Brian McClellan livre un premier roman assez bien rythmé, qui n’a pas volé son prix David Gemmell – Morningstar du meilleur premier roman. L’originalité et la richesse de l’univers, ainsi que les divers mystères semés à travers les quelques six cents pages de l’ouvrage compensent largement ses petits défauts. Reste à voir maintenant si l’auteur va savoir maintenir l’intérêt tout au long de la trilogie et offrir des réponses satisfaisantes à la fin, tout en faisant évoluer son écriture. Je compte donc bien lire le volume suivant, La campagne écarlate, lorsqu’il sortira.

La promesse du sangLa promesse du sang (Promise of Blood)
de Brian McClellan
traduit par Thomas Bauduret
illustration de Gene Mollica
éditions Eclipse
632 pages (format moyen)

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