Rosée de feu, de Xavier Mauméjean

En cette rentrée 2010 les éditions Le Bélial nous propose une petite bizarrerie qui a pour nom Rosée de feu et que l’on doit à la plume de Xavier Mauméjean.
Le principe de ce roman que l’on pourrait classer dans la science-fiction, à moins qu’il ne s’agisse d’une fantasy déguisée, est relativement simple : relater la fin de la guerre du Pacifique à ceci prês que les japonais volent sur des dragons et non des avions. La période m’intéressant beaucoup l’ouvrage est venu se placer bien haut dans mes piles « à lire ».
Ce roman suit trois personnages principaux. Hidéo est un jeune garçon qui grandit dans la campagne japonaise, va à l’école et suit du point de vue du sujet de l’empereur cette guerre extérieure qui se rapproche peu à peu du sol natal.  Son grand frère Tatsuo vient d’être incorporé dans l’armée et se retrouve pilote de l’un de ses dragons de l’aéronavale nippone. Il suit le point de vue du combattant qui lutte sans fin et avec de plus en plus de difficultés contre une armée aérienne mécanique ne semblant pas connaître la fatigue. Obayashi est capitaine de la marine japonaise et l’un des architectes de la stratégie des kamikazes. Son point de vue est celui des commandants et des dirigeants à la recherche d’une solution à un problème insoluble : sauver un empire guerrier dont le salut ne peut plus venir des armes.
Mauméjean raconte l’année 1944, celle pendant laquelle la marine américaine reprend les Mariannes, mettant le Japon à portée des bombardiers B29, anéantit les derniers espoirs de la marine japonaise à la bataille du golfe de Leyte et ramène McArthur aux Philippines. Puis c’est le début de l’année 1945, celle où la mort et la dévastation pleuvent du ciel nippon sur les sujets de l’empereur, celle où le merveilleux cède contre la technologie, celle où le monde s’apprête à rentrer dans une nouvelle ère. A travers ses trois personnages l’auteur dépeint le Japon des années 1930 et 1940, rappelant quelques unes des étapes clés de l’histoire d’un pays entrainé dans une spirale violente et expansionniste, une contrée complexée vis à vis du monde extérieur, une nation dont les habitants n’ont qu’un dieu : l’empereur.
L’introduction des dragons dans un contexte historique bien défini pourrait être casse gueule, surtout pendant la deuxième guerre mondiale. Le désastre Frankia montre bien qu’on ne mélange pas impunément ce conflit avec les figures de la fantasy. Mais Mauméjean a parfaitement évité l’écueil, faisant de ses dragons des créatures finalement assez proches des chevaux dans leurs rapports aux humains. Ces animaux sont décrits de manière très précise et détaillée, apportant crédibilité à leur capacité à voler et à cracher le feu.
Le ton général du récit est un peu particulier. L’auteur s’en explique en postface, par un rapprochement avec une forme de théâtre japonais, le bunraku. Ma connaissance de la culture japonaise n’était pas suffisante pour l’avoir perçu j’ai néanmoins trouvé que cela confère au récit un agréable parfum d’ouvrage historique, dans la lignée de certains des bons ouvrages recommandés en annexe, tel le Banzaï de John Toland. Cette impression est renforcée par la peinture précise qui est faite du Japon de l’époque, moins monolithique que l’on pourrait le penser, avec ses conflits entre la marine et l’armée, ses soldats qui parfois doutaient et son empereur dont le pouvoir n’était pas purement symbolique.
Si Mauméjean ne nous épargne rien des souffrances et de la destruction qui s’abat sur le peuple nippon il n’en cache pas pour autant les crimes à l’origine d’un tel châtiment. La toile de fond du récit, le phénomène kamikaze, est l’autre écueil autour du quel l’auteur a su louvoyer avec finesse. En nous offrant une vue intérieure et bien documentée Mauméjean parvient à nous faire approcher la réalité de cette tragédie.
En fin de compte Xavier Mauméjean réussi une sorte de pendant littéraire au très bon Lettres d’Iwo Jima de Clint Eastwood et avec ce livre, l’un des meilleurs de l’année 2010, montre que l’on peut faire de très bons romans d’imaginaire qui sont aussi de très belles œuvres de littérature.
Bonus : Xavier Mauméjean a eu la gentillesse de répondre aux questions de l’Affaire Herbefol dans cette interview.
rosee de feu
Rosée de feu
de Xavier Mauméjean
illustration de Manchu
éditions Le Bélial
272 pages (grand format)
Pour ceux qui souhaiteraient acquérir le livre c’est par ici, mais vous avez aussi l’édition numérique proposée par l’éditeur

Une réflexion sur « Rosée de feu, de Xavier Mauméjean »

  1. je l’ai lu recemment et franchement j’ai ete impressionne. on comprends bien le point de vue des differents personnages, le recit est toujours ecrit avec justesse, sans trop en faire non plus.

    au premier abord, l’auteur nous raconte la chute du japon a la fin de la seconde guerre mondiale en rajoutant une touche de fantastique avec les dragons.

    mais en y songeant un peu je me dis qu’il nous a tout autant raconte comment la technologie a desenchante le monde au fur et a mesure de son progre et son immiction de plus en plus profonde dans la vie de tout les jours.

    a lire absolument.

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