John Constantine est, sans l’ombre d’une hésitation, mon personnage de comics préféré. Et il a eu une histoire éditoriale assez riche, puisqu’il est le personnage principal d’Hellblazer, la plus longue série publiée sous le label Vertigo (commençant avant la naissance du label) avec pas moins de trois cents numéros de 1988 à 2013. Le personnage apparait ensuite, dans une version un peu modifiée, directement dans l’univers principal de DC, notamment au sein de la Justice League Dark, ainsi que dans une série propre Constantine (j’en parlerai peut-être un jour si je la relis, mais j’ai le souvenir d’un truc assez moyen).
Si cette nouvelle version de Constantine va apparaître un peu partout et régulièrement dans l’univers DC, généralement quand il y a un truc en rapport avec la magie et que Zatanna et Doctor Fate ont mieux à faire, il y a une certaine nostalgie de la série Hellblazer. C’est probablement ce manque que la maison d’édition a décidé de combler en commençant en 2015 une série intitulée Constantine : The Hellblazer. Ce premier volume, sur deux, reprend les numéros 1 à 6 de cette série, précédés du DC Sneak Peek: Constantine: The Hellblazer, un petit récit de huit pages qui avait été publié comme bonus dans la série Convergence : Shazam (lors de l’event Convergence, bien nul soit dit en passant, DC avait publié plein de petites histoires en deux numéros avec parfois un complément de huit pages sur une nouvelle série à venir après cette event ou bien une évolution d’une série en cours).
Le petit récit en huit planches introduit bien le personnage pour celleux qui ne le connaîtrait pas déjà. Constantine est égal à lui-même, dans son imper, clope au bec, toujours capable d’embrouiller autrui. Cette histoire pose aussi l’ambiance : y a de l’humour mais ça grince aussi des dents et quand on fait des conneries avec des démons, y a toujours une addition à la fin.
On passe ensuite au premier numéro proprement dit de la série. Avec un John Constantine à poil et couvert de sang, dans une boutique de fringue, et qui annonce à la vendeuse « ce n’est pas ce que vous croyez ». Ce numéro fait office d’introduction un peu plus épaisse au sujet, avec un Constantine qui fait joliment la preuve de sa capacité à emberlificoter les démons un peu inattentifs, tout en posant le point de départ d’un récit plus long. On découvre aussi le long cortège de fantômes qui le hante, témoins d’un passé plus que trouble et bourré de regrets, d’erreurs et de tragédies. Celleux connaissant déjà le personnage et son univers auront le plaisir de retrouver nul autre que Gary Lester, ex-connaissance de Constantine introduit dès le numéro 1 de Hellblazer en 1988 et fantôme qui le hante de longue date.
La suite nous entraîne donc dans une intrigue où le passé de John Constantine revient le hanter. Problème récurrent chez un personnage qui a plus de squelettes dans le placard qui n’en faudrait pour peupler les penderies d’une femme de dictateur philippin. On ne fera pas non plus l’impasse sur Mucous Membrane, groupe punk dont Constantine fut le chanteur en un autre temps.
Toute cette affaire se termine dans le cinquième numéro, enfin plus ou moins. On a ensuite un épisode où l’on voit Constantine se tourner vers les annonces sur internet pour trouver du boulot. On a un sympathique enchaînement de petites séquences où l’on voit parfois un certain décalage entre le contenu de l’annonce et le travail que doit accomplir notre protagoniste. Cet épisode est aussi l’occasion de le voir commencer à tisser un lien avec un personnage aperçu précédemment dans le volume. Ce qui fournira probablement matière à certaine intrigue dans le seconde volume.
Je trouve que le scénario fonctionne bien. Le protagoniste est bien brossé, l’intrigue pioche dans un passé où il se lançait dans la magie et où il collectionnait déjà les problèmes et pas seulement ceux du genre surnaturel. On a notre lot de démons, de cochonneries d’outre-dimensions, de drame humain, de manipulation, d’ex-déçues, de fantôme, etc. Je trouve que Doyle et Tynion ont fait un beau travail à ce niveau.
Du côté graphique, c’est variable. C’est Riley Rossmo qui assure le début du récit et une bonne partie du travail par la suite. Son style colle très bien au personnage et au récit. Son Constantine est tout à fait capable d’avoir l’air d’un salopard fini. J’ai aussi beaucoup apprécié une double-page, à l’italienne, avec le visite d’un bâtiment, étage par étage. On a ensuite quelques variations de style entre d’autres artistes, notamment dans des aller-retour entre passé et présent. Sur cette partie, je suis moins enthousiasmé par le style utilisé pour le passé, qui semble plus passe-partout. Rossmo revient à fond sur le dernier épisode où ça fonctionne encore très bien.
J’avais été très heureux à l’époque de la publication de cette série. Si j’apprécie aussi la version de Constantine qui est maintenant pleinement intégrée à l’univers DC (et que l’on voit notamment dans le 3e volume de Batman : Urban Legends), j’aime toujours voir un retour au source avec une ambiance plus sombre et un personnage qui n’est pas à une crasse près. Et à la relecture, ça me fait encore autant plaisir.
Note : je n’ai pas réussi à trouver trace d’une édition française de cette série. Et c’est bien dommage.

Constantine – The Hellblazer – Going Down
écrit par Ming Doyle & James Tynion IV
dessiné par Riley Rossmo, Ming Doyle, Chris Vision & Scott Kowalchuk
encré par Vanesa Del Rey
colorisé par Ivan Plascencia & Lee Loughridge
lettré par Tom Napolitano & Sal Cipriano
éditions DC Comics (anglais)
159 pages