Marée stellaire, de David Brin

Parmi les différentes séries que je suis en train de relire, il y a celle de l’Élévation de David Brin. Le premier volume, Jusqu’au cœur du Soleil, m’a quasiment donné une meilleure impression qu’à sa première lecture. Qu’en est-il du volume suivant, Marée stellaire, dont mon souvenir était meilleur ?

Le Streaker est un vaisseau sous patronage humain mais dont la majeure partie de l’équipage est composé de dauphins. Parti en exploration, le vaisseau a fait une découverte qui déclenche des réactions violentes de la part d’un certain nombre d’espèces patronnes. Poursuivi, le Streaker est contraint de faire escale dans les océans d’une planète déserte, pour s’y cacher le temps de procéder à des réparations.

C’est un plaisir de retrouver cet univers. Et à la relecture, je mesure à quel point ce deuxième volume est supérieur au premier. Pour faire simple, Brin maîtrise mieux son intrigue, les personnages sont plus nombreux, variés et intéressants, enfin l’univers de la série dévoile davantage sa richesse.

Si Jusqu’au cœur du Soleil offrait un peu d’exotisme, on restait quand même dans le système solaire. Cette fois, on part vers une planète inconnue, Kithrup, et on fait la découverte de sa faune et de sa flore particulières. Tout en restant dans un détail scientifique et technique crédible, Brin est plus fluide dans la présentation de cet environnement qu’il ne l’était avec le Soleil dans son précédent roman. La diversité et la richesse s’expriment aussi hors de la planète, avec la multitude d’armadas spatiales de toutes sortes qui s’affrontent dans l’espace environnant. Sur ce plan, on sent que Brin a lâché à la bride à son imagination et s’est fait plaisir. C’est non seulement agréable à lire car entrainant mais aussi enthousiasmant de voir que l’auteur parvient vraiment à faire ressentir la richesse de la culture galactique (ce qui n’est pas si souvent le cas dans les space opera prétendant avoir des univers riches).

Relire Marée stellaire, c’est aussi retrouver avec plaisir toute une kyrielle de personnages : Creideiki, Hikahi, Brookida, Makanee, Keepiru… Brin réussi pleinement la mise en scène de cette petite société majoritairement composée de dauphins et coincée en partie dans un environnement assez limité. Les personnages humains (Gillian, Tom, Toshio, Dennie…) m’avaient aussi laissé un souvenir assez marqué, tout comme Charles Dart, le seul chimpanzé du bord. Mais c’est vraiment du côté des dauphins que se trouve, pour moi, l’une des grandes réussites du roman. On voit bien leurs questionnements et leurs angoisses liées à leur statut de client et d’espèce élevée. Comment ne pas se sentir en infériorité quand on est face à un représentant de son espèce patronne, en particulier quand on est le capitaine du vaisseau ? Le processus d’élévation ne prive-t-il pas les individus d’aptitudes que possédaient leurs ancêtres ? Et de ce fait, sont-ils toujours des dauphins ? Et par dessus tout, la hantise commune et permanente de tous ces cétacés : la régression est-elle possible voire inévitable ? On sent bien les angoisses et le stress auquel sont soumis certains des membres de l’équipage. Brin sait aussi proposer des éléments figurant une culture propre aux cétacés, avec ses langues, ses croyances, sa philosophie, ses préjugés (les dauphins élevés ne sont pas tous issus de la même espèce), etc.

Marée stellaire démarre assez rapidement. Brin revient par la suite sur quelques-uns des événements précédents mais sans trop y consacrer de pages. Cette façon de procéder à l’avantage de permettre de rentrer plus rapidement dans l’histoire et d’économiser quantité de pages. L’auteur aurait effectivement pu commencer son récit plus en amont, éventuellement dès le départ de la mission et ajouter de quoi faire peut-être un roman supplémentaire. Ce n’est heureusement (pour la longueur de texte et le rythme) pas le cas. Néanmoins, j’aimerai tellement en savoir plus sur ce qu’il s’est passé aux Grandes Syrtes et à Morgran.

Brin revient aussi sur quelques éléments qu’il a déjà développé dans Jusqu’au cœur du Soleil. On s’intéresse entre autres à nouveau à la Bibliothèque, sorte de wikipedia galactique, et à ses antennes. Celle présente à bord du Streaker contient un certain nombre de lacunes manifestes. S’agit-il du simple reflet de lacunes réelles dans la Bibliothèque pourtant censée contenir tout le savoir des civilisations galactiques ? A moins que ce ne soit la manifestation d’une volonté délibérée de l’Institut de la Bibliothèque de priver l’humanité de certaines connaissances ? Auquel cas, quid de la supposée impartialité de l’Institut ?

Après une relecture plaisante du premier volume, celle de Marée stellaire fut un grand plaisir. Plaisir de retrouvaille avec des personnages appréciés. Plaisir devant la richesse de cet univers. Plaisir à la réflexion que propose Brin à divers moment de son récit. Avec ce deuxième roman, l’auteur a bien évolué. Il a su corriger les défauts de son premier opus et livre une histoire mieux ficelée, un univers fortement enrichi, des personnages bien construits, un dosage de hard science plus équilibré. Bref, un roman qui fut très justement récompensé par les prix Hugo, Nebula et Locus.

Marée stellaire (Startide Rising)
de David Brin
traduit par Gérard Lebec
illustration de Emile Denis
éditions Milady
576 pages (poche)

disponible en numérique chez 7switch

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Une réflexion sur « Marée stellaire, de David Brin »

  1. J’en garde un bon souvenir des passages impliquant les forces extraterrestres qui tentent de débarquer sur la planète où se terre l’équipage terrien. Le reste m’avait moins plu…

    Il est vrai que, pour une raison ou pour une autre, j’avais lu ce livre AVANT l’ouverture du cycle auquel il appartient. Sans doute faudrait-il que je le relise un de ces jours !

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