Sœur écarlate, de Mark Lawrence

Mark Lawrence est pour moi l’un des meilleurs auteurs de fantasy de ces dix dernières années. Après une évolution qualitative tout le long de la trilogie de L’Empire brisé, il a réussi à changer de ton tout en gardant ses qualités dans la trilogie de La guerre de la Reine Rouge. Lawrence s’est maintenant lancé dans une nouvelle trilogie, Le livre des anciens, dans un nouvel univers. Le premier volume, intitulé Sœur écarlate, étant maintenant disponible en français, parlons un peu de ce nouvel ouvrage.

Vendue par sa famille, destinée au combat en arène mais condamnée à la pendaison pour meurtre, Nona a huit ans quand elle est sauvée de l’échafaud par une prêtresse qui l’amène au couvent de Mansuétude. Là-bas, Nona doit être formée pour devenir une arme vivante, au service de son ordre. Mais la petite fille s’est déjà trouvée des ennemis mortels et les sœurs qui doivent la former ne sont pas au bout de leurs surprises.

C’est avec plaisir et un soupçon d’inquiétude que j’ai commencé cette nouvelle série. Lorsque l’on prend l’habitude d’une certaine qualité chez un artiste, il y a toujours la possibilité d’un faux pas, voire de la fin de la période prospère de son œuvre. J’ai vite été rassuré : Lawrence est toujours aussi bon. Cependant, on a quelques changements par rapport à ses deux séries précédentes. Tout d’abord, le récit n’est plus à la première personne. Cela n’empêche pas la plume d’être parfois incisive et je me suis régalé de diverses petites phrases sonnant fort bien. Ensuite, la majorité des protagonistes sont des femmes : Nona, ses camarades de classe et leurs enseignantes. Les hommes ne sont pas absents du récit, certains ont même un rôle assez important, mais la plupart du temps ce sont des femmes/filles qui sont en scène. Ça change un peu de Jorg et de sa bande de coupe-jarret. Enfin, une bonne partie de l’action se passe au sein du couvent. On voyagera à l’extérieur à plusieurs reprises mais la majeure partie de l’histoire a lieu dans un espace assez restreint.

Si l’univers de Sœur écarlate n’est pas le même que celui des romans précédents de Mark Lawrence, on y retrouve tout de même des éléments communs. Ainsi, sous des airs de fantasy on est en réalité une fois de plus dans un récit qui prend racine dans la SF, puisque l’on est sur une planète colonisée par différentes variétés de l’espèce humaine. Un monde dont l’avenir ne s’annonce d’ailleurs pas très brillant. Lawrence semble avoir une certaine affinité avec les mondes mourants ou post-apocalyptiques et je trouve que cela lui réussit plutôt bien. Vu le traitement qu’il a réalisé de ce côté dans ses deux premières trilogies, je suis curieux de voir ce qu’il nous réserve pour la suite de celle-là.

Avec cette nouvelle série, Mark Lawrence se lance dans un genre qui compte déjà beaucoup de représentants. On ne compte plus ces vingt dernières années les séries de fantasy dans lesquelles on assiste à la formation du personnage principal aux arts de la magie et/ou de la guerre dans un cadre scolaire. Je trouve que de ce côté Lawrence s’en sort bien. On retrouve les différentes disciplines avec chacune leur enseignante, plus ou moins appréciée des élèves. Chacun se découvre sa matière préférée, etc. Là où je trouve que l’auteur s’en sort particulièrement bien c’est du côté des relations entre les personnages. Nona va bien sûr se trouver sa meilleure copine, son ennemie jurée, etc. Sauf que les choses ne sont pas statiques et que les relations entre les personnages évoluent. Et les amitiés les plus solides ne sont pas forcément les premières que l’on tisse. D’ailleurs, la relation qu’a Nona à l’idée d’amitié est intéressante, on la voit essayer de comprendre le concept, d’en définir les règles, etc. Certaines des camarades de Nona sont naturellement plus présentes que d’autres mais elles sont finalement assez nombreuses à intervenir dans le récit et à apporter des éléments constructifs, que ce soit des pièces de ce puzzle qu’est le monde extérieur ou bien des compétences ou des idées qui leur permettent de s’aider les unes les autres.

Dans ses deux premières trilogies, Mark Lawrence avait su surprendre son lecteur, faire rebondir l’intrigue dans des directions un peu inattendues, etc. Sœur écarlate est digne de ses précédents ouvrages. Les rebondissements sont assez nombreux, l’auteur sème parfois des petits cailloux qu’il récolte plus tard et il instille de temps en temps un peu de doute dans l’esprit du lecteur. L’histoire débute assez simplement et va en se complexifiant. Les objectifs de certains personnages ne se révèlent que tardivement. Lawrence réussi aussi à proposer vers la fin un éclairage différent sur des événements passés, ce qui bouscule les certitudes de quelques protagonistes. Si le récit n’est majoritairement pas à la première personne, Nona a tout de même par moment un petit côté narrateur non fiable. J’ai aussi apprécié la façon dont Lawrence traite des prophéties (sur ce point il rejoint un peu J. K. Rowling), de la religion et de la foi.

Pour résumer, Sœur écarlate est une nouvelle réussite de la part de Mark Lawrence. Le changement d’univers et l’abandon du récit à la première personne ne gênent aucunement : l’auteur reste égal à lui-même. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire l’ouvrage, enchaînant les chapitres avec envie. Je note au passage que l’édition française reprend la très belle couverture de l’édition américaine. Le seul défaut de ce genre de livre, en fin de compte, c’est qu’après on attend la suite avec une certaine impatience.

Soeur écarlateSœur écarlate (Red Sister)
de Mark Lawrence
traduit par Claire Kreutzberger
illlustration de Bastien Lecouffe Deharme
éditions Bragelonne
571 pages (grand format)

disponible en numérique chez 7switch

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3 réflexions au sujet de « Sœur écarlate, de Mark Lawrence »

  1. Bruno

    Le livre m’avait fait de l’oeuil, mais j’avais peur de me retrouver dans un concept un peu éculé (académie maitre ninja style)
    Voila une critique tout à fait rassurante.

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    1. Herbefol Auteur de l’article

      On reste dans une école où l’on apprend (entre autres) à de jeunes filles à se battre, empoisonner, etc. Mais ça tire probablement plus vers Harry Potter que vers le maître ninja (même si certaines étudiantes sont destinées à être des combattantes de l’ombre). 🙂

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