Dune, la genèse, de Brian Herbert et Kevin J. Anderson

Lorsque l’auteur d’un ouvrage marquant disparaît, ses ayants droits peuvent se contenter de laisser vivre tranquillement son œuvre en encaissant simplement les revenus. Mais d’autres n’hésitent pas à poursuivre l’exploitation du filon. C’est la voie que suit depuis de nombreuses années Brian Herbert, fils de Frank Herbert, l’auteur de Dune. Pour ce faire, il s’est trouvé un complice en la personne de Kevin J. Anderson et les deux compères ont maintenant plus d’une dizaine d’ouvrages à leur actif.

Si elle n’est pas la première publiée, la trilogie Dune, la genèse est celle dont l’action se passe en premier sur le plan chronologique. On y est plongé à l’époque où les machines pensantes existent encore, où l’Épice n’est pas encore exploitée, et les grandes entités politiques telles que le Bene Gesserit ou la Guide n’ont pas encore été fondées. La guerre des machines commence au moment où le statut quo entre humains et machines prend fin après un millénaire de cessez le feu.

Comme on peut s’y attendre, les deux auteurs sèment des noms connus un peu partout, en particulier Harkonnen et Atréides, et l’on voit se profiler à l’horizon la récolte de l’Épice, l’apparition des Fremens, le Jihad butlérien, etc. Bref tout ce qui va faire l’univers de Dune une dizaine de milliers d’années plus tard.

On sent bien le besoin des auteurs de réutiliser et d’expliquer tous les éléments que Frank Herbert créa avec Dune. Rien ou presque ne doit être épargné au lecteur qui n’en demandait pas tant. Au point qu’un certain nombre de chapitres ne présentent pas le moindre intérêt et mériteraient purement et simplement d’être supprimés. Ce qui ne serait pas un mal vu l’épaisseur des trois volumes (le moins costaud dépasse les sept cents pages).
Tout cela pourrait être un tantinet sympathique si c’était écrit avec un minimum de talent. Ce qui n’est pas le cas. Du moins pas le talent adéquat. Les auteurs ont celui de pondre des personnages creux, de décrire des relations risibles, de mettre en scène des révélations pas très impressionnantes, etc. Herbert fils et Anderson ont visiblement des notions de l’intelligence et de la grandeur qui ne sont pas du même ordre de grandeur que le commun des mortels. Ainsi, on assiste à plusieurs reprises à de grands éclats de « génie » au niveau stratégie, qui devraient pourtant sembler évident au premier venu, fut-il novice en question militaire. Certains personnages supposément plus intelligents que la moyenne prennent des décisions d’un débilité qui confinent au pathologique, etc.

J’aurais aussi aimé avoir quelques précisions sur la façon dont se déplaçaient les vaisseaux avant l’apparition du fameux « espace plissé » permettant de se rentre instantanément d’un point à un autre. Les auteurs sont très flous sur cette question et l’on dirait que les vaisseaux ne dépassent jamais la vitesse de la lumière, tout en ne mettant que quelques semaines pour aller d’un système stellaire à un autre. Bref, on se croirait presque dans un vieux Edmond Hamilton, mais lui savait écrire et faire s’évader son lecteur.

Non seulement c’est plutôt mal écrit, mais en plus ça n’a visiblement pas été tellement relu par l’éditeur. En effet, on trouvera quantité d’incohérences, que ce soit des problèmes de chronologie (ou comment un personnage ne vieillit que de trente ans alors qu’il s’en est passé le double ou le triple) ou bien les personnages qui se contredisent d’une page à l’autre, sans parler de ceux dont le seul moyen d’avoir accès à certaines informations est a priori d’avoir lu les chapitres consacrés aux autres personnages. Bref, ça me donne franchement l’impression d’un ouvrage que l’éditeur s’est contenté de recevoir de ses auteurs et d’envoyer directement à l’imprimerie sans trop se poser de questions.

Histoire d’être bien raccord avec la qualité du produit, on notera que l’éditeur français a intervertit les titres des deux premiers volumes de cette trilogie et que dans le troisième il y a un problème chronologique manifeste avec le titre des deux parties constituant l’ouvrage.

Bref, je déconseille vivement la lecture de cette trilogie, à part pour les mordus de Dune qui veulent à tout prix grappiller les quelques miettes d’informations intéressantes disséminées au milieu de cet empilage de mots. Encore que pour ces derniers, il serait peut-être plus efficace d’aller consulter les résumés sur le wikipédia anglophone.

NB : on notera que pour une fois je ne mets ni couvertures, ni informations sur l’ouvrage (éditeur, illustrateurs, traducteur). Si quelqu’un est encore motivé par cette trilogie, il/elle trouvera aisément toutes les informations nécessaires en deux clics de souris. 🙂

Summer Star Wars 1Ce billet s’inscrit dans le challenge Summer Star Wars organisé par Lhisbei.

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8 réflexions sur « Dune, la genèse, de Brian Herbert et Kevin J. Anderson »

  1. Bonjour,

    Je vous trouve partiellement injuste avec les sequel, prequel, inquel du fils Herbert et de son complice … Certains volumes ( les « Maisons », ou la suite de Dune) ne sont pas si mauvais; ils donnent beaucoup d’informations sur l’univers de Dune ou l’explique ( comme l’apparition des deux vieillards à la fin de La Maison des Mères) mais c’est vrai qu’il y a des volumes ( comme le dernier, La communauté des Soeurs) qui frôlent l’escroquerie littéraire, qui sont insanes et ineptes ( le choix des prénoms déjà).

    Bien à vous,

    Er DEL

    1. J’avais lu auparavant la trilogie Avant Dune, et si ce n’est pas aussi nul que Dune, la genèse, ça reste quand même mauvais, avec globalement les mêmes défauts en terme de descriptions des relations entre personnages, la multitude de chapitres sans utilité, etc.

  2. la trilogie du Jihad Butlerien (mais aussi celle des Maisons) tente de faire tenir dans une chronologie bien trop restreinte ou étriquée trop d’éléments disparates. et à vouloir traiter de tout le dunivers dans des séquences et scénarios impossibles, ils ont réussit ce tour de force que d’aplanir et d’affadir tout ce qui en faisait sa profondeur et sa saveur.
    si les publications des KJA et BH ont pu aider à faire revivre l’actualité du dunivers, je ne pense pas qu’elles contribuèrent à en enrichir le contenu – malheureusement, voire bien au contraire.

    1. Oui, les fans de Dune, moi le premier, sont tentés de les lire pour espérer glaner une petite bouffée supplémentaire d’épice. Même si l’on sait par avance que ça ne sera pas bon (ce qui était mon cas). 🙂

      1. Quelques discussions tournent nécessairement autour des créations de BH et KJA sur le forum de DAR. Et souvent les contributions sont assez engagées en leur défaveur. p-e aimerais-tu nous faire partager tes points de vue également, je pense notamment aux éléments, que tu soulèves dans ton article, sur les contradictions: les quelles furent pour toi les plus flagrantes ?

        je me permets de pointer ici vers la section idoine du forum 🙂
        http://forum.dune-sf.fr/index.php?board=18.0
        au plaisir de te lire également là-bas.

    1. T’es vraiment sûr que Olium t’a suffit ? Tu ne veux pas t’assurer par toi même que c’était peut-être un accident et leur donner une deuxième chance ? :p

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