Il y a peu, j’ai profité de ma relecture de Amour, Djihad & RTT de Marc Dubuisson pour en parler un peu ici. Cette relecture se faisait pour profiter de la sortie d’une suite à cet album, une suite intitulée Amour, Fascisme & CDD. Tout un programme.
On retrouve le service du 8e étage d’une administration départementale qui était au centre du récit dans le précédent volume. L’extrême-droite arrivant au pouvoir, l’administration publique est privatisée et Kowalsky prend le pouvoir.
C’est donc parti pour une nouvelle série de situations absurdes et de cauchemars mélangés. On va voir comment l’administration s’adapte au fascisme. Comment ce dernier divise la population en catégories, de quelle façon on punit les réfractaires, etc. Fascisme ou pas, comme on est dans une administration, on n’échappe pas à la nécessité de disposer du bon formulaire pour certaines opérations.
Si le thème du fascisme remplace celui du djihadisme, l’auteur continue aussi de s’intéresser au monde du travail en général. On profite donc encore d’une bonne dose de critique à propos de la gestion du personnel, aux petits conflits de couloir ou d’open-space. Ce volume tape aussi un bon coup sur tous les concepts pourris et le vocable bourré de mots anglais et de termes sans aucun sens. On s’amuse ainsi à voir les protagonistes passer une partie conséquente de l’album à la recherche d’une solution à un problème qui a tout de la quête de l’El Dorado managérial.
Dubuisson s’attaque aussi à quelques autres maux affectant le monde du travail, à commencer par l’intrusion des IA génératives. Et sur ce point, il réalise un sacré coup en pondant une véritable créature de Frankenstein qui rappellera inévitablement des souvenirs à celleux qui ont connu les outils de bureautique Microsoft à une certaine époque. On voit défiler tout l’attirail du techbros : IA générative, NFT, cryptomonnaie… Rien ne manque. D’ailleurs, ces derniers sont rebaptisés d’un magnifique Colla’bros.
Graphiquement, c’est toujours aussi chouette à voir. Je crois que je ne me lasserai jamais de ces bonhommes-batons que l’auteur manie à merveille. Et il y a régulièrement des petits détails à observer : le nom d’une chaîne de télé, les affiches sur le mur derrière les personnages, etc. Dans les bonnes choses qui ne changent pas, il y a aussi le talent pour sortir des noms de famille qui font toujours fortement sourire un coin de mon cerveau.
Je me suis donc franchement régalé avec cet album. Marc Dubuisson nous offre une véritable suite à Amour, Djihad & RTT, avec toujours le même démontage en règle du monde du travail mais en le mélangeant à un thème qui, personnellement, me semble encore plus proche de notre réalité que le djihadisme. Je pense qu’il est d’ailleurs probable que la réalité se soit sensiblement rapprochée du contenu de cet album entre le moment où son auteur l’a écrit et sa sortie. Si faire sourire et rire sur ce qui nous fait peur n’est pas suffisant face au fascisme, je pense que c’est tout de même nécessaire. Et je remercie chaudement Marc Dubuisson d’y arriver. On en a bien besoin.

Amour, Fascisme & CDD
de Marc Dubuisson
éditions Delcourt
68 pages