Ma lecture des romans de Philip K. Dick est régulièrement l’occasion de me dire que ses livres ont des titres un peu intriguant par moment. C’est le cas de celui-ici, dont je me demande bien, avant lecture, ce qu’il peut contenir. Voyons donc cela.
Nous somme sur Mars, où Jack Bohlen s’est installé avec sa famille et où il travaille en guise de réparateur pour remettre en état toute sorte de machines. Tout semble bien aller, mais la rencontre avec un étrange garçon va bouleverser sa perception du monde.
Dans ce roman, il est beaucoup question de schizophrénie, de paranoïa et d’autisme. Si sur les deux premiers éléments, j’ai l’impression que l’auteur représente pas trop mal la chose, je suis nettement plus dubitatif sur le troisième. Mais je ne suis pas sûr que l’autisme était sujet aussi connu et étudié dans les années 1960 qu’aujourd’hui. En tout cas, l’auteur essaie de nous plonger dans la vision du monde de plusieurs personnages souffrant de problèmes mentaux ou bien étant neuro-atypiques et je trouve qu’il s’en sort bien pour ce qui est de montrer la différence.
Sur l’aspect paranoïa en particulier, on voit que l’un des protagonistes est en permanence en train de prêter à autrui des intentions néfastes. Je pense qu’on a aussi d’autres mécanismes mentaux en application, puisque le même personnage passe son temps à changer d’avis du tout au tout. C’est assez perturbant mais pas désagréable à lire.
Le roman a aussi un aspect temporel, avec une question sur la perception du temps et la possibilité ou pas de prévoir l’avenir. Les plongées dans ce futur potentiel rendent assez bien et j’ai bien senti la fascination de certains des personnages pour ce phénomène.
En plus de tout ça, on a aussi quelques trucs intéressants sur la colonisation martienne, notamment la façon dont l’ONU semble gérer l’affaire, pas forcément dans un sens qui convient aux colons actuels, ainsi que des affaires de possible spéculation immobilières.
J’ai le bouquin rapidement et j’ai vraiment apprécié. Je trouve que l’auteur arrive assez bien à mélanger tous ses ingrédients et y a vraiment des moments assez perturbants en terme de point de vue et de rapport au réel. On sent que par moment les personnages sont conscients d’être en décalage et dans une sorte de double état où ils croient à la réalité de l’illusion tout en sachant que s’en est une. Et je continue bien à avoir la sensation que depuis Le Maître du Haut Chateau on est entré dans une autre phase de l’œuvre de Philip K. Dick. On verra bien au prochain ouvrage si cette impression continue.

Glissement de temps sur Mars (Martian Time-Slip)
de Philip K. Dick
traduit par Henry-Luc Planchat
éditions J’ai Lu
318 pages (poche)