J’ai parlé ici récemment de Wolfenstein : The New Order et de sa préquelle The Old Blood. Occupons-nous maintenant de l’épisode suivant : The New Colossus. Et voyons si ce deuxième tour sur ce jeu me procure toujours autant de plaisir.
On reprend l’action juste après la fin du premier jeu. Contrairement à ce que cette dernière laissait supposer, B. J. Blazkowicz est toujours vivant. Mais on ne peut pas dire qu’il soit dans un état brillant. Ce va d’ailleurs avoir une incidence sur le début du jeu, puisque non seulement on ne pourra pas dépasser la moitié des points de vie maximum pendant les premiers niveaux, mais en plus on fait carrément le premier niveau dans un fauteuil roulant. Voilà qui ne manque pas d’originalité pour un FPS. Mais les problèmes de santé de Blazkowicz ne se limitent pas au physique. Car le personnage n’est vraiment pas dans un bon état mental non plus au début du jeu. Et pendant les premiers niveaux, on verra par ses pensées que notre héros est complètement au bout du rouleau, on sent comme une forme de renoncement. On va donc assister en cours de route à une renaissance, et pas qu’au figuré, de notre héros.

Le fondamental de cette série, c’est l’élimination de nazis par tous les moyens possibles et de préférence de façon violente avec sang, tripes et boyaux. De ce côté, cet opus ne déçoit pas. On dispose toujours d’un bon arsenal permettant d’éparpiller la vermine brune par lot de dix, avec pertes et fracas. Pour ce qui est de l’élimination discrète de proximité, la hache est à notre service et peut même être lancée. A côté de ça, on dispose encore de toutes une gamme d’armes à feu, avec pour chacun un certain nombre d’améliorations (silencieux, chargeurs doubles, etc.) qui permettent de buter du nazillons par pleines brassées. Mais pas que. Car le cadre géographique de cet épisode sont les États-Unis. Une nation passée sous le régime nazi avec son lot de collabo tout droit issus du Ku Klux Klan. Et franchement, y a presque autant de plaisir à pulvériser ces derniers qu’à broyer des nazis. C’est vraiment fromage et dessert.
Comme dans les précédents jeux, on a aussi la possibilité d’améliorer nos capacités en accomplissant certains « exploits » (éliminer des commandants silencieusement, renvoyer des grenades, etc.) avec plusieurs paliers. Et dans certains cas, ça aide pas mal. On va aussi bénéficier de quelques améliorations qui permettront de défoncer certains pans de murs, de sauter plus haut ou de se faufiler dans des conduits très, très exigus.
Graphiquement, j’ai trouvé ça vraiment joli. En refaisant les différents épisodes à un intervalle assez rapproché, je vois vraiment l’évolution entre le premier épisode et celui-là. Y a plus de détails, l’animation est bien, etc. Et puis on visite quelques environnements intéressants, dont un qui n’est pas sur Terre, une New-York dévastée par une bombe atomique et une surprise avec un lieu familier du personnage principal.

On a aussi quelques objectifs secondaires qui nous sont proposés lors des discussions avec les autres personnages, entre deux niveaux. Et les habituelles collections d’objets à ramasser dans tous les niveaux. Notamment toute une série de disque vinyle avec des chansons en allemand qui détournent des chansons américaines ou britanniques connues. On trouve aussi quantité d’extraits de journaux et autres textes qui enrichissent un peu l’univers et notamment sa chronologie.
Le jeu voit aussi sa durée de vie un peu rallongée par la possibilité de faire une chasse aux commandants nazis. Après un certain point du récit atteint, on peut effectivement partir à la recherche d’un certain nombre de cibles, que l’on trouvera dans les niveaux déjà traversés auparavant. Le studio ayant fait l’effort de modifier un peu les niveaux pour cette traque de nazillons, on a un peu de variété dans la redite, ce qui est plutôt agréable.
Le jeu a aussi bénéficié d’une petite série d’extension, Les Freedom Chronicles, où l’on suit trois personnages différents à travers trois niveaux chacun, avec leur style propre, leur histoire et leur motivation à démembrer des salopards adorateurs de croix gammée. On n’échappe pas à divers clichés mais j’ai bien aimé leurs histoires et ça avait un bon gout de petite friandise supplémentaire.

Le jeu nous offre aussi une belle surprise avec une plongée dans les origines de William B. J. Blazkowicz et plus précisément dans son enfance. Une partie dont j’avais totalement oublié l’existence avant de relancer le jeu. Si ce dernier est dans l’ensemble violent, avec même quelques belles doses de gore, c’est sur cette partie du récit que personnellement je placerai quelques triggers warning : violence sur femme, sur enfant et sur animal. Car le paternel de Blazko est une putain d’ordure, disons-le franchement. Si cet aspect de l’enfance du protagoniste est marquant, je trouve que l’autre pan a tout autant de force. La mère de Blazkowicz est forte et aimante et on ressent vraiment l’attachement du fils pour sa mère. Le jeu se permet une petite facilité à un moment mais je l’ai trouvé très bien amenée. Je pense qu’elle est vraiment au moins aussi importante que l’infâme père. J’ai beaucoup apprécié toute cette partie du jeu, tout autant que j’ai aimé la lecture du journal intime de « Ramona » dans le premier épisode. Je trouve que ça nous dit beaucoup de choses sur les personnages et sur ce qu’ils ressentent.
Dans l’ensemble, j’aime beaucoup l’histoire et la façon dont elle est racontée. Le montage est cinématique est dynamique et va bien avec ce que l’on nous raconte. Niveau vocable, ça y va joyeusement sur les « putains », « connard » et autres grossièretés et c’est vraiment jubilatoire par moment. J’ai beaucoup apprécié le doublage français. Et les créateurices arrivent à nous pondre quelques scènes totalement improbables, comme celle de l’audition pour un rôle, avec en prime une version alternative d’un acteur devenu président dans notre réalité. C’est du délice.

Enfin, parlons de ce que j’ai le plus aimé dans ce jeu : les personnages. Tout comme dans le premier épisode, Blazkowicz n’est pas seul. Il est entouré de toute une bande de résistants, prêts à casser du nazillon à la moindre occasion. On retrouve bien sûr quelques protagonistes du jeu précédent mais la distribution s’enrichit fortement en cours de route. Et les nouveaux venus sont encore plus haut en couleur que les « anciens ». Tout ça permet quelques scènes assez plaisantes de la vie à bord du sous-marin géant qui leur sert de quartier général. On a donc pas mal de possibilité de discussion entre deux niveaux, plus que dans le premier jeu. Et ça, je l’ai beaucoup apprécié. Si cela permet d’activer quelques activités supplémentaires, comme évoqué ci-dessus, on voit aussi la vie de tout un tissu social, une communauté unie par un objectif : buter du nazi. Car je crois qu’on peut dire que pour un certains nombres des personnages, c’est littéralement un objectif de vie de faire passer de vie à trépas un maximum de représentants de la peste brune. On voit aussi chez eux un véritable refus d’abandonner. Oui l’hydre nazie est toujours beaucoup plus puissante qu’eux mais non ils ne plieront pas.
J’apprécie beaucoup les interactions avec tous ces compagnons de route parce que cela permet de ressentir la sympathie, la camaraderie qui se développe. On sent bien qu’on n’est pas seul et que derrière l’incroyable Blazko qui déglingue des nazis par paquet de douze, il y a du monde qui travaille pour trouver les informations, préparer la mission, etc. On est porteur des espoirs des autres.
Enfin, j’ai aimé ce que le studio a fait de ces personnages, parce qu’iels ont tous une histoire à nous raconter. Aucun n’est là parce qu’iel s’ennuyait le dimanche après-midi et s’est dit « et si j’allais buter du nazi ? » Toutes et tous ont été atteint par ce fléau et toutes et tous ont quelque chose à raconter à ce sujet. Je remercie vraiment les créateurices du jeu d’avoir procuré à chacun des membres de la résistance, petits et grands, une raison personnelle de haïr le nazisme et d’en vouloir la destruction totale et définitive. Tant par ces témoignages que par les actions des personnages nazis qu’on affrontent, le studio nous rappelle continuellement que les nazis sont une expression chimiquement pur du mal et qu’ils doivent être combattus par tous les moyens. Je peux difficilement demander mieux sur ce sujet.

Wolfenstein II : The New Colossus
développé par MachineGames
édité par Bethesda Softworks
disponible sur Windows, XBox One, PS4, Switch