Deadhouse Gates, de Steven Erikson

J’ai déjà parlé sur ce blog d’un roman de fantasy intitulé Gardens of the Moon, premier volume du Malazan Book of the Fallen de Steven Erikson. La série comptant en tout dix volumes, il serait bien que je vous parle un peu de la suite. Je vais donc me pencher sur Deadhouse Gates, le deuxième volume et on va voir si cette série parvient à garder sa qualité ou si, comme ça arrive un peu trop souvent, tout ça commence à se casser la figure dès le deuxième épisode.

Changement de décor pour ce nouvel opus. Si le précédent se passait sur le continent de Genabackis où les armées de l’impératrice Laseen sont en plein conquête, on part cette fois du côté des Seven Cities. Ce territoire annexé par l’empire malazéen voit la révolte gronder à travers ses villes et dans son désert une guerre sainte se prépare. Le soulèvement pourra-t-il être évité ? Et sinon les forces malazéennes seront-elles en mesure de protéger leurs ressortissants ? Et bien sûr, quel lien y a-t-il entre tout ça et les événements du volume précédent ?

Le premier constat que l’on peut faire à propos de Deadhouse Gates est qu’il est plus épais que Gardens of the Moon d’environ un tiers. Pourtant c’est l’un des volumes les moins épais de la série. Comme le laisse supposer la présentation du paragraphe précédent, ce deuxième volume se passe en des lieux différents du premier et la plupart des protagonistes rencontrés sont nouveaux pour le lecteur. Au revoir WhiskeyJack et ses Bridgeburners, Anomander Rake, Caladan Brood, Paran, Tattersail, Kruppe et tant d’autres. Seuls quelques-uns d’entre eux réapparaissent dans ce nouvel opus (Fiddler, Kalam, Crokus et Apsalar) et c’est évidemment un plaisir de les retrouver. Si l’on peut se désoler un peu de l’absence de tant de personnages marquants, Erikson va pourtant rapidement compenser ce manque par l’introduction d’une nouvelle galerie de protagonistes. Et ce qui avait déjà marché une première fois dans Gardens of the Moon fonctionne à nouveau dans Deadhouse Gates : on se prend d’affection pour la plupart d’entre eux. De l’étrange duo Icarium/Mappo Runt qui semble errer depuis la nuit des temps à Iskaral Pust le prêtre fou qui pense à voix haute, de Felisin déportée pour servir les ambitions de sa soeur à Duiker l’historien qui ne peut rester passif devant les événements. Et par dessus tous, Coltaine, membre d’une peuplade absorbée par l’empire malazéen et devenu l’un de ses meilleurs commandants d’armée. Bref, on a confirmation du talent de l’auteur pour créer des personnages marquants, de sa capacité à faire sentir leur charisme. Il est même probablement meilleur dans ce deuxième volet.

Le premier volume avait son lot de moments d’action et dans ce domaine aussi Erikson remet le couvert et monte en puissance. Deadhouse Gates contient plusieurs batailles et l’auteur livre des scènes qui emportent le lecteur avec elles sans lui laisser la moindre chance. S’il existe quantité de passages marquants dans l’histoire de la littérature, rare sont ceux qui sont capables de se hisser au niveau des moments les plus importants d’une vie. Pour moi, la fin de Deadhouse Gates est de ces choses-là. Près de dix ans après ma première lecture de l’ouvrage, j’ai encore des frissons en y repensant. A côté de ces scènes à haute tension, on a droit aussi à quelques scènes dont l’aspect marquant vient plutôt de l’originalité et des bizarreries que l’auteur arrive à intégrer à son histoire. On fait ainsi une promenade en bateau véritablement hors norme.

Le talent d’Erikson s’exprime aussi dans le soin avec lequel il a façonné son œuvre. Chaque peuple a ses coutumes, chaque personnage a ses ambitions et ses plans personnels. On continue d’observer les traces de magies anciennes et oubliées par la plupart. Rien n’est gratuit et tout peut avoir son importance. Erikson sème encore des pièces de son puzzle et si après ces deux premiers volumes on commence à voir quelques motifs se dessiner, la toile de fond de la série reste encore bien mystérieuse. Le changement de lieu et de personnages sur ce deuxième volume permet d’aborder l’ouvrage sans nécessairement se souvenir de chaque élément du premier. Cela a un certain avantage, mais ça ne permet pourtant pas véritablement de démarrer la série directement par ce tome. Si les grandes lignes resteraient compréhensibles au néophyte, ce sont quantité de détails qui le gêneraient. La série est véritablement conçue comme un tout dont chaque pièce a un minimum d’indépendance tout en ne pouvant réellement se passer des autres.

Deadhouse Gates est un deuxième volume qui parvient à être meilleur que le premier. J’ai un peu la sensation qu’ayant finir d’écrire le premier tome, Erikson a décider de pousser tous les cadrans un peu plus loin sur celui-là. Et miracle, dans son cas ça fonctionne. C’est toujours aussi exigeant avec le lecteur que l’était Gardens of the Moon, il faut faire attention aux détails et la pléiade de personnages oblige à se concentrer un peu pour s’y retrouver. Mais une fois encore, la récompense est largement à la hauteur des efforts fournis. Deadhouse Gates est un grand drame, simple épisode d’un drame encore plus grand, dans lequel des protagonistes essaient de lutter contre le destin qui les broie implacablement. Et c’est une très belle histoire.

Deadhouse GatesDeadhouse Gates
de Steven Erikson
éditions Bantam (Royaume-Uni) Tor (Etats-Unis)
environ 600 pages (grand format) pages (poche) 850 à 950 pages (poche)

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