Les aventures de Spirou et Fantasio – 56 – La mort de Spirou, de Benjamin Abitan, Sophie Guerrive & Olivier Schwartz

J’ai déjà causé ici des Aventures de Spirou et Fantasio, par le biais de la récente série Classique ainsi que par celui d’Émile Bravo. Parlons-en maintenant un peu par le biais de la série principale, avec l’un des plus récents albums.

Spirou est un personnage ancien de la bande-dessinée franco-belge, puisqu’il est né en 1938, soit la même année que Superman. Et contrairement à certains des plus marquantes figures de la BD franco-belge, il a assez rapidement changé de mains et cette pratique c’est poursuivi avec le temps. Rappelons que Franquin, qui va vraiment propulser le personnage et son univers dans les hautes sphères de son art, n’est que le troisième artiste à officier sur la série. Bref, il s’est depuis succédé pas mal de monde aux commandes de l’œuvre, avec des fortunes diverses et des avis variants pour chacun. Personnellement, j’ai beaucoup aimé ce que faisait Franquin, ainsi que l’ère Fournier. Les quelques albums par Nic & Cauvin ne me déplaisent pas et j’adore ce que le duo Tome & Janry réalisa. C’est après que ça se complique. Je n’ai pas été convaincu par Morvan & Munuera (plus la faute du scénariste que du dessinateur, que j’ai par la suite apprécié sur d’autres de ses travaux) au point que je n’ai jusqu’ici jamais lu leurs deux derniers albums. Et si j’étais plutôt emballé par les débuts du duo Vehlmann & Yoann, j’ai fini par déchanter franchement (en particulier avec leur dérivé Supergroom). Bref, c’est avec pas mal de curiosité que j’ai accueilli l’annonce d’une nouvelle équipe se consacrant à cette série. Une équipe qui cumule deux nouveautés : il s’agit d’un trinôme et l’un des membres est une femme. Avec quelques années de retard, je lis enfin le premier album de cette nouvelle ère de l’une des plus vieilles séries de la BD franco-belge.

Panique à la rédaction du journal Spirou : la maison d’édition s’apprête à fêter son centenaire et le célèbre héros pourtant attendu pour la soirée de célébration est introuvable. On revient quelques temps en arrière pour comprendre ce qu’il s’est passé. Assez rapidement, l’intrigue se dirige vers Korallion, cité sous-marine aperçue dans l’album Les hommes-bulles.

Face à une œuvre aussi ancienne et riche que Spirou et Fantasio il est très tentant d’aller puiser dans l’héritage de cet univers et d’en réutiliser quelques éléments. C’est ce que font sans hésitation les auteurices de cet album. Outre la cité sous-marine et les références à La Murène, on croise bien sûr le conte de Champignac avec ses incroyables créations à base de champignon, on sent l’ombre de Zorglub, on parle de Seccotine et les couloirs de la rédaction sont bien sûr peuplés de figures connues comme Mademoiselle Jeanne ou Lebrac. On retrouve un peu le Fantasio bricoleur dont les inventions donnent des résultats inattendus. Enfin, Spirou est ici à la fois un journaliste et une figure connue comme héros de bande-dessinée, un statut qu’il a eu par moment dans certains récits par le passé.

L’un des aspects que j’ai apprécié dans cet album découle justement de ce statut de personnage de bande-dessinée qui est représenté comme le héros de ses propres aventures au sein même du récit. Les auteurices ont creusé une petite veine méta sur le problème du vieillissement d’une série, l’érosion des ventes, le besoin de renouveau, etc. C’est d’autant plus intéressant de voir ce sujet abordé justement par une nouvelle équipe qui se retrouve un peu de facto avec l’objectif de renouveler la série. Et la fin de cet album intrigue forcément. On se doute bien que la série ne va pas continuer sur la voie qui semble tracée. Une forme d’explication et de retour sur les rails dans le prochain album me paraît assez évidente, mais je suis tout de même très intriguée par la voie que tout cela va emprunter.

Graphiquement, c’est plaisant à voir. On a un Spirou dans une version « costume de groom ». Le découpage et la mise en scène mettent pas mal de cases par planche sans que ça fasse trop tassé. Schwartz n’est pas à son premier rodéo avec le personnage, puisqu’il a déjà dessiné trois albums de la série Le Spirou de… mais aucun que je n’ai lu. Par contre, je m’aperçois que je l’ai déjà croisé dans la série Atom Agency, sorte d’hommage au Gil Jourdan de Maurice Tillieux, mais aussi dans Les enquêtes de l’inspecteur Bayard, que j’ai lu dans les Astrapi de mes petits frères à la fin des années 1980. Bref, j’ai bien apprécié le graphisme de cet album.

Que dire de plus ? On a un Spip qui est bien présent, avec ses petites séquences personnelles et ses commentaires que personne ne semble prendre en compte. Un Fantasio qui râle qu’on les loge dans la même chambre d’hôtel. Et un Spirou qui ne semble pas gêné de se foutre à poil à côté de Fantasio dans la salle de bain. Faites ce que vous voulez de ces informations.

Au final, voici un album qui m’a plu. J’étais vraiment très curieux de voir dans quelle direction partiraient les nouveaux auteurices et pour l’instant je ne suis pas déçu. Je reste un peu prudent, parce que Alerte aux Zorkons, le premier Vehlmann & Yoann m’avait bien plu à la première lecture. Puis j’avais trouvé le reste de moins en moins enthousiasmant, jusqu’à trouver le premier pas terrible lors d’une relecture. On verra bien si cette fois je suis mieux satisfait.

Les aventures de Spirou et Fantasio – tome 56 – La mort de Spirou
écrit par Benjamin Abitan & Sophie Guerrive
dessiné par Olivier Schwartz
éditions Dupuis
59 pages

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