Il n’y a pas très longtemps, j’ai dit beaucoup de bien de Les guerres de Lucas, une bande-dessinée racontant toutes les péripéties entourant la production du premier épisode de la mythique saga. L’album ayant bien marché et le sujet étant loin d’être épuisé, les auteurs nous ont livré un deuxième volume qui s’intéresse principalement à la production de L’Empire contre-attaque.
On revient un peu en arrière par rapport à la fin du précédent volume, puisque l’intrigue démarre quelques semaines avant la sortie de Star Wars au cinéma, au moment où Mark Hamill subit un grave accident de voiture qui le défigure. La perspective de pouvoir participer à une potentielle suite semble pour lui s’éloigner. Le réalisateur tente de le rassurer en expliquant que cette possibilité n’est pas très probable, le succès du film n’étant pas acquis. Quelques semaines plus tard, tout a changé.
Le succès historique de Star Wars a principalement deux conséquences. D’une part, George Lucas se retrouve en possession d’une fortune qui lui permet de donner libre cours à certaines de ses envies. D’autre part, la demande pour une suite est là et la pression en découlant est énorme. Deux choses qui vont pousser le cinéaste à ne pas s’impliquer comme réalisateur et à déléguer un certain nombre de choses dans la production de ce qui va devenir L’Empire contre-attaque. Pourtant, la réalisation de ce film va être un long et difficile chemin.
Pour qu’une délégation fonctionne bien, il faut principalement deux conditions : que le délégué soit efficace et que l’on ait confiance en lui. On voit tout au long de l’ouvrage que c’est assez compliqué. On constate aussi que les collaborateurices de Lucas ont bien du mérite de collaborer avec un homme dont il est difficile de faire changer l’opinion et qui est assez avare en compliment. Mais l’on voit aussi que le cinéaste est aussi conscient de l’apport de tous et qu’il distribue des gratifications à de nombreuses personnes.
Et cela n’est pas rien. Autant pour le premier épisode l’affaire était en partie financée par un studio, autant cette fois Lucas vole de ses propres ailes et va engloutir toute sa fortune pour réaliser un nouveau film. Une situation qui va devenir de plus en plus difficile au fur et à mesure de l’accumulation des retards dans le tournage. Cette partie semble une succession interminable de problèmes, frisant régulièrement le désastre.
Même une fois le tournage puis la post-production finis, rien n’est joué. Et nombreux sont ceux à croire que le film va se planter, comme nombre de suites de films à succès. L’incroyable réussite financière va alors permettre à Lucas de récompenser généreusement nombre de ses collaborateurs. Mais tout ça aura eu un coût humain, notamment pour Lucas lui-même. Non seulement on voit bien que sa santé souffre de la tension qu’il accumule, mais on voit aussi clairement que son mariage avec Marcia ne va pas tenir.
Les auteurs parlent aussi régulièrement des autres projets, car la vie professionnelle de Lucas ne se résume plus à sa grande saga de SF. Il doit par contrat une suite à American Graffiti et il décide de s’engager sur un autre projet avec son ami Steven Spielberg : un film d’aventure à l’ancienne avec un professeur d’archéologie se battant contre les nazis. Et je trouve amusant de voir que Spielberg a encore un peu le rôle de l’optimiste increvable, limite réjoui de la crèche.
Une des choses qui transparait dans cet ouvrage, c’est l’intérêt et la préoccupation de Lucas pour les enfants. S’il n’a jamais eu la capacité à mettre en scène les enfants avec le talent de son ami Spielberg, on ne peut pas lui renier un engagement vis à vis d’eux. Ainsi, outre de voir différentes actions caritatives orientées vers les plus jeunes et certaines limitations sur les produits dérivés, on assiste à une scène assez improbable chez un psy.
Comme son prédécesseur, l’ouvrage a un certain didactisme sur la production des films, en montrant par exemple qu’il faut jongler avec les calendriers d’occupation des studios pour trouver sa place au milieu des autres productions cinématographiques. J’apprécie notamment de voir quel synopsis Lucas avait en tête au tout début et de voir tout ce qui a pu changer au fil des différentes versions de l’écriture du scénario puis du tournage. J’ai aussi relevé un truc en particulier : les fuites. Maintenir le secret sur un tournage de ciné a toujours été une préoccupation et aujourd’hui les smartphones et internet rendent cela particulièrement compliqué. On a donc une séquence où l’on voit Lucas compter combien de fuites font les différents membres de l’équipe. Et il y a un bon fournisseur de ce côté.
Tout comme dans le premier tome, je connaissais déjà un certain nombre de faits, dont bien sûr la façon dont a été tourné la fameuse scène de révélation, qui reste encore aujourd’hui un mode du genre en terme de secret. Mais j’ai encore une fois appris énormément de choses.
Visuellement, c’est toujours aussi beau. Il y a une espèce d’équilibre que j’ai du mal à définir entre le minimalisme et les détails. En tout cas, Renaud Roche fait partie de ces dessinateurices qui montrent qu’ont peut faire passer les émotions des personnages avec une grande économie de détail. J’aime aussi beaucoup l’usage de la couleur, qui vient souvent appuyer sur un élément dans des planches souvent assez monochromes.
Ce deuxième volume est tout à fait à la hauteur du premier. Bien que l’on soit sur un ouvrage documentaire, on a bien une histoire qui nous est racontée. Avec son lot de rebondissements, d’épreuves, de surprises, de l’émotion et une fois qui boucle pas mal de choses tout en laissant la porte ouverte vers l’avenir. Un avenir qui concernera un troisième film dont on les auteurs nous parleront très certainement dans un troisième volume que l’on peut espérer voir un jour. Et je lirai ça avec plaisir.

Les guerres de Lucas – Episode II
écrit par Laurent Hopman
dessiné par Renaud Roche
éditions Deman Editions
204 pages