Les super-héros des principales maisons d’édition ont droit à de pleines pelletés d’histoire. Et forcément toutes n’ont pas la même ambiance. Cependant, elles conservent en général le même cadre (bien que ce dernier puisse évoluer avec le temps). Mais la tentation de produire autre chose, notamment avec les personnages les plus rentables, est forte. C’est ainsi que l’on s’est retrouvé avec le concept d’elseworlds : des mondes alternatifs dans lesquels les personnages ont évolués différemment ou bien avec une prémisse qui rend les choses assez différentes. En général, ce sont des récits qui ne sont pas particulièrement destinés à connaître une suite. On se retrouve ainsi avec une version far-west, pirate, etc. Un certain nombre de ces récits concernant Batman ont été réunis en plusieurs volumes. Je n’ai pas chroniqué le premier ici, car je ne postais pas encore sur les comics lorsque je l’ai lu. Mais voici donc le deuxième volume, plus cohérent que le premier puisque les trois récits qui le compose sont dans le même elseworld.
Les trois histoires de ce volume ont été publiées en 1991 (Batman & Dracula : Red Rain), 1994 (Batman : Bloodstorm) et 1999 (Batman : Crimson Mist) et mettent en scène un Batman confronté au vampirisme.
Avertissement : contrairement à mon habitude, je spoile jusqu’au bout les trois histoires de ce volume.
Dans le premier récit, une série de meurtres de sans-abris attire l’attention de Batman. L’homme chauve-souris va découvrir que les vampires sont bien réels et qu’ils sont dirigés par Dracula lui-même. Il découvre aussi qu’un groupe de vampire, mené par une dénommée Tanya, s’oppose au célèbre tueur venant des Carpates. Tout ça se résout dans le drame avec sacrifice et compagnie et un Batman qui se retrouve lui-même transformé en vampire.
Le deuxième épisode rajoute le Joker et Catwoman dans l’équation. On repart pour un tour d’horreur et de drama, avec un Batman qui une fois réglé le problème décide de laisser Alfred et Gordon lui régler son compte pour connaître la paix.
Enfin, dans le dernier récit Alfred ramène Batman version vampire à la « vie » pour combattre un tas de super-villains. Ça tourne au carnage et à la fin tout le monde meurt.
Comme on peut le voir, par rapport aux récits classiques de Batman, on est sur quelque chose de plus sombre, dramatique et sanglant. On découpe des têtes, on arrache des cœurs et on sème des morts un peu partout. Le dernier épisode est une véritable hécatombe de personnages habituels de l’univers Batman. Du coup, on peut dire que ça change effectivement pas mal de ce que l’on peut lire d’habitude sur l’homme chauve-souris.
Graphiquement, il y a une certaine unicité mais pas jusqu’au bout. C’est Kelley Jones qui fait les crayonnés sur l’ensemble et on reconnait bien son style particulier, notamment les oreilles de chauve-souris à rallonge de Batman et la façon de dessiner sa cape. L’encreur change au deuxième épisode, ce qui change légèrement le style mais c’est surtout le changement de coloriste au dernier épisode qui amène une différence visible.
Du côté représentation des femmes, c’est… compliqué. Les différents personnages sont grosso-modo là pour s’opposer puis s’allier à Batman avant de connaître une fin tragique (bon ceci dit, y a pas grand monde qui survit à tout ça). Et visuellement, on est dans le comics des années 1990, avec des tenues légères, des postures bien cambrées et tout le reste. J’avoue, je soupire intérieurement par moment.
Dans l’ensemble, j’ai plutôt aimé. Avoir quelque chose de différent est justement l’intérêt des elseworld et c’est bien le cas ici. Jones a son style bien à lui et si je n’en lirai pas pendant des volumes entiers, j’apprécie quand même d’en voir de temps en temps. Les trois récits peuvent avoir un côté un peu répétitif voire fatiguant si on les lit à la suite. Je pense que c’est pas mal de faire une petite pause entre chaque. J’apprécie de prendre une petite dose de vampire de temps en temps, sans en faire non plus une grande consommation. Et il y a le soucis relevé plus haut sur les personnages féminins (graphiquement j’ai vraiment l’impression que c’est une constante pendant cette décennie). Bref, c’était vraiment pas mal mais c’est quand même loin d’être mon elseworld préféré.

Elseworlds : Batman – Volume 2
écrit par Doug Moench
dessiné par Kelley Jones
encré par Malcolm Jones III & John Beatty
colorisé par Les Dorscheid & Gregory Wright
lettré par Todd Klein
éditions DC Comics (anglais) Urban Comics (français)
288 pages