J’ai déjà parlé ici de Marc Dubuisson, dont j’aime beaucoup l’œuvre. Récemment, l’auteur nous propose un Amour, Fascisme & CDD dont je vais causer sous peu. Mais avant, j’ai fait une petite relecture d’un autre de ses titres qui en est en quelque sorte le prédécesseur : Amour, Djihad & RTT.
Nous sommes un vendredi, au huitième étage d’une administration départementale, quand soudainement Kowalski s’autoradicalise avec Internet et décide de prendre tout l’étage en otage.
En 78 gags d’une planche chacun, Dubuisson nous raconte tout le déroulement de cette prise d’otage, de son commencement à sa résolution. On verra Kowalski formuler ses exigences, son chef de service tenter de s’opposer à lui, ses collègues hésiter entre s’indigner ou se rallier au preneur d’otage, les autorités essayer de se rappeler à l’attention de tout ce petit monde, pendant que le service informatique rêve de gloire. Bref, y a du peuple et il se passe plein de choses.
Est-ce que l’on peut faire rire en parlant d’une prise d’otage et de djihadisme ? L’auteur montre clairement que oui. Mais on ne fait pas ça n’importe comment. Et surtout, il ne se moque pas que de cela. Car le monde du travail est aussi joyeusement défoncé dans cet ouvrage. Avec ses petits chefs, ses procédures débiles, ses conflits de service. Où l’on découvre que l’on n’aura pas de prime de Noël et donc franchement toute cette histoire de prise d’otage, est-ce vraiment important ? Bref, on voit tout un tas de mesquineries, d’illusions cassées et de controverses sur ce que les circulaires disent du régime des heures supplémentaires en cas de prise d’otage. Le tout matinée du sexisme et du racisme qui ne manque pas de gangréner quantité de lieux de travail. En tout cas, j’avoue avoir pas mal ricané lorsque l’on voit comment fonctionne le support téléphonique de l’état islamique.
Graphiquement, Dubuisson est toujours dans ce style bonhomme-baton qu’il maîtrise parfaitement et où la moindre variation d’angle sur un tout petit trait peut transformer l’expression d’un personnage. Je suis toujours admiratif de ce minimalisme qui pourtant se révèle fort riche. Un autre truc que j’envie beaucoup à l’auteur, c’est sa capacité à trouver des noms de personnages qui sont toujours quelque part entre la réalité et la parodie tout en collant très bien à celleux qui les portent.
On est probablement, et je l’espère, beaucoup plus nombreux à avoir connu les affres du monde du travail et du management que de la prise d’otage. Il y a donc dans cet album quantité de situations qui nous rappelle des choses que l’on a vécu personnellement ou par procuration. Et ce mélange avec une situation bien plus dramatique permet d’avoir une sympathie et un attachement à ces personnages qui essaient de conserver une forme de normalité en dépit des circonstances. Tout en nous faisant rire. Bref, il faut savoir se moquer des trucs graves et sérieux et Marc Dubuisson le fait avec talent, merci à lui.

Amour, Djihad & RTT
de Marc Dubuisson
éditions Delcourt
80 pages