A Conventional Boy, de Charles Stross

Depuis un bon moment je parle ici du plaisir que j’ai à lire la série de La Laverie écrite par Charles Stross. Et quand j’en récupère un nouveau volume, il ne reste jamais très longtemps dans ma bibliothèque avant que je ne le lise. C’est donc au tour de A Conventional Boy, un livre contenant le roman du même nom mais aussi la réédition de deux nouvelles dans le même univers : Overtime et Down on the Farm.

On voit régulièrement Bob Howard et ses collègues affronter diverses menaces dont un certain nombre impliquent des cultistes en toute genre. Et si un certain nombre finissent de façon tragique et parfois un peu surprenante, il faut aussi s’occuper ensuite des survivants et essayer de les réadapter à la vie ordinaire. Pour cela, la Laverie a créé Camp Sunshine, un lieu bien isolé du reste du monde où l’on interne pendant un temps plus ou moins longs des individus en cours de réhabilitation. Mais parfois le système bégaie et c’est ainsi que Derek, enfermé à 14 ans parce qu’il masterisait du Donjons & Dragons, se retrouve bloqué à Camp Sunshine pendant plus de vingt ans.

En tant que rôliste, j’ai été très content de voir la thématique du jeu de rôle au centre de ce roman. Et surtout de la voir traitée par quelqu’un qui connait bien le sujet. L’idée que cette pratique soit une porte possible vers la magie réelle et les horreurs d’outre-espace m’a beaucoup plu. Et le personnage de Derek rend tout ça vraiment agréable à suivre. Bien qu’il soit adulte, j’ai quand même eu par moment l’impression de voir un ado enfermé dans un corps un peu trop grand pour lui. Ce qui va vraiment bien avec l’idée d’un individu qui aurait été grandement coupé du monde extérieur pendant plus de vingt ans. Je trouve que Stross écrit aussi bien cet aspect, avec un protagoniste qui ne connait certaines choses de notre monde que par ce qu’il a pu en lire dans quelques extraits choisis d’un journal local.

Si l’auteur nous montre son amour du jeu de rôle, il n’oublie pas de repasser une couche de détestation sur les grandes corporations et leur appât du gain et du pouvoir. Parce que les soucis vont bien sûr entrer en scène avec la présence d’une grosse entreprise qui tente une manœuvre sur le terrain rôlistique, avec une visée vers un pouvoir qui dépasse largement le cadre la domination financière.

J’ai beaucoup aimé ce petit roman et le personnage de Derek. J’ai apprécié le point de vue de ce dernier, avec sa grille de lecture d’un monde qu’il ne connait que de façon assez déformée. Son parcours pourrait sembler un poil improbable, pourtant pour qui a déjà connu une situation d’invraisemblance bureaucratique, ça n’est que réaliste. Je trouve que c’est un texte qui peut se lire sans trop connaître la série de La Laverie et son univers. L’auteur pose ce qu’il faut d’éléments pour comprendre les grandes lignes et les références aux événements qui se sont produits dans d’autres livres ne sont pas vraiment gênantes. Et j’ai bien souris lorsqu’il a été question d’événements qui sont racontées dans la sous-série The New Management, j’ai trouvé délicieuse la façon dont l’auteur s’en sert.

Ce roman étant assez court, surtout comparé aux autres de la série, on nous propose en prime la réédition de deux nouvelles parues précédemment sur le site Tor.com. Deux textes qui nous sont racontés par Bob Howard.

On commence avec Overtime, où l’on découvre que quand on foire son formulaire de congés, on est d’astreinte pendant Noël. J’aime toujours quand les auteurices arrivent à insérer un peu de bazar bureaucratique et hiérarchique dans leur récit, je trouve que ça donne une petite touche de réalisme, tout aussi appréciable que le « réalisme » scientifique, militaire ou autre. Et quand on travaille dans le secteur où officie Bob Howard et que minuit s’approche la veille de Noël, on peut s’attendre à quelques surprises. Mais pas du genre qui fait « Ho, ho, ho » et pas sûr qu’une assiette de cookie et un petit verre à boire suffisent à satisfaire la chose. J’ai bien aimé ce que Stross fait avec cet espèce de conte de Noël.

Dans Down on the Farm, Bob est cette fois la victime désignée du « faut bien trouver quelqu’un pour s’occuper d’un truc là où personne de sain d’esprit n’a envie d’aller ». Quand l’ancienneté et le niveau hiérarchique ne sont pas avec vous, c’est pour votre pomme. Donc c’est à Bob d’aller faire un tour dans l’institution où la Laverie s’occupe de ses membres les plus abimés par leur proximité avec les équations permettant d’attirer l’attention de créatures extra-dimensionnelles. Et on n’héberge pas n’importe comment des gens dont la santé mentale est plus que chancelante mais qui sont capables de monter une machine de Turing avec la moitié d’un jeu de carte ou d’invoquer une cochonnerie indicible avec un manuel d’aspirateur. J’ai bien aimé l’ambiance de ce texte, où l’on sent bien l’environnement oppressant, ainsi que les faux-semblants que l’auteur sème dans son récit.

Voici donc un ouvrage dont la lecture m’a pleinement satisfait. J’ai eu beaucoup de plaisir à suivre l’aventure de Derek dans le monde extérieur, en appréciant notamment tout l’aspect rôlistique de ce texte. J’ai aussi fort aimé la relecture des deux nouvelles qui complètent ce volume. Deux textes que j’avais lu il y a maintenant bien longtemps et dont le souvenir s’est pas mal estompé dans mon esprit. Enfin, l’auteur nous livre une petite postface où il rappelle un peu le contexte historique qui conduit à l’internement du pauvre Derek à quatorze ans. Car le monde de la Laverie est peut-être fictif, mais il est tout de même fortement superposé au notre sur bien des aspects.

A Conventional Boy
de Charles Stross
éditions Orbit
213 pages (format moyen)

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