Les sentinelles de la nuit, de Sergueï Loukianenko

Certains d’entre vous se souviennent peut-être d’un film russe sorti en 2004 et intitulé Nightwatch. Ce récit de lutte entre la lumière et les ténèbres avait un petit côté exotique avec son contexte moscovite. Il se trouve aussi que c’est l’adaptation d’un livre de Sergueï Loukianenko, premier volume d’une série. L’ouvrage ayant été traduit en français, je m’y suis intéressé.

Les magiciens, sorcières, loups garous et autres créatures fantastiques existent réellement et vivent cachés parmi nous. Baptisés Autres, ils sont divisés en deux camps, celui de la lumière et celui de l’ombre, qui contrôlent mutuellement leurs agissements par le biais des contrôle de jour et contrôle de nuit. Le but de ces deux organisations est de maintenir l’équilibre entre les deux factions et de conserver leur caractère caché aux simples mortels.

Les sentinelles de la nuit n’est pas vraiment structuré comme un roman mais plutôt comme un recueil de trois novellas, dont la première a servi de base au film Night Watch et les deux autres à celle de Day Watch. Les trois récits sont liés par leur personnage principal, Anton Gorodetsky, mais aussi par certains éléments d’intrigues, ce qui leur permet quand même de constituer un tout cohérent.

L’univers des Autres utilise beaucoup de figures fantastiques connues mais avec parfois une approche un peu différente. On y retrouve aussi des créatures un peu moins connues dans l’imaginaire occidental et plus caractéristiques de l’imaginaire slave. L’ambiance est un peu différente de celle que j’ai pu trouver dans d’autres ouvrages de fantasy urbaine. Il se dégage une certaine lenteur des Sentinelles de la nuit, bien qu’on ne perde pas tellement de temps en péripéties secondaires. Le découpage en trois histoires plus ou moins distinctes permet effectivement de faire avancer les intrigues assez rapidement. Mais en lenteur. Ça peut paraitre un peu paradoxal écrit comme ça mais c’est le sentiment que je conserve de cette lecture. Quelque chose de tranquille mais où l’on ne tourne pas en rond pendant trois cents pages. De lent, mais efficace. Le cadre russe apporte un petit côté exotique, notamment au niveau des noms, de la même façon que le Métro 2033 de Glukhovski. La plume de Loukianenko ne brille pas particulièrement, sans que je sache ce qui tient à la traduction, mais le texte se lit bien. L’idée d’une répartition des êtres fantastiques entre ombre et lumière peut fournir matière à un univers très manichéen, mais Loukianenko arrive justement à ne pas sombrer dans l’affrontement bien contre mal. Son univers est plutôt formé de teintes de gris, un monde dans lequel le jeu de pouvoir se fait beaucoup par la manipulation plutôt que la force brute.

Les sentinelles de la nuit est un livre dont j’ai apprécié la lecture. C’est un ouvrage qui a ses défauts, compensés par un univers original et qui esquive le manichéisme. Le côté légèrement exotique couplé à une lecture assez rapide en ont fait un livre dont je garde un bon souvenir. Loukianenko a continué à explorer cet univers et deux de ces livres ont été traduits en français. J’en reparlerai donc plus tard.

Les sentinelles de la nuitLes sentinelles de la nuit (Nochnoy Dozor)
de Sergueï Loukianenko
traduit par Christine Zeytounian-Beloüs
éditions Albin Michel
480 pages (grand format)

Retour au sommaire